ELECTIONS 2009: Visite au mausolée

von | 05.03.2009

Pour dĂ©buter sa sĂ©rie sur les partis en lice pour les Ă©lections de 2009, le woxx commence par le plus petit d’entre eux : le parti communiste.

Excursion dans le passé: le président du PCL, Ali Ruckert.

Dimanche matin : les rues de la mĂ©tropole du fer sont presque vides. Dans les cafĂ©s situĂ©s près de la gare, ceux qui n’ont pas encore fini leur soirĂ©e s’attardent autour de quelques dernières tournĂ©es de moins en moins bruyantes. D’autres se pressent autour d’un cafĂ© avant d’entamer une journĂ©e de travail dominical dans une station-service du coin. Le soleil dissout petit Ă  petit l’Ă©pais manteau de brume dont la ville d’Esch s’est couverte cette nuit et sur l’avenue face Ă  la gare apparaissent quelques silhouettes de gens bien actifs. A l’âge de la retraite pour la plupart, ils semblent mus par ce mĂ©lange d’excitation et de rigueur que produit la perspective d’un rituel communautaire. Et pourtant, il n’y a pas d’Ă©glise dans les environs… L’explication est simple : cette petite demi-douzaine de vieux et de moins vieux s’apprĂŞte Ă  cĂ©lĂ©brer le 32e congrès du parti communiste luxembourgeois (PCL).

Dommage que la salle de la Maison du Peuple ait Ă©tĂ© refaite. Si le dĂ©cor original Ă©tait encore en place on pourrait vraiment y croire. Croire Ă  quoi, d’ailleurs ? Que le PCL est un parti important, que le Luxembourg compte plein de communistes ou encore qu’il n’y a rien Ă  regretter du passĂ©. Mais malheureusement, le 21e siècle touche mĂŞme les plus rĂ©ticents, donc aussi nos crypto-communistes locaux.

Si l’organisation interne du parti n’a pas vraiment Ă©voluĂ© au cours de ces dernières dĂ©cennies, le programme – vu l’actualitĂ© de la crise financière – devrait du moins s’adapter Ă  ce qui se passe dans le monde. Et de prime abord, c’est le cas. « MoĂŻen, ech sin erem do Â», proclame un Karl Marx barbu et prĂŞt Ă  la reprise de la lutte des classes sur un transparent qui trĂ´ne au-dessus de la salle entière. Mais, celles et ceux qui s’attendaient Ă  ce que le PCL s’adapte vraiment Ă  la situation et propose des solutions pragmatiques ont vite Ă©tĂ© déçu-e-s Ă  la lecture des revendications que les communistes dĂ©sirent mieux faire connaĂ®tre Ă  la « population travailleuse Â». En somme, ils demandent la socialisation des banques, des grandes entreprises et de l’ensemble du secteur de l’eau et de l’Ă©nergie. Autres revendications : la limitation de la richesse et des profits des actionnaires, l’abolition du secret bancaire ainsi que de l’armĂ©e.

Alors que le monde financier semble enfin se plier Ă  leurs idĂ©es – un peu du moins – les communistes ne font rien pour rĂ©cupĂ©rer cette Ă©nergie et la transmettre positivement. Au contraire, ils continuent de patauger dans leurs revendications vieilles de plusieurs siècles. Au lieu de chercher des rĂ©ponses pragmatiques Ă  la crise, ils nous reparlent de vieilles lubies comme la sortie de l’Otan – qui, mĂŞme si elle Ă©tait rĂ©alisable voire souhaitable, n’aurait aucun effet rĂ©el sur les conditions de vie des « masses travailleuses Â». Le Luxembourg n’Ă©tant pas un de ces pays oĂą les excès d’armement frappent directement la population.

« Moien, ech sin erem do Â»

C’est dommage, car un parti communiste qui renaĂ®trait de ses cendres et montrerait une vraie vitalitĂ© ainsi qu’une vraie volontĂ© de dialogue n’aurait certainement pas nui Ă  cette campagne Ă©lectorale qui s’annonce a priori sans grandes surprises. Ce sont surtout ce manque de pragmatisme et le refus intĂ©gral de la rĂ©alitĂ© qui rendent difficile de vraiment s’identifier avec les idĂ©es communistes de nos jours. Le PCL, qui a sans conteste jouĂ© un rĂ´le politique majeur dans ce pays – un rĂ´le d’ailleurs souvent occultĂ© – ne veut pas savoir que son poids politique est carrĂ©ment nul et refuse de se comporter comme un parti qui n’a rien Ă  perdre, mais tout Ă  gagner. Au contraire, on a souvent l’impression que les communistes pensent toujours qu’on les Ă©coutera parce qu’ils sont communistes.

