Le secteur de la santé et du social peine à recruter au Luxembourg. Selon le premier baromètre du recrutement de MediNation.lu, près de la moitié des 60 structures interrogées font face à de sérieuses difficultés pour trouver du personnel.

« Ce sont des métiers à vocation qui demandent de l’empathie, de l’émotionnel, de l’engagement », résume Patrick Kersten, fondateur de MediNation. (Photo : truthseeker08/Pixabay)
Le baromètre a été réalisé au deuxième trimestre 2026 auprès des structures ayant publié des offres d’emploi sur MediNation au cours des cinq dernières années, les interrogé·es étant principalement issu·es des services de ressources humaines et des directions. Selon Patrick Kersten, qui a lancé MediNation en 2021, plus de 90 % des employeurs du secteur travailleraient avec la plateforme de recrutement. L’échantillon étudié peut ainsi être considéré comme représentatif, bien que laissant de côté les structures les plus petites, la majorité des établissements du baromètre comprenant entre 101 et 1.000 équivalents temps plein. Les résultats obtenus sont révélateurs d’une tension persistante dans le secteur : 48 % des 60 structures interrogées déclarent rencontrer des difficultés de recrutement élevées à critiques, tandis que seulement 3,6 % n’en signalent aucune. Les aides-soignant·es arrivent en tête des profils les plus difficiles à recruter, cité·es par 20 % des répondant·es, devant les éducateur·rices (18 %) et les infirmier·ères (14 %). Trois professions qui figurent également parmi les métiers jugés « très en pénurie » par l’Adem. Dans cette liste de vingt métiers publiée par l’agence en mars 2026, cinq étaient ainsi des métiers de la santé et du social. Une place peu enviable qui se consolide de manière permanente au fil des ans.
Pour expliquer les difficultés de recrutement, Patrick Kersten pointe notamment le vieillissement de la population, qui entraîne une augmentation des besoins en soins. Les métiers concernés présentent par ailleurs des contraintes particulières telles que, dans de nombreuses structures, la prise en charge de personnes 24h/24, ce qui nécessite des effectifs suffisants pour assurer les différents horaires. Or, lorsque les postes sont vacants, la charge de travail peut retomber sur les équipes présentes. Au cours des douze derniers mois, 30 % des structures interrogées disent ainsi avoir augmenté les heures supplémentaires. Dans le même temps, 37 % constatent une hausse de l’absentéisme et 25 % une hausse du turnover. Le baromètre met ainsi en évidence la conjugaison de plusieurs difficultés, que l’équipe de MediNation rapporte à un cercle vicieux : une pénurie qui engendre une surcharge de travail, elle-même provoquant un épuisement et des départs… qui renforcent la pénurie.
Des métiers exigeants et à vocation
Face à ces difficultés, les employeur·euses se tournent largement vers la Grande Région : 90 % des structures interrogées y recrutent, dont 61 % régulièrement. Le recrutement international reste en revanche moins fréquent, avec 30 % des structures concernées. Patrick Kersten souligne ici que la formation d’aide-soignant·e est globalement plus longue et plus exigeante au Luxembourg que dans les pays frontaliers. La reconnaissance des diplômes n’est donc pas automatique, mais demande un examen de dossier et, si nécessaire, des stages d’adaptation. À cela s’ajoutent les exigences linguistiques, qui constituent une autre particularité du marché luxembourgeois. Celles-ci sont citées par 26 % des sondé·es parmi les principaux obstacles au recrutement, tandis que 71 % désignent le luxembourgeois comme la langue la plus difficile à trouver. Car, pour les établissements de soins, la capacité à communiquer avec les patient·es peut être déterminante. « Une personne en situation de handicap peut déjà avoir du mal à s’exprimer en luxembourgeois, alors dans une autre langue… », détaille le fondateur de MediNation, reprécisant donc cette nécessité : « Il faut pouvoir parler dans la langue du patient. »
Outre les exigences linguistiques, le principal obstacle du recrutement reste le manque de candidatures (29 %). Pour les candidat·es, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (25 %) et la flexibilité (22 %) arrivent devant le salaire (15 %) parmi les attentes citées dans le baromètre. Des critères difficiles à respecter dans un secteur marqué par les horaires décalés, les besoins de présence continue ou encore l’implication émotionnelle. Patrick Kersten rappelle aussi que les métiers du soin nécessitent des qualités spécifiques : « Ce sont des métiers à vocation qui demandent de l’empathie, de l’émotionnel, de l’engagement », résume-t-il.

