SALLES DE CONCERT: Deux salles d’un coup

von | 12.09.2008

Le week-end prochain, deux nouvelles salles de concert ouvriront leurs portes Ă  Luxembourg. Le woxx s’est rendu sur les chantiers de l’Exit07 et du Verso.

Au milieu de leurs chantiers respectifs: Damiano Nigro (gauche) et Marc Hauser (droite).

La greffe a pris, du moins Ă  première vue. En s’approchant du hall Paul Wurth – dĂ©sormais connu sous la dĂ©nomination CarrĂ©-Rotondes – le visiteur constate que les anciennes portes en verre de l’Exit07 ont Ă©tĂ© installĂ©es sur le nouveau site. A l’intĂ©rieur, mĂŞme le bar est importĂ© et les tableaux noirs affichent toujours les derniers highlights de l’annĂ©e culturelle 2007. Au beau milieu des nuages de poussière, Marc Hauser s’affaire en parlant dans son portable. Hauser a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© le programmateur de l’Exit07 pendant l’annĂ©e culturelle, quand celui-ci se trouvait encore entre les deux rotondes. La rĂ©ouverture de « son Â» local – qui Ă©tait initialement prĂ©vue pour le printemps 2008 – le satisfait visiblement. « Nous avons plus de possibilitĂ©s ici Â», commente-t-il, « et puis, savoir que cet endroit nous restera pour plus d’un an est une bonne chose Â».

En faisant le tour de la salle, on constate que la version 2008 de l’Exit07 prĂ©sente bien des avantages sur la prĂ©cĂ©dente. La salle est plus haute, ce qui devrait sensiblement amĂ©liorer la qualitĂ© sonore. Avec la scène plus grande, mais surĂ©levĂ©e seulement d’une cinquantaine de centimètres, le public profitera d’une atmosphère nettement moins claustrophobe tout en conservant le contact quasi intime avec les artistes. Les murs fraĂ®chement recouverts de peinture noire ne sont pas sans rappeler la sobriĂ©tĂ© des salles de la Kulturfabrik. Les escaliers qui mènent au premier Ă©tage sont intĂ©grĂ©s Ă  la scène, ce qui laissera sĂ»rement assez d’espace pour des mises en scène un peu plus particulières. Les amĂ©liorations comprennent un backstage pour les artistes, des bureaux plus spacieux pour le programmateur et son Ă©quipe, ainsi qu’une sonorisation fixe qui appartient Ă  la maison et mĂŞme la possibilitĂ© de projeter des vidĂ©os sur deux murs de l’enceinte. Tout cela devrait apporter au nouveau l’Exit07 un succès Ă©quivalent Ă  celui rencontrĂ© par sa première incarnation.

La seule chose qui a changĂ©e est le contexte. L’annĂ©e culturelle appartient au passĂ©, ainsi que tout le bazar Ă©vĂ©nementiel qui l’entourait. MĂŞme si l’Exit07 a Ă©tĂ© – pour quelques-un-e-s du moins – le cocon permettant de faire d’intĂ©ressantes dĂ©couvertes dans la jungle des mĂ©ga-Ă©vĂ©nements visant le grand-public, dans sa nouvelle peau il doit aussi composer avec une nouvelle donne. Marc Hauser en est plutĂ´t conscient : « Nous garderons le mĂŞme esprit qu’en 2007, en proposant une programmation qui mise surtout sur la dĂ©couverte de talents de la Grande-RĂ©gion et alentour et en offrant Ă  notre clientèle des concerts Ă©clectiques. Par contre, nous ne pouvons plus compter sur l’effet annĂ©e culturelle, ce qui veut dire que nous devons petit Ă  petit intĂ©grer le paysage culturel de la ville de façon permanente. »

Exit07 – Enter08

Certains Ă©vĂ©nements comme le « Be My Guest Â», oĂą des membres de la scène locale peuvent inviter d’autres groupes de leur connaissance qu’ils aimeraient faire dĂ©couvrir, feront toujours partie intĂ©grante de la nouvelle programmation. Par contre, le bar du nouveau Exit07 ne sera a priori ouvert que pour des concerts ou d’autres Ă©vĂ©nements qui auront lieu dans le nouveau complexe. Point de vue musical, l’Exit07 ne va donc pas rĂ©inventer son identitĂ© : la musique prĂ©sentĂ©e sera variĂ©e, voire expĂ©riementale, mais jamais extrĂŞme. « Je ne peux toujours pas m’imaginer un concert de death metal ici Â», renchĂ©rit Hauser. En effet, cela n’irait pas avec l’esprit du lieu, qui reste celui d’une maison de la culture financĂ©e publiquement, refuge des intellectuels et de celles et ceux qui se prennent pour tels. Un lieu aussi qui ne devrait pas avoir peur d’expĂ©rimenter, car les dĂ©ficits financiers ne seraient pas vraiment un drame. « MĂŞme si notre objectif n’est pas de rester dĂ©ficitaire, d’un autre cĂ´tĂ© je suis plutĂ´t fier que notre politique des prix d’entrĂ©e reste vivable. Les concerts les plus chers coĂ»teront 20 euros au (grand) maximum Â», ajoute Hauser.

