Lutte contre les violences fondées sur le genre : Peu priorisée

von | 10.09.2026

L’association La voix des survivant(e)s critique le manque d’engagement politique contre les violences fondées sur le genre. En cause : ses propositions ne figurent toujours pas à l’ordre du jour de la commission de la Justice.

Plus d’un an après le débat public sur la pétition réclamant de nouvelles mesures pour lutter contre les violences fondées sur le genre, La voix des survivant(e)s attend toujours que ses propositions soient discutées dans une commission de la Justice. (Photo : Chambre des députés/Flickr)

Plus d’un an après le succès de sa pétition réclamant de nouvelles mesures pour lutter contre les violences fondées sur le genre, La voix des survivant(e)s attend toujours. La pétition de l’association avait recueilli plus de 5.000 signatures, et le débat public avait donc eu lieu à la Chambre des députés en juillet 2025. En tout, l’association avait présenté un ensemble de 57 propositions, portant notamment sur la prévention et l’amélioration de la législation en vigueur (woxx 1844, « Geschlechtsspezifische Gewalt: Null Toleranz »). « On nous avait alors promis que le gouvernement et la Chambre allaient s’engager davantage, et que nos propositions seraient analysées dans les différentes commissions parlementaires », détaille Marie-Laure Rolland, la vice-présidente de l’association, dans un entretien avec le woxx.

Pourtant, depuis ce débat public, les député·es n’ont échangé qu’une seule fois au sujet de ces propositions, lors d’une commission de l’Égalité des genres, le 13 avril. « Nos propositions ne figurent toujours pas à l’ordre du jour de la commission de la Justice, alors que 47 sont des mesures judiciaires », critique Marie-Laure Rolland. Face au manque d’un « débat intégral » dans les commissions, ce lundi 7 septembre, l’association a envoyé une lettre à la présidente de la commission des Pétitions, Francine Closener, afin de relancer sa réclamation.

Car, pour l’association, le suivi est essentiel. Plusieurs mesures ont été prises ces derniers mois, dont la mise en place d’une commission indépendante sur les violences à l’égard des enfants, et la réforme sur le sursis qui prévoit que, dans des cas d’infractions particulièrement graves, comme un viol, le sursis doit dorénavant être justifié explicitement. De plus, depuis le 1er mai de cette année, le Centre national pour victimes de violences assure un premier accompagnement 24 heures sur 24. « C’est certes une bonne avancée », juge Marie-Laure Rolland. Le centre a été contacté par plus de 770 victimes de violences, a indiqué la ministre de l’Égalité des genres et de la Diversité, Yuriko Backes (DP), dans une réponse à une question parlementaire de la députée socialiste Claire Delcourt cette semaine. Or, la demande est en hausse, et les victimes doivent attendre environ une semaine pour une entrevue avec un·e psychologue ou pour une consultation juridique. La ministre rejette toutefois l’option de renforcer les effectifs du centre pour l’instant, arguant dans sa réponse à la députée qu’il est « trop tôt » pour réaliser une évaluation.

Garder la lutte parmi les priorités politiques

« Des améliorations sont encore nécessaires au niveau des moyens humains, mais aussi au niveau de la sensibilisation des acteurs chargés des dossiers et des formations, qui ne sont ni continues ni obligatoires pour les professionnels qui interviennent dans le cadre des violences de genre », indique Marie-Laure Rolland. La vice-présidente insiste sur le fait que les victimes, en particulier les enfants, ne sont pas suffisamment protégé·es. Tous les huit jours, un viol sur mineur est déclaré au parquet. Cependant, « ce qui prime est la présomption d’innocence de l’auteur. Nous demandons un principe de protection immédiate de l’enfant », fustige-t-elle.

Face à des procédures jugées « trop longues », La voix des survivant(e)s revendique également des réformes du système judiciaire, y compris la création d’un tribunal spécialisé en matière de violences de genre, tel qu’il en existe déjà dans d’autres pays, comme l’Espagne. « La ministre de la Justice nous a expliqué qu’on aurait besoin d’une réforme constitutionnelle pour instaurer un tel tribunal et a rejeté l’idée », déplore Marie-Laure Rolland. « Si une telle réforme s’avérait trop compliquée, on aimerait discuter d’autres options qui pourraient être mises en place dans un premier temps, comme une chambre spécialisée au sein des tribunaux, telle que celles déjà en vigueur en France. »

L’association se montre « prête à une rencontre » et espère recevoir une invitation de la part de la commission de la Justice pour « un véritable échange ». « La responsabilité de mettre la pression sur le gouvernement retombe aussi sur les députés », pointe encore Marie-Laure Rolland.

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