Les Cahiers luxembourgeois : numéro 1, année 2021

von | 22.05.2021

In English, please ! Beaucoup d’anglais dans la nouvelle édition des Cahiers, qui continuent de balayer un large spectre de la littérature locale, tout en assurant une solide fondation d’articles de recherche historique ou littéraire.

« ‘Tourne-oreille’ : Trying to grieve for the 188, and counting », de Jodie Dalgleish, ouvre ce nouveau numéro. Il s’agit d’une ode poétique liée au macabre décompte des morts de la Covid-19, qui mélange l’anglais (surtout), le français (dans une moindre mesure) et le luxembourgeois (assez peu). Si l’ironie un peu noire du titre et le sentiment de télescopage linguistique qu’il procure sont bienvenus, la réalisation du texte, qui se tiendrait bien en tant qu’expérience performative, est cependant un rien trop expérimentale ou universitaire sur papier, avec beaucoup de références littéraires. Références littéraires qui parsèment également la micronouvelle qui suit, « The Search Party » de Jérôme Netgen, qui convoque l’Ozymandias de Percy Bysshe Shelley ou le Manderley de Daphne du Maurier dans une fiction militaire où une scène de Hitchcock s’invite même… entre autres. L’exercice est amusant et le langage imagé.

Les huit textes qui complètent la partie littéraire ont la particularité d’avoir été diffusés lors des deux saisons du podcast « Triptyphon », que Larisa Faber a réalisées pour le collectif Maskénada. La rédaction a souhaité leur offrir une nouvelle vie sur papier, ce qui est parfaitement en ligne avec son objectif de soutien à la création littéraire locale. Dans ces propositions variées et qui, gageons-le, sauront satisfaire tous les goûts, l’anglais (toujours très dominant), le roumain, le français, l’allemand, le luxembourgeois, le portugais et l’arabe alternent, tout comme la poésie succède à la conversation philosophique pour laisser la place à un format de nouvelle plus classique. On ne peut que recommander de piocher dans les contributions de Larisa Faber, Hugo Combe et Caroline Gillet, Nathalie Ronvaux, Nora Wagener, Catherine Dauphin, Xavier de Sousa (avec la collaboration de Tara Jaffar), Fabienne Hollwege et Claire Thill : selon les goûts, tel ou tel texte marquera plus, mais la vitalité qui se dégage de l’ensemble, même si elle est parfois plus orale qu’écrite, puisqu’il s’agit à l’origine d’un podcast, est à souligner.

Trois textes touffus attendent ensuite les enthousiastes d’articles de fond. Claude D. Conter et Marc Limpach évoquent les « Eckdaten der NS-Kulturpolitik in Luxemburg 1940-1942 », rassemblées à l’occasion de l’exposition « Luxemburg und der Zweite Weltkrieg » au Centre national de littérature. Tizian Zumthurm, en postdoctorat au Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History, revient sur la nécessité d’archiver en temps de pandémie, notamment en évoquant le site covidmemory.lu. Mais l’article le plus passionnant de cette partie est signé par Elise Schmit (membre aussi du comité de rédaction des Cahiers) et s’intitule « ‘Mir Männer’ : D’Fraebild am Michel Rodange sengem ‘Renert’ ». Avec force exemples et citations, l’autrice brosse un portrait de la société du temps de Rodange et analyse la façon dont celui-ci en véhicule les valeurs et figures archimajoritairement masculines. Très habilement, pour ce faire, elle utilise dans son texte le féminin générique – les « lectrices » seront donc toutes les personnes qui lisent. « D’Welt vum ‘Renert’ ass eng Männerwelt », est-il écrit au début de la conclusion. Un fait qu’il importe de ne pas passer sous silence en étudiant l’ouvrage, plaide-t-elle. Et on lui donne raison.

Dans les librairies. Abonnement sur cahiersluxembourgeois.lu

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