FOLK-ROCK: Le jardin secret de Lady Donà

En Italie, Cristina Donà est une figure d’exception. Elle reste pourtant une parfaite inconnue pour le public non-italien. Son dernier album, qu’elle présentera au Luxembourg et à Trêves, pourrait changer
la donne.

„Cristina Donà“.Ras-le-bol d’amore qui rime avec cuore. Les textes de Cristina Donà évoquent les moments singuliers du quotidien.

Une poésie intime, qui ne se révèle pas à la première écoute … des chansons qui évoquent des images sobres, limpides, volatiles. On a beau décrire les sensations que provoquent les chansons de Cristina Donà, c’est une artiste qui semble échapper à tout essai de classification. Et voilà peut être son meilleur atout …

„J’aime m’arrêter sur certains moments de la journée en les fixant sur papier. C’est un mode simple et rapide pour exprimer sa propre créativité à travers la description de détails qui souvent nous échappent“. Cristina aime raconter par le biais de métaphores: comme dans la chanson Goccia, sur cette goutte qui hésite à tomber. „Les images ont toujours été pour moi des états d’âme. Pour cela, quand j’ai commencé à écrire des textes, j’ai utilisé spontanément cette clé de lecture.“ Des images qui restent souvent floues, cachées par un voile, derrière lequel rêve et réalité s’entremêlent comme dans certains univers asiatiques. C’est par ailleurs cette attention portée aux moindres détails, la haute résolution des images, cette immense intensité retenue qui la rapprochent de ce monde spirituellement si lointain de l’Italie que l’on connaît.

„Quand j’ai commencé à composer des chansons, j’ai tout de suite pensé qu’elles devraient avoir des textes particuliers: j’en avais ras-le-bol d’entendre toujours les mêmes banalités à la radio, où „amore“ va de pair avec „cuore“. C’est pour cette raison que pour mon premier album je suis parti des textes. Maintenant je préfère partir de la mélodie, ou d’une séquence d’accords qui me plaît, en laissant la musique trouver les paroles appropriées“. Cependant le processus d’écriture des chansons n’est pas toujours facile. Mot-clé: black-out créatif. Sur ce point, Cristina ne se fait pas trop d’illusions: „C’est sûr que la continuité et la discipline aident à surmonter ces moments de vide, mais ce sont des qualités qui m’échappent. Mon seul salut est la passion pour ce que je fais. Espérons qu’elle ne se consume pas de si tôt“.

Textes inspirés

Cela ne risque pas d’être le cas, à en juger par l’intensité qui caractérise ses concerts. Si à l’époque c’était Bruce Springsteen qui lui communiquait l’envie de monter sur scène, la musique de Cristina fait plutôt résonner d’autres influences, qui ont marqué son mode particulier de chanter: Björk, Sinead O’Connor ou Joni Mitchell n’en sont que les plus évidentes.

Après avoir fait „la gavetta“ dans des locaux de province, où elle interprétait des standards rock et folk, elle s’est mise à composer des chansons assez tardivement, un fait qui se traduit par l’évidente maturité artistique qui la distingue dès le premier album. Cristina n’a cependant pas abandonné les reprises de chansons d’autrui en les interprétant à sa manière, toujours avec cette voix qui semble venir d’un autre univers: Wuthering Heights de Kate Bush, Pyramid Song de Radiohead, Hallelujah de Leonard Cohen comptent parmi les classiques de son répertoire. Sur la version anglaise de son troisième disque on trouve par contre un „How Deep Is Your Love“ des Beegees en version voix et guitare, qui par sa simplicité rend toute la beauté du morceau, insoupçonnée.

Etats d’âme à part, elle aimerait dans le futur également pouvoir raconter des histoires à travers ses chansons, à l’instar de modèles comme Tom Waits ou Fabrizio De André.

Un besoin de communication qui traverse également son recueil de textes publié en 2000 comme un fil rouge: un amalgame de poésies, lettres et graphismes qui ajoute une facette supplémentaire à cette artiste toujours sur le point de se réinventer. A tel point que ses trois disques, à l’origine chantés en langue italienne, représentent des personnalités à première vue fort différentes: la chanteuse rock enragée de Tregua (1997) qu’on appelait la PJ Harvey italienne, les ballades rock solaires et les bizarreries sonores de Nido (1999), et finalement Dove sei tu (2003), une collection de perles acoustiques agrémentée de quelques morceaux de rock acide. C’est ce dernier disque qui a été choisi par le label Rykodisc pour être traduit en anglais et distribué mondialement. Davey Ray Moore, leader du groupe anglais Cousteau, s’est chargé des arrangements. „Jusqu’à maintenant j’ai toujours ressenti le besoin d’avoir quelqu’un à côté de moi, qui m’aide à trouver une direction“, commente Cristina. „J’ai toujours eu la chance de rencontrer un producteur à la personnalité forte qui a par conséquent laissé son empreinte sur mes chansons, comme c’est le cas avec Davey“.

Bien encadrée

Grâce au support de son mentor Robert Wyatt, elle a eu l’occasion de se présenter au Meltdown Festival à Londres, suivi d’une apparition à l’Eurosonic Festival à Groningen et d’une tournée avec Ken Stringfellow, guitariste des REM. En octobre, Cristina quittera à nouveau l’Italie pour une série de concerts au Luxembourg et en Allemagne: „La tournée avec Ken Stringfellow a été pour moi la première occasion de me confronter régulièrement à un public qui ne connaissait pas encore mes chansons. J’ai souvent rencontré des gens attentifs et bienveillants. Quand ce n’était pas le cas, je respirais à fond et j’essayais de trouver une motivation pour ma présence en cet endroit et à ce moment: parfois il suffit qu’il y ait une personne sur cent qui t’écoute. Toutefois j’essaie toujours d’éliminer toutes les attentes en faveur de la simple curiosité: comme une feuille blanche prête à se remplir d’impressions“.

Entre rock et expression classique, les apparitions sur scène de Cristina Donà ont toujours quelque chose de quasi-religieux. Ce sera dans l’intimité d’un concert acoustique qu’elle ouvrira les portes de son jardin secret au public grand-ducal: à la découverte d’une artiste qui ne lèvera jamais tout à fait son voile.

Concerts Cristina Donà: 7 octobre, 20.00: Ancien Hôtel de ville, Differdange (www.e-ticket.lu)
8 octobre, 20.30 et 22.30: Nuit des Musées, Natur Musée (www.statermuseeen.lu)
9 octobre, 20.00: Tuchfabrik, Trier

(www.tufa-trier.de)

Une artiste aux talents multiples Cristina Donà, originaire de Milan, a suivi des études de scénographie a l’Académie des Beaux-Arts de Brera. Elle a travaillé dans la scénographie et dans la réalisation de vidéoclips entre autres pour le groupe rock Litfiba. Son amour de la musique la porte à écrire des chansons en langue italienne en 1995. C’est Manuel Agnelli, leader du groupe noise rock Afterhours, qui l’encourage et produit son album de début, Tregua. Celui-ci parvient à Robert Wyatt, qui le cite parmi ses albums préférés de l’année dans la revue spécialisée Mojo et l’introduit sur les ondes de la BBC, ouvrant ainsi les portes à une collaboration qui aboutit à un deuxième album, Nido. Certains textes de Nido figurent également dans „Appena sotto le nuvole“, un recueil de poésies et de textes inédits. C’est en 2003 que sort Dove sei tu, produit par Davey Ray Moore. Le label Rykodisc décide d’en assurer la distribution mondiale de la version anglaise, intitulée simplement

Album actuel :
„Cristina Donà“ (Mescal/Rykodisc 2004)


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