INFRASTRUCTURES: Nouveaux espaces

von | 03.04.2009

Le « Ellergronn Â» près d’Esch-sur-Alzette a toujours Ă©tĂ© un site Ă  double emploi : d’un cĂ´tĂ© il reflète l’histoire minière du pays et de l’autre c’est une formidable rĂ©serve naturelle.

Le nouveau centre d’accueil « Ellergronn » ouvrira ses portes à 17 heures ce vendredi.

Rarement l’on voit de nouvelles infrastructures ouvrir leurs portes Ă  des endroits aussi empreints d’histoire. DĂ©jĂ , pour se rendre au nouveau centre d’accueil « Ellergronn Â», il faut traverser le quartier historique de la Hiehl eschoise – historique parce que c’est lĂ , de l’autre cĂ´tĂ© des chemins de fer, que s’installèrent les premiers immigrĂ©s italiens, allemands ou polonais au dĂ©but du siècle dernier. D’un cĂ´tĂ©, c’Ă©tait un lieu sĂ©parĂ© des autres communautĂ©s, de l’autre, les ouvriers n’avaient qu’Ă  remonter leur rue pour se rendre Ă  la mine du « Kaazebierg Â» ou sur les lieux oĂą le minerai Ă©tait exploitĂ© Ă  ciel ouvert. Encore de nos jours, le promeneur attentif peut voir les restes de l’ère industrielle dans la forĂŞt – que ce soit sous forme de trous non naturels qui sont en fait des galeries effondrĂ©es, d’escaliers fantĂ´matiques en pierre Ă  l’orĂ©e des bois qui ne mènent nulle part ou encore d’empreintes des voies ferrĂ©es qui parcouraient tout le territoire, transportant la prĂ©cieuse terre rouge. Après la fin de l’Ă©poque minière, la nature a petit Ă  petit repris ses droits et le site s’est vite repeuplĂ© d’une faune et d’une flore intĂ©ressante – au point oĂą le « Ellergronn Â» est devenu une rĂ©serve naturelle, chemin balisĂ© inclus. Pourtant, le nombre de gens qui connaissent ce lieu magnifique reste restreint : l’endroit est reculĂ© et, faute d’informations, la plupart des personnes qui frĂ©quentent la rĂ©serve y ont Ă©tĂ© amenĂ©es par leurs parents et grand-parents. Ainsi, la dĂ©couverte de lieux magiques comme le « LiĂ©geois-Weier Â» – dont personne ne sait d’oĂą il tient son nom – a longtemps Ă©tĂ© une affaire de transmission gĂ©nĂ©rationnelle plus qu’autre chose. Une seconde possibilitĂ© de dĂ©couvrir la rĂ©serve est d’ĂŞtre scolarisĂ© Ă  Esch-sur-Alzette ou dans les communes environnantes : dans ce cas, plusieurs passages Ă  la fameuse « Waldschoul Â», qui se situe Ă  proximitĂ© du nouveau centre d’accueil, Ă©taient obligatoires et souvent salutaires.

Mais cette donne est sur le point de changer, explique Jean-Claude Kirpach, chef du service de la conservation de la nature Ă  l’administration des eaux et forĂŞts. « Nous voulons amener un maximum de gens Ă  frĂ©quenter ce site. C’est cela l’objectif auquel nous travaillons depuis une bonne dizaine d’annĂ©es Â». Pour Kirpach, il y a deux possibilitĂ©s de rendre le public attentif Ă  et respectueux envers la nature : « On peut faire des lois et sanctionner celles et ceux qui ne respectent pas l’environnement. Ou on peut sensibiliser les gens, leur montrer et dĂ©montrer que tout est liĂ© et que eux aussi dĂ©pendent de la nature Â». C’est cela l’idĂ©e du nouveau centre d’accueil, dont Kirpach est visiblement fier. « C’est le plus grand centre de ce genre qui existe au Luxembourg Â», constate-t-il. Ce qui convient aussi Ă  la taille de la rĂ©serve naturelle, qui est classĂ©e d’intĂ©rĂŞt europĂ©en, puisqu’elle s’Ă©tend au-delĂ  de la frontière luxembourgeoise jusqu’en territoire français.

Réunir environnemental, social et historique

Mais il y a un autre Ă©lĂ©ment qui contribue Ă  l’unicitĂ© du site « Ellergronn Â», Ă  savoir la coexistence d’une initiative pour la nature et de sociĂ©tĂ©s d’histoire locale comme l‘ « Entente Mine Cockerill Â» et « Les amis de l’histoire Â». En effet, le site lui-mĂŞme se compose de bâtiments historiques renovĂ©s pour l’occasion. Il se divise en plusieurs parties : les deux bâtiments principaux contiennent un restaurant d’un cĂ´tĂ©, avec une petite exposition didactique permanente au premier Ă©tage, qui sert avant tout Ă  l’accueil des classes scolaires qui y trouveront – outre les « touch screen Â» dernier cri – aussi une ? salle de classe. L’autre bâtiment est prĂ©vu pour ĂŞtre utilisĂ© comme une salle polyvalente et hĂ©bergera dans un premier temps des expositions temporaires. Deux autres grandes bâtisses, qui se trouvent un peu plus bas, sont des lieux de travail qui resteront ouverts aux visiteurs : le musĂ©e « Mine Cockerill Â», dans lequel se trouvent aussi les bureaux de l’entente et une grange dans laquelle les forestiers travailleront le bois, sous l’oeil des interessĂ©s. La dimension pĂ©dagogique est importante pour Kirpach.