Au lieu de dĂ©battre sĂ©rieusement du prĂ©sent et du futur, lors de son discours, le prĂ©sident du comitĂ© central Ali Ruckert prĂ©fère Ă©voquer le passĂ© et resasser une enième fois l’histoire des martyrs communistes. En ce qui concerne la situation actuelle, aucun doute : les communistes ont les bonnes solutions et font tout le temps les bons choix. Refus de la tripartite ? Bien sĂ»r, ce n’est qu’un moyen pour mieux embobiner les syndicats. Ces mĂŞmes syndicats qui sont fustigĂ©s d’opportunistes quelques phrases plus loin, pour avoir acceptĂ© la manipulation de l’index, tandis que Ruckert se targue d’ĂŞtre Ă  la tĂŞte du seul parti Ă  avoir clairement menĂ© une campagne contre cette manipulation. Curieusement, le mouvement qui devrait ĂŞtre le proche du PCL, dĂ©i LĂ©nk, revendique la mĂŞme chose.

Puis c’est autour des autres forces politiques du pays Ă  ĂŞtre passĂ©s au crible par Ruckert. Bon, le CSV c’est pas la peine, juste une chose : les chrĂ©tiens-sociaux restent le meilleur ennemi du PCL. Et pour cause, dans la mythologie loufoque des communistes CSV et PCL sont les seuls vrais adversaires de taille Ă©gale, le reste n’est que masse nĂ©gligeable. Sinon, les socialistes restent des traĂ®tres, ce qui n’Ă©tonnera personne, tandis que les Verts sont des traĂ®tres bis, et puis le DP, n’en parlons pas. L’ADR est – aux yeux de Ruckert – un parti populiste qui a malheureusement rĂ©ussi Ă  drainer un Ă©lectorat potentiel. Au lieu de se dĂ©soler de ce fait, les communistes feraient mieux de se demander pourquoi. Car honnĂŞtement, chaque voix qui ne va pas aux populistes de GibĂ©rien et de Mehlen est une voix de gagnĂ©e.

Mais le plus long passage est reservĂ© au pire ennemi du PCL : dĂ©i LĂ©nk. La plateforme de gauche a droit Ă  un traitement spĂ©cial de la part de Ruckert. En long et en large il explique pourquoi – selon lui – une alliance quelconque entre PCL et dĂ©i LĂ©nk serait Ă  exclure. D’abord Ruckert les dĂ©signe comme une bande de traĂ®tres qui feraient des compronis en politique juste pour toucher au pot des subventions europĂ©ennes, par le biais de l’intĂ©gration du parti europĂ©en de gauche, de tendance rĂ©formiste. Sans vouloir prendre parti, il faut relever que cet argument est dĂ©purvu de poids, car pourquoi laisser s’Ă©chapper des subventions pour mieux faire passer son message et mieux organiser des actions ? Est-ce mieux de lamenter dans son coin et de ne pas bouger parce que le monde est plein de traĂ®tres ? Et puis la coopĂ©ration europĂ©enne entre partis de gauche demande des compromis et pas des moindres, ce qui – en fin de compte – peut ĂŞtre positif.

Ensuite, les vieilles lubies sur le krach entre communistes de pure souche et rĂ©formateurs qui auraient abandonnĂ© les idĂ©aux sacro-saints une fois l’Union SoviĂ©tique sortie de l’histoire. Nous ne voulons pas retracer ici toutes les diffĂ©rentes versions de ce conflit, mais juste en profiter pour mettre une remarque : ce n’est pas en dĂ©nigrant ceux qui sont politiquement proches d’eux que les communistes pourront changer les choses. Au contraire, se rĂ©jouir d’une dĂ©faite Ă©lectorale de la gauche parce que ni eux, ni leurs adversaires ont su gagner quoique ce soit relève d’un niveau mental plutĂ´t enfantin et montre l’isolation et la psycho-rigiditĂ© de nos communistes. Dire que dĂ©i LĂ©nk ne dispose pas d’un programme Ă©lectoral clair, ce qui Ă©tait le prochain et dernier argument de Ruckert, ne sauve pas la mise dans ce cas. Certes, c’est une critique que certains trouvent fondĂ©e et dont on pourrait discuter. Mais comment discuter avec un parti communiste qui – mĂŞme après plusieurs offres – refuse tout dialogue ?

Alors que la crise financière offre aux partis de gauche pour une fois une rĂ©elle opportunitĂ© d’ĂŞtre Ă©coutĂ©s par une frange plus importante de la population, les communistes se terrent dans leur mutisme et leurs « self-fulfilling prophecies Â». Une attitude qui, surtout dans des temps de crise, est non seulement peu louable, mais presque une trahison de leurs propres idĂ©aux.

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