NEIE LYCEE: Entre innovation et improvisation

von | 08.07.2005

A l’automne, le Neie LycĂ©e ouvrira ses portes aux premiers Ă©lèves. La philosophie du projet a beau avoir Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e durant des annĂ©es, l’Ă©quipe enseignante et les Ă©lèves seront plongĂ©-e-s dans l’inconnu.

Un conteneur, des graviers et une pelleteuse Ă  cĂ´tĂ© du bâtiment en partie dĂ©saffectĂ© qui longe la rue de l’AciĂ©rie Ă  Hollerich. Le terrain qui va accueillir le „Neie LycĂ©e“ Ă  la rentrĂ©e 2005- 2006 en est encore au stade de chantier. Certes, les travaux semblent avancer Ă  bon rythme et tout devrait ĂŞtre prĂŞt avant l’arrivĂ©e des premiers Ă©lèves Ă  l’automne. Il faut pourtant un minimum d’imagination pour s’en persuader. Depuis le gouvernement social-libĂ©ral, le Luxembourg n’a plus connu autant d’audace pĂ©dagogique qu’avec le Neie LycĂ©e.

Mady Delvaux, ministre de l’Ă©ducation, savoure quant Ă  elle la quasi-unanimitĂ© parlementaire qui accompagna le vote ce mardi Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©-e-s. Apparemment, non seulement la sociĂ©tĂ© luxembourgeoise, mais Ă©galement ses reprĂ©sentant-e-s politiques sont prĂŞts pour un nouveau modèle d’Ă©ducation. Reste Ă  savoir lequel.

Le caractère expĂ©rimental du projet est Ă  double tranchant. D’une part, il suscite l’intĂ©rĂŞt d’une bonne partie d’enseignant-e-s, de parents et d’Ă©lèves fatiguĂ©-e-s du modèle actuel, archaĂŻ que et inefficace. D’autre part, certains restent sceptiques. Guy Foetz, vice-prĂ©sident du Syndikat ErzĂ©iung a WĂ«ssenschaft (SEW) de l’OGBL, se soucie des charges qui vont peser sur les enseignant-e-s: „Ils vont se crever au travail“. Marjorie Graas, jeune professeure et future enseignante au Neie LycĂ©e confie avoir Ă©galement redoutĂ©, dans un premier temps, le fameux syndrome du burn out. Elle est pourtant prĂŞte Ă  concevoir son mĂ©tier d’une manière diffĂ©rente que dans le vieux modèle: „Dans d’autres professions, il faut aussi assurer une prĂ©sence obligatoire. En plus, comme le travail se fait sur place, je pourrai rentrer chez moi sans avoir Ă  passer mes soirĂ©es devant l’ordinateur“.

L’enthousiasme des nouvelles recrues est palpable. Mais si la transition du système traditionnel vers le projet-pilote demandera des efforts certains de la part des enseignant-e-s dĂ©jĂ  titularisĂ©s, le dĂ©fi sera tout aussi important pour celles et ceux dont la formation n’est pas, Ă  l’origine, l’enseignement. Une bonne partie d’entre eux n’appartient en effet pas Ă  la corporation. Le seul critère technique que les futurs enseignants doivent remplir est la dĂ©tention d’une maĂ® trise universitaire. Pour le reste, c’est une „Ă©quipe de prĂ©paration“, composĂ©e du comitĂ© de l’association Lycopa (LycĂ©e coopĂ©ratif et participatif), qui a procĂ©dĂ© Ă  la sĂ©lection. Celle-ci a, comme l’indique Jeannot Medinger, directeur du projet, „reposĂ© sur notre intuition et la motivation des candidats“.

C’est la volontĂ© qui compte

Mais le Neie LycĂ©e n’innove pas qu’en matière de pĂ©dagogie: la formation des enseignant-e-s rĂ©pond elle aussi Ă  une approche diffĂ©rente. Jeannot Medinger parle d'“auto-formation“: „Ce qui est important, c’est que les enseignants apprennent eux aussi de manière continue, tout au long de leur pratique“. VoilĂ  pourquoi le stage pĂ©dagogique n’est pas une condition Ă  remplir. „Ceux qui veulent le passer, pourront le faire, mais nous n’allons obliger personne“, prĂ©cise le futur directeur.

