FESTIVALS: Réseaux sans limites

Hugo de Greef est le sécretaire général de la „European Festivals Association“ (EFA). Une organisation discrète, mais puissante dans le monde culturel européen et au-delà.

Supervise un réseau important:
Hugo de Greef,
le secrétaire général de la „European Festival Association“.

woxx: Comment le monde de la culture européenne peut-il s’organiser aujourd‘ hui?

Hugo de Greef: Ce qui est important, est ce qu’on appelle le networking, ou le travail en et sur des réseaux. Lorsque vous êtes responsable d’une activité culturelle en Europe, il faut travailler les contacts avec les collègues, les artistes et d’autres organisations qui ne sont pas nécessairement implantées dans le domaine culturel. C’est très important, car en Europe aujourd’hui, la réalité locale est dépassée. Je ne veux pas dire que celle-ci soit sans importance désormais. Les artistes et le public existent toujours majoritairement à ce niveau, mais pour les soutenir de façon efficace, pour leur ouvrir de nouveaux horizons, le networking est primordial.

Mais n’est-ce pas encourir le risque de finir avec une culture européenne homogène?

Non. Je pense que notre grand atout en Europe est notre diversité. Même si elle sépare les différents acteurs de temps en temps, elle peut aussi nourrir ceux qui en prennent conscience d’une manière constructive. Je pense par exemple au théâtre. Parce que ces gens-là bougent énormément en Europe. Ainsi les Belges sont influencés par les Espagnols ou vice-versa. Dans cet intérêt précis, notre but ne peut pas être une culture uniforme.

Dans quelle mesure l’EFA aide-t-elle à promouvoir cette diversité?

Elles sont très diverses. D’abord, il y le service aux membres: il faut que ceux-ci soient toujours informés de ce qui se passe dans le monde de la culture. Et puis nous travaillons aussi à établir des connexions entre-eux. Former des groupes de discussion ou organiser des formations, sont des choses qui sont aussi de notre ressort. Nous organisons par exemple des ateliers pour jeunes managers artistiques de festivals. La dernière a eu lieu au mois de mai en Allemagne, avec une participation de plus de 40 personnes de partout dans le monde. Sinon, notre mission est aussi de promouvoir le phénomène même du festival en Europe et au-delà des frontières. Pour cela, nous sommes en train de développer un programme de recherche depuis deux ans. Nous construisons lentement un centre de connaissance sur les festivals.

L’EFA existe depuis 1952. Qu’a-t-elle pu atteindre en ces cinq décennies?

La fondation de l’EFA se situe dans le cadre de l’après-guerre. Il s’agissait de rétablir et de fortifier la paix en Europe en passant aussi par la culture. Et ce n’est pas par hasard qu’elle fût fondée en Suisse. Car à cette époque beaucoup d’organisations internationales résidaient dans cette zone neutre. Un des premiers buts était de faire connaître à l’un la culture de l’autre, d’établir les premiers liens après une période de barbarie où plus personne ne pensait à une culture européenne. Et puis, pendant la guerre froide, notre mission s’est élargie. Parce que nous avons toujours eu des membres en provenance de Russie, de Yougoslavie, de Bulgarie ou encore de Roumanie. Des pays situés derrière le rideau de fer, qui grâce à notre organisation pouvaient encore rester en contact et échanger leur culture avec ceux de l’autre côté. Et même après la chute du mur, nous n’avons pas changé notre politique. Pendant la guerre des Balkans, l’EFA a continué à supporter ses membres là- bas. Mais le dernier pas a été fait en 2002, par notre déménagement en Belgique. Ce qui nous rapproche davantage de la culture politique européenne.

Aujourd’hui encore l’EFA compte des membres qui ne viennent pas de la zone européenne. Même Israël se trouve dans vos listes.

Si un festival veut devenir membre de notre réseau, nous l’accueillons. Nous avons même actuellement une proposition d’un festival à Abou Dhabi. Ce sera le premier membre arabe. Cependant, nous avons aussi deux membres au Liban, un à Beyrouth et un à Balbeek. Et pendant la guerre, le mois dernier, nous sommes restés en contact avec nos collègues là-bas, pour leur faire parvenir notre support.

Quel profit concret un petit festival peut-il tirer de son affiliation à l’EFA?

Il entre dans un réseau bien rôdé, où les contacts se font plus facilement. Ainsi peut-il, lors de nos assemblées générales, avoir accès à une vue d’ensemble privilégiée de la scène des festivals. Beaucoup de collaborations fructueuses commencent ainsi. Puis il a aussi la possibilité d’y faire entendre sa voix, et de participer ainsi plus activement au débat culturel en Europe, et peut-être faire bouger certaines choses. Chaque membre a l’occasion de donner des impulsions au débat, ce qui est important, car nous sommes en contact permanent avec la commission européenne. Finalement, nous offrons beaucoup de formations utiles pour le travail local.

Mais n’octroyez-vous aucune aide financière aux festivals?

Non, nous ne leur donnons pas d’argent directement. Par contre, nous conseillons les organisateurs pour obtenir des subventions internationales.

L’EFA n’est donc pas non plus subventionnée par l’Union européenne?

Cette année est la première où nous avons reçu des subventions européennes. Auparavant nous nous sommes financés exclusivement par les cotisations des membres.

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European Festival Association

Fondée en 1952, l’EFA a pour but de mettre en réseau les festivals d’arts de la scène européenne, mais aussi au-delà de notre continent. Elle regroupe plus de 100 festivals dans 38 pays aussi différents que la France, la Russie ou encore Israël. Au Luxembourg c’est le Festival européen de théâtre et de musique en plein air à Wiltz et le Festival International d’Echternach qui font partie du réseau EFA. Les adhérents paient une cotisation annuelle de 4.200 €. En contrepartie, ils ont un accès privilégié aux contacts et collaborations internationales ainsi qu’à des formations spécifiques. Plus d’infos sous: www.efa-aef.eu

(photo: EFA)


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