FOLK-ROCK: Le jardin secret de Lady DonĂ 

von | 16.09.2005

En Italie, Cristina DonĂ  est une figure d’exception. Elle reste pourtant une parfaite inconnue pour le public non-italien. Son dernier album, qu’elle prĂ©sentera au Luxembourg et Ă  TrĂŞves, pourrait changer
la donne.

„Cristina DonĂ “.Ras-le-bol d’amore qui rime avec cuore. Les textes de Cristina DonĂ  Ă©voquent les moments singuliers du quotidien.

Une poĂ©sie intime, qui ne se rĂ©vèle pas Ă  la première Ă©coute … des chansons qui Ă©voquent des images sobres, limpides, volatiles. On a beau dĂ©crire les sensations que provoquent les chansons de Cristina DonĂ , c’est une artiste qui semble Ă©chapper Ă  tout essai de classification. Et voilĂ  peut ĂŞtre son meilleur atout …

„J’aime m’arrĂŞter sur certains moments de la journĂ©e en les fixant sur papier. C’est un mode simple et rapide pour exprimer sa propre crĂ©ativitĂ© Ă  travers la description de dĂ©tails qui souvent nous Ă©chappent“. Cristina aime raconter par le biais de mĂ©taphores: comme dans la chanson Goccia, sur cette goutte qui hĂ©site Ă  tomber. „Les images ont toujours Ă©tĂ© pour moi des Ă©tats d’âme. Pour cela, quand j’ai commencĂ© Ă  Ă©crire des textes, j’ai utilisĂ© spontanĂ©ment cette clĂ© de lecture.“ Des images qui restent souvent floues, cachĂ©es par un voile, derrière lequel rĂŞve et rĂ©alitĂ© s’entremĂŞlent comme dans certains univers asiatiques. C’est par ailleurs cette attention portĂ©e aux moindres dĂ©tails, la haute rĂ©solution des images, cette immense intensitĂ© retenue qui la rapprochent de ce monde spirituellement si lointain de l’Italie que l’on connaĂ®t.

„Quand j’ai commencĂ© Ă  composer des chansons, j’ai tout de suite pensĂ© qu’elles devraient avoir des textes particuliers: j’en avais ras-le-bol d’entendre toujours les mĂŞmes banalitĂ©s Ă  la radio, oĂą „amore“ va de pair avec „cuore“. C’est pour cette raison que pour mon premier album je suis parti des textes. Maintenant je prĂ©fère partir de la mĂ©lodie, ou d’une sĂ©quence d’accords qui me plaĂ®t, en laissant la musique trouver les paroles appropriĂ©es“. Cependant le processus d’Ă©criture des chansons n’est pas toujours facile. Mot-clĂ©: black-out crĂ©atif. Sur ce point, Cristina ne se fait pas trop d’illusions: „C’est sĂ»r que la continuitĂ© et la discipline aident Ă  surmonter ces moments de vide, mais ce sont des qualitĂ©s qui m’Ă©chappent. Mon seul salut est la passion pour ce que je fais. EspĂ©rons qu’elle ne se consume pas de si tĂ´t“.

Textes inspirés

Cela ne risque pas d’ĂŞtre le cas, Ă  en juger par l’intensitĂ© qui caractĂ©rise ses concerts. Si Ă  l’Ă©poque c’Ă©tait Bruce Springsteen qui lui communiquait l’envie de monter sur scène, la musique de Cristina fait plutĂ´t rĂ©sonner d’autres influences, qui ont marquĂ© son mode particulier de chanter: Björk, Sinead O’Connor ou Joni Mitchell n’en sont que les plus Ă©videntes.

Après avoir fait „la gavetta“ dans des locaux de province, oĂą elle interprĂ©tait des standards rock et folk, elle s’est mise Ă  composer des chansons assez tardivement, un fait qui se traduit par l’Ă©vidente maturitĂ© artistique qui la distingue dès le premier album. Cristina n’a cependant pas abandonnĂ© les reprises de chansons d’autrui en les interprĂ©tant Ă  sa manière, toujours avec cette voix qui semble venir d’un autre univers: Wuthering Heights de Kate Bush, Pyramid Song de Radiohead, Hallelujah de Leonard Cohen comptent parmi les classiques de son rĂ©pertoire. Sur la version anglaise de son troisième disque on trouve par contre un „How Deep Is Your Love“ des Beegees en version voix et guitare, qui par sa simplicitĂ© rend toute la beautĂ© du morceau, insoupçonnĂ©e.

Etats d’âme Ă  part, elle aimerait dans le futur Ă©galement pouvoir raconter des histoires Ă  travers ses chansons, Ă  l’instar de modèles comme Tom Waits ou Fabrizio De AndrĂ©.