« Il s’agit d’impliquer activement le public dans la protection de la nature Â», explique-t-il. Ainsi peut-on non seulement acheter du bois au centre mais aussi manger sainement : « Le restaurant `An der Schmett‘ qui a Ă©tĂ© fondĂ© pour l’occasion ne servira que de la viande issue de l’agriculture durable, c’est-Ă -dire qu’elle provient du bĂ©tail qui se trouve exclusivement dans des rĂ©serves naturelles. C’est une façon typiquement luxembourgeoise, mais elle fonctionnera Â». Pourtant, il rejette l’idĂ©e de vendre de la viande de luxe: « Nous voulons que ce soit viable. L’agriculteur vendra l’animal en entier et non pas seulement les filets. Et il ne les vendra qu’Ă  des restaurants qui utilisent toutes les parties de la bĂŞte. Ainsi, il ne fait pas de pertes et l’agriculture durable et les rĂ©serves naturelles s’en trouvent fortifiĂ©es. Les gens doivent rĂ©apprendre Ă  savourer un ragoĂ»t ou un jarret Â», rigole Kirpach.

Le restaurant est aussi l’occasion de verser dans le social. En effet, la cuisine est tenue par des employĂ©-e-s de l’asbl « Femmes en dĂ©tresse Â», qui ont fondĂ© une sociĂ©tĂ© coopĂ©rative pour l’occasion. Introduire une telle initiative dans ce projet n’est rĂ©aliste, que si l?on veut vraiment impliquer les gens. De plus, une visite au restaurant sera bonifiĂ©e d’une double bonne conscience, celle d’avoir aidĂ© une initiative sociale et celle d’avoir fait une bonne chose pour la nature.

Mais Kirpach est loin de s’arrĂŞter lĂ . « A l’ouverture, nous prĂ©senterons aussi de nouveaux chemins balisĂ©s Ă  travers la rĂ©serve Â», explique-t-il. « Nous aurons aussi des guides, formĂ©s et payĂ©s par nos soins qui prendront en charge les promeneurs Â». Il existe plusieurs chemins qui varient en longueur et en centre d’intĂ©rĂŞt : il y en aura pour les marcheurs qui pourront aller jusqu’en France Ă  travers la forĂŞt, d’autres seront axĂ©s sur les aspects historiques et les restes de l’ère industrielle qu’on trouve dans la rĂ©serve.

Historiquement, les bâtiments du nouveau complexe ont aussi leurs aventures Ă  raconter : « Ce furent pendant longtemps des halles oĂą des entrepreneurs stockaient leur matĂ©riel Â», raconte Edouard Sand, de l’entente « Mine Cockerill Â». « Les premiers propriĂ©taires Ă©taient les frères Collart de 1881 Ă  1943, puis la mine a Ă©tĂ© incorporĂ©e Ă  la `Gewerkschaft LĂĽtzelburg‘. Ce n’est qu’en 1945 que John Cockerill prend la direction de la mine, exploitĂ©e jusqu’en 1967. A partir de cette annĂ©e jusqu’en 1970, l’entreprise Schockmel utilisait les halles comme dĂ©pĂ´t, tout comme la firme Ipreco jusqu’en 1985 Â». C’est surtout cette dernière qui n’a pas laissĂ©e les meilleures impressions. « LĂ  oĂą nous sommes en ce moment, le hall Ă©tait plein de styropores du sol jusqu’au plafond Â», raconte-t-il dans le restaurant. Vu que la commune d’Esch n’avait pas l’argent nĂ©cessaire pour dĂ©contaminer les bâtiments, c’est l’Etat qui les achète en 1986. « Je me rappelle bien d’une visite de Robert Goebbels Ă  l’Ă©poque. Il nous a promis d’acheter le terrain, afin que nous puissions au plus vite en faire quelque chose Â». 23 ans ont passĂ© depuis, ce n’est finalement pas trop long pour notre pays?

Mais peu importe, le nouveau centre d’accueil « Ellergronn Â» est un exemple de comment mener Ă  bien une initiative tout en impliquant un maximum d’acteurs qui proviennent de backgrounds diffĂ©rents et qui se complètent, tout en contribuant aux bienfaits de la nature et de la sociĂ©tĂ©. Un exemple rare Ă  suivre donc, mĂŞme si de telles idĂ©es prennent leur temps Ă  la rĂ©alisation.

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