De l’autre cĂ´tĂ© de la ville se trouve un autre chantier. En traversant le pont sur l’Alzette Ă  Clausen, on peine Ă  entendre la rivière qui se dĂ©mène sous les pieds du passant, tant les bruits de l’Ă©norme chantier des nouvelles rives de Clausen envahissent l’atmosphère. L’ouverture officielle est prĂ©vue pour le 11 septembre et tout le monde travaille d’arrache-pied pour terminer Ă  la date prĂ©vue. A l’entrĂ©e du chantier, au beau milieu des ouvriers et des hommes en cravate qui y circulent, se tiennent deux types qui, Ă  première vue, ont l’air un peu perdu. VĂŞtus de t-shirts arborant des emblèmes de groupes punk, les cheveux Ă©bouriffĂ©s et mĂŞme colorĂ©s pour l’un d’eux, Damiano Nigro et Gilles Heinisch sont pourtant Ă  l’origine de la seconde des nouvelles salles de concert qui vont ouvrir leurs portes les 19 et 20 septembre. Le Verso, c’est son nom, sera leur boĂ®te Ă©vĂ©nementielle et en mĂŞme temps une plateforme pour le label de musique Winged Skull que les deux amis ont montĂ©s il y a une dizaine d’annĂ©s.

« Mais il faut bien comprendre que le Verso – Ă  part que Gilles et moi sommes aussi impliquĂ©s dans Winged Skull – n’a rien Ă  voir directement avec ce label Â», prĂ©cise Damiano. L’intĂ©rieur du club est loin de la sobriĂ©tĂ© de l’Exit07, ses murs blanchis augmentĂ©s de fausses craquelures dĂ©coratives font plutĂ´t penser Ă  une attraction d’Eurodisney, et la mezzanine qui surplombe la scène laisse deviner que le club s’attend aussi Ă  autre chose que des concerts Ă  cent pour cent indĂ©pendants.

« Ici, on veut faire de tout. Nous ne nous posons aucune limite, qu’il s’agisse d’un concert de mĂ©tal ou d’un dĂ©filĂ© de strings ou mĂŞme d’un show de live-cooking Â», rigole-t-il. De telles paroles peuvent choquer dans la bouche de quelqu’un qui a tout de mĂŞme l’air d’appartenir Ă  la scène alternative, mais ne sont pas incongrues du tout si on considère l’environnement dans lequel le Verso devra survivre. CoincĂ© entre un restaurant de sushis et un bar montĂ© par le patron du Muko Muko, ce n’est pas forcĂ©ment l’endroit oĂą on viendrait chercher un squat. Ainsi, par la force des choses, les anciens punks sont devenus des businessmen aguerris.

« Mais cela n’empĂŞche pas qu’on collabore avec la scène. Des collectifs comme Schalltot et aussi notre label ont dĂ©jĂ  programmĂ© des concerts Â», affirme Damiano. Dans ce sens, le Verso comble une lacune Ă©vidente de la scène luxembourgeoise. Les concerts indĂ©pendants peinaient depuis un certain temps pour trouver un endroit convenable. Alors que la Kulturfabrik s’est reconvertie dans le théâtre et la musique world, et que la plupart des cafĂ©s-concerts du Sud du pays sont soit en conflit permanent avec les forces de l’ordre soit ne prĂ©sentent qu’un intĂ©rĂŞt limitĂ©, une alternative comme le Verso sera la bienvenue. Point de vue infrastructure, le club sur les rives de l’Alzette n’a rien Ă  envier Ă  l’Exit07. La scène est par ailleurs de dimensions identiques et les tailles des deux salles se valent.

Quand il s’agit d’Ă©voquer une possible concurrence entre les nouvelles salles, les langues se dĂ©lient moins facilement. « Que l’Exit07 ouvre ses portes le mĂŞme jour que nous est le fruit du hasard Â», assure Damiano, « C’est dommage, mais nous ne pouvons rien y changer. Â» MĂŞme son de cloche du cĂ´tĂ© de l’Exit07 : « Nous espĂ©rons que ce ne sera pas une concurrence. De toute façon, nous ne le voyons pas ainsi Â», affirme Marc Hauser.

Tout compte fait ce sera aux consommateurs de dĂ©cider quelle salle ils prĂ©fèrent – ou de frĂ©quenter avec assiduitĂ© les deux.

www.exit07.org
www.verso.lu

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