Un besoin de communication qui traverse Ă©galement son recueil de textes publiĂ© en 2000 comme un fil rouge: un amalgame de poĂ©sies, lettres et graphismes qui ajoute une facette supplĂ©mentaire Ă  cette artiste toujours sur le point de se rĂ©inventer. A tel point que ses trois disques, Ă  l’origine chantĂ©s en langue italienne, reprĂ©sentent des personnalitĂ©s Ă  première vue fort diffĂ©rentes: la chanteuse rock enragĂ©e de Tregua (1997) qu’on appelait la PJ Harvey italienne, les ballades rock solaires et les bizarreries sonores de Nido (1999), et finalement Dove sei tu (2003), une collection de perles acoustiques agrĂ©mentĂ©e de quelques morceaux de rock acide. C’est ce dernier disque qui a Ă©tĂ© choisi par le label Rykodisc pour ĂŞtre traduit en anglais et distribuĂ© mondialement. Davey Ray Moore, leader du groupe anglais Cousteau, s’est chargĂ© des arrangements. „Jusqu’Ă  maintenant j’ai toujours ressenti le besoin d’avoir quelqu’un Ă  cĂ´tĂ© de moi, qui m’aide Ă  trouver une direction“, commente Cristina. „J’ai toujours eu la chance de rencontrer un producteur Ă  la personnalitĂ© forte qui a par consĂ©quent laissĂ© son empreinte sur mes chansons, comme c’est le cas avec Davey“.

Bien encadrée

Grâce au support de son mentor Robert Wyatt, elle a eu l’occasion de se prĂ©senter au Meltdown Festival Ă  Londres, suivi d’une apparition Ă  l’Eurosonic Festival Ă  Groningen et d’une tournĂ©e avec Ken Stringfellow, guitariste des REM. En octobre, Cristina quittera Ă  nouveau l’Italie pour une sĂ©rie de concerts au Luxembourg et en Allemagne: „La tournĂ©e avec Ken Stringfellow a Ă©tĂ© pour moi la première occasion de me confronter rĂ©gulièrement Ă  un public qui ne connaissait pas encore mes chansons. J’ai souvent rencontrĂ© des gens attentifs et bienveillants. Quand ce n’Ă©tait pas le cas, je respirais Ă  fond et j’essayais de trouver une motivation pour ma prĂ©sence en cet endroit et Ă  ce moment: parfois il suffit qu’il y ait une personne sur cent qui t’Ă©coute. Toutefois j’essaie toujours d’Ă©liminer toutes les attentes en faveur de la simple curiositĂ©: comme une feuille blanche prĂŞte Ă  se remplir d’impressions“.

Entre rock et expression classique, les apparitions sur scène de Cristina DonĂ  ont toujours quelque chose de quasi-religieux. Ce sera dans l’intimitĂ© d’un concert acoustique qu’elle ouvrira les portes de son jardin secret au public grand-ducal: Ă  la dĂ©couverte d’une artiste qui ne lèvera jamais tout Ă  fait son voile.

Concerts Cristina DonĂ : 7 octobre, 20.00: Ancien HĂ´tel de ville, Differdange (www.e-ticket.lu)
8 octobre, 20.30 et 22.30: Nuit des Musées, Natur Musée (www.statermuseeen.lu)
9 octobre, 20.00: Tuchfabrik, Trier

(www.tufa-trier.de)

Une artiste aux talents multiples Cristina DonĂ , originaire de Milan, a suivi des Ă©tudes de scĂ©nographie a l’AcadĂ©mie des Beaux-Arts de Brera. Elle a travaillĂ© dans la scĂ©nographie et dans la rĂ©alisation de vidĂ©oclips entre autres pour le groupe rock Litfiba. Son amour de la musique la porte Ă  Ă©crire des chansons en langue italienne en 1995. C’est Manuel Agnelli, leader du groupe noise rock Afterhours, qui l’encourage et produit son album de dĂ©but, Tregua. Celui-ci parvient Ă  Robert Wyatt, qui le cite parmi ses albums prĂ©fĂ©rĂ©s de l’annĂ©e dans la revue spĂ©cialisĂ©e Mojo et l’introduit sur les ondes de la BBC, ouvrant ainsi les portes Ă  une collaboration qui aboutit Ă  un deuxième album, Nido. Certains textes de Nido figurent Ă©galement dans „Appena sotto le nuvole“, un recueil de poĂ©sies et de textes inĂ©dits. C’est en 2003 que sort Dove sei tu, produit par Davey Ray Moore. Le label Rykodisc dĂ©cide d’en assurer la distribution mondiale de la version anglaise, intitulĂ©e simplement

Album actuel :
„Cristina DonĂ “ (Mescal/Rykodisc 2004)

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