Le fait de confier des Ă©lèves Ă  un personnel qui n’a mĂŞme pas d’expĂ©rience professionnelle dans le système traditionnel, et qui plus est, dans le cadre d’un projet expĂ©rimental, peut laisser pantois. Par contre, estimer que le stage pĂ©dagogique actuel serait le meilleur garant d’une bonne formation professionnelle est tout aussi hasardeux.

Les concepteurs du Neie LycĂ©e, ainsi que le ministère de l’Ă©ducation, ont nĂ©anmoins tout intĂ©rĂŞt Ă  ce que le projet fonctionne. VoilĂ  pourquoi ils ont prĂ©fĂ©rĂ© instaurer un jury d’Ă©valuation des Ă©lèves – l’organe qui dĂ©cide de l’orientation future – composĂ© de professeur-e-s issu-e-s des „vieux lycĂ©es“. Guy Foetz regrette pour sa part l’absence dans ce jury des enseignant-e-s en charge des Ă©lèves au sein du lycĂ©e: „C’est tout de mĂŞme eux qui connaissent le mieux leurs Ă©lèves et qui pourront aider Ă  l’Ă©valuation en toute connaissance de cause“. „Plus on triche et moins c’est positif“, rĂ©pond Jeannot Medinger pour qui l’exclusion du tuteur est un gage de transparence. D’ailleurs, comme il sait que ses dĂ©tracteurs l’attendent au tournant, l’enrĂ´lement d’acteurs exogènes est aussi une manière d’assurer ses arrières. Finalement, si les Ă©lèves peuvent participer sur leur propre demande Ă  ce jury, leurs parents n’en feront pas partie, ce qui pourrait paraĂ® tre comme un contresens par rapport Ă  la philosophie gĂ©nĂ©rale d’une approche globale de l’enseignement.

En outre, l’Ă©valuation du lycĂ©e sera suivie par un ensemble de chercheurs de l’UniversitĂ© de Luxembourg et de l’Ă©tranger. „Nous n’allons pas appliquer une mĂ©thodologie ad hoc pour le Neie LycĂ©e“, assure Michel Lanners, directeur du Service de coordination de la recherche et de l’innovation pĂ©dagogiques et technologiques (Script), et de continuer, „la mĂ©thode a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© appliquĂ©e aux classes du projet-pilote du cycle infĂ©rieur technique ainsi qu’aux cycles infĂ©rieurs des rĂ©gimes technique et secondaire traditionnels“. Y seront adjoints des „Ă©lĂ©ments de comparaison“ qui tiendront compte du cadre du nouveau lycĂ©e.

Il est tout de mĂŞme assez Ă©tonnant que le chamboulement du statut, du mode de recrutement et de formation du personnel ait si aisĂ©ment Ă©tĂ© acceptĂ© alors que d’autres rĂ©formes paraissent pourtant Ă©videntes. Le système des trois filières par exemple – technique, classique et prĂ©paratoire – sera conservĂ©, et ce en dĂ©pit des nouvelles mĂ©thodes pĂ©dagogiques que le nouveau lycĂ©e entend proposer. C’est d’ailleurs ce qu’a regrettĂ© le dĂ©putĂ© Claude Adam (DĂ©i GrĂ©ng) qui aurait prĂ©fĂ©rĂ© la crĂ©ation d’une filière unique, „ce qui aurait Ă©tĂ© une consĂ©quence logique de la philosophie de cette Ă©cole“. „C’est une critique lĂ©gitime“, estime Jeannot Medinger, „mais nous avons dĂ» faire des concessions aux rĂ©alitĂ©s“.

Ces rĂ©alitĂ©s sont très prosaĂŻ ques. „D’un cĂ´tĂ©, l’enseignement primaire tel qu’il est ne nous aurait pas permis cette rĂ©forme, de l’autre, il Ă©tait politiquement plus sage de ne pas toucher Ă  ce système“, nous confie-t-il. MalgrĂ© ce compromis, l’expĂ©rience Neie LycĂ©e esquisse un dĂ©but de parade: les classes de septième ne connaĂ® tront que peu de divisions en filières diffĂ©rentes. Concernant les classes suivantes, le mode d’enseignement transversal permettra un mĂ©lange plus frĂ©quent des Ă©lèves des diffĂ©rentes filières dans des projets communs. Une manière comme une autre de contourner les obstacles, en somme. Ou de naviguer Ă  vue.

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