La forme du texte – des colonnes de phrases courtes, mais denses en informations – peut d’abord dérouter. C’est pourtant à ce rythme saccadé que Ian De Toffoli nous entraîne dans deux histoires qui s’entrecroisent : celle de Léa, jeune femme née à Luxembourg qui, prenant soudainement conscience de l’urgence écologique, en vient à se radicaliser contre Koch Industries, et celle de l’entreprise, dont la naissance et l’expansion nous sont contées en parallèle. Car il s’agit là d’une sorte de conte, bien que tragiquement réel. Léa, « fille de la tempête, née du dieu Euros et d’Iris aux pieds ailés », tente de lutter contre un système mondialisé et autodestructeur. À sa sensibilité et au lien viscéral qui l’unit à la nature s’opposent les hommes qui ont bâti et dirigé l’empire industriel, dont l’auteur raille la cupidité : « On aurait dit deux garçons qui échangent entre eux des stickers Panini. » Mais, même tournés au ridicule, leur ambition démesurée et leur pouvoir n’en ont pas moins façonné un système tentaculaire qui imprègne tout ce qui entoure Léa, une « construction rhizomique » qui fait « tourner le pays ». Un affrontement inégal, à la fois actuel, documenté et poétique, entre une militante déterminée et un système dont la puissance semble presque impossible à enrayer.
Ian de Toffoli : Léa ou la théorie des systèmes complexes. 288 pages. Actes Sud, 2025.


