Spotify : l’exploitation est (aussi) luxembourgeoise

von | 05.08.2020

L’application Spotify n’en est pas à sa première controverse. À l’ombre d’une nouvelle provocation du CEO Daniel Ek, petite piqûre de rappel : la société est partiellement basée à Luxembourg.

(©Perszone van Spotify_wikimedia)

Pour faire sortir Mike Mills de ses gonds, il faut aller loin. L’ancien bassiste de la formation R.E.M., qui a derrière lui des décennies de carrière où il en a vu des vertes et des pas mûres, s’est tout de même laissé aller à un « Go fuck yourself » sur Twitter – en réponse à une interview du CEO de Spotify où ce dernier a cru bon de faire ce commentaire : « Certains artistes qui ont eu du succès par le passé ne feront plus aussi bien dans le paysage musical futur, un paysage où vous ne pourrez plus enregistrer de la musique tous les trois ou quatre ans et penser que ça va suffire. »

Mills n’est pas le seul à réagir furieusement : des musicien-ne-s de tous les âges et styles ont condamné cette attitude, de Zola Jesus à Twisted Sister, en passant par Dream Theater. Les conflits entre l’industrie de la musique et les plateformes de streaming sont tout sauf neufs. Et Spotify surtout, en tant que leader du marché, est dans le viseur des artistes, qui reprochent au service de ne pas payer assez de droits et de détruire les carrières, particulièrement de jeunes artistes ou de groupes underground. En effet, par clic, les artistes reçoivent entre 0,006 et 0,084 dollar. Ce qui n’est pas grand-chose par rapport à une diffusion à la radio.

Surtout que le business paie bien. Dans son dernier rapport, datant de fin 2019, la Spotify Technology S.A., dont les bureaux sont sis avenue de la Gare à Luxembourg, annonce des profits de 1,7 milliard d’euros, contre 1,3 l’année d’avant. Dans ce contexte, le rapport du management sur l’année 2019 risque de rester en travers de la gorge de certain-e-s : « Notre mission est de libérer le potentiel de la créativité humaine, en donnant l’occasion à un million d’artistes de vivre de leur art et à des milliards de fans celle de l’apprécier et de s’inspirer de ces créateurs », peut-on lire. 

Que la plateforme base sa soparfi au Luxembourg n’a rien à voir avec le charme touristique du quartier de la gare, mais semble plutôt relever de l’optimisation fiscale. Compréhensible, si on se rappelle que le fondateur et CEO, Daniel Ek, est suédois. En 2017, Ek et son collègue Martin Lorentzon ont même menacé de quitter la Suède totalement – le siège mondial est à Stockholm – si les taxes n’étaient pas baissées.

En parcourant le registre de commerce, on se rend compte que la société anonyme Spotify Technology S.A. a été constituée bien avant le lancement de l’application. Déjà, en 2006, deux ans avant sa mise sur le marché, deux boîtes anonymes chypriotes ont mis sur les rails la société devant un notaire luxembourgeois. Tout était donc calculé pour se faire un maximum de blé sur le dos des artistes, en payant le moins d’impôts possible – mais peut-être que cette dernière provocation était celle de trop.

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