Le Spot Festival d’Aarhus au Danemark est un des rendez-vous marquants du business musical pour les groupes du Nord europĂ©en, comme du continent. Cette annĂ©e, le Luxembourg y Ă©tait prĂ©sent pour la première fois.

Rock au théâtre : The Raveonettes électrisent la foule.
Qui dit que l’Europe est en crise ? Tandis que des gouvernements entiers sont Ă la merci des banques, des bourses et des marchĂ©s, que les classes moyennes et pauvres croulent sous des plans d’austĂ©ritĂ© toujours plus contraignants et absurdes, le business musical et crĂ©atif se porte plutĂ´t bien. C’est vrai que mĂŞme en coulant, on aime Ă©couter de la musique, comme sur le Titanic?
En tout cas, dans le bus qui a amenĂ©, le week-end dernier, des journalistes et des entrepreneurs qui travaillent tous d’une façon ou d’une autre dans l’industrie crĂ©ative, on avait beau chercher un signe de crise, on ne trouvait rien. Et pour cause, le business crĂ©atif est flexible et inventif. Le meilleur exemple est l’organisateur du Spot Bus – qui partait du Luxembourg pour ensuite rallier Cologne et puis Hambourg, dans le but de mettre en contact les crĂ©atifs, journalistes et entrepreneurs en herbe – Christian Buhl. Son business est un carnet d’adresses en or, beaucoup de patience et d’ouverture d’esprit, saupoudrĂ© d’une dose d’humour. Sa firme, au nom bien choisi « The Rocking Factory », s’est spĂ©cialisĂ©e dans la crĂ©ation de contacts entre festivals, musiciens, labels, bookers (entendez par lĂ : organisateurs de tournĂ©es) et managers. FondĂ©e en 2007 et basĂ©e Ă Bruxelles pour bientĂ´t dĂ©mĂ©nager Ă Hambourg, « The Rocking Factory » Ă©tait Ă la base spĂ©cialisĂ©e dans l’export de musiques nordiques. Pas du folklore, mais des groupes en tous genres venant du Danemark et des autres pays scandinaves. Qui s’y connaĂ®t un peu en musique pop ou indĂ©pendante contemporaine sait que la scène musicale au nord de l’Europe est très active et qu’elle excelle en matière d’exportation. Et ça, pas seulement depuis Abba. Ainsi, le bus qui partait du Luxembourg n’Ă©tait pas le seul organisĂ© par Christian Buhl. Un autre partait de Bruxelles et encore un autre de Berlin. Coordonner tout ça par tĂ©lĂ©phone et rester improvisateur en cas de panne – ce qui arriva vraiment, mais c’est une autre histoire – fait aussi partie de son boulot. En tout, les dĂ©lĂ©gations internationales comptaient quelques milliers de participants, du gros label major Ă la petite structure indĂ©pendante.
L’Ă©quipe luxembourgeoise Ă©tait composĂ©e de quatre journalistes et trois entrepreneurs, ainsi que du reprĂ©sentant de music :lx, le bureau d’export de la musique luxembourgeoise qui est entrĂ© en fonction l’annĂ©e dernière et qui depuis place des groupes et des artistes luxembourgeois sur des festivals un peu partout en Europe et dans le monde. Pour le Spot Festival 2012, leur choix etait tombĂ© sur Claudine Muno et ses Luna Boots, qui se sont produits samedi après-midi dans une des salles de concert du site du festival, Ă cĂ´tĂ© du Musikhuset d’Aarhus, une institution qui ressemble un peu Ă notre Philharmonie, l’architecture extravagante en moins.
Pas seulement depuis Abba
Mais avant de pouvoir apprĂ©cier notre fleuron national, il fallait d’abord s’acclimater au Danemark, un pays oĂą il fait froid malgrĂ© le soleil, oĂą les prix exorbitants des boissons vous font regretter les terrasses de cafĂ© parisiennes, mais oĂą les gens sont malgrĂ© tout accueillants. Car le Spot Festival n’est pas uniquement une sĂ©rie de concerts de groupes plus ou moins connus. C’est avant tout une plate-forme financĂ©e par les deniers publics danois afin d’offrir une scène internationale Ă des artistes du cru. Ce qui explique aussi les grands Ă©carts de qualitĂ© entre certains concerts : souvent, on avait l’impression de dĂ©jĂ vu et entendu en ce qui concernait les groupes danois, comme par exemple le groupe Sky Architects, dont la description promettait monts et merveilles, mais qui en fin de compte jouaient un post-rock plus que convenu, mĂŞme avec pas moins de sept musiciens invitĂ©s sur scène.
Parmi les moments forts du festival, on peut notamment citer le « Aarhus Jazz Orchestra» en collaboration avec le « Cologne Contemporary Jazz Orchestra », qui s’Ă©taient rĂ©unis sous le thème du « Slayer Big Band Project ». Donc, une scène archi-pleine de musiciens des plus classiques qui s’adonnaient aux chansons d’un des groupes de mĂ©tal les plus connus du monde. Voir et entendre une chanteuse de jazz entonner « Angel of Death » Ă©tait sĂ»rement un des moments les plus incongrus du festival et aussi des plus originaux. Un autre highlight Ă ne pas manquer Ă©tait « The Raveonettes », groupe de rock garage et electro-industriel connu internationalement grâce Ă leur performance au Spot Festival en 2002, ils revenaient dix ans plus tard, prendre leur revanche ou tirer leur rĂ©vĂ©rence, c’est selon. En tout cas, la salle de théâtre Ă©tait pleine Ă craquer pour leur performance au cours de laquelle ils reprirent en entier les chansons de leur premier album « Whip It On ». Rarement on aura vu un public aussi enthousiaste dans une salle classique avec fauteuils feutrĂ©s. En tout cas, on Ă©tait Ă mille lieues de la Rockhal, ou le duo avait dĂ» jouer devant une vingtaine de personnes il y a quelques annĂ©es, une expĂ©rience assez affligeante.
Mais le concert le plus rock’n’roll et excessif fut certainement Reptile Youth, un autre groupe qui s’est fait connaĂ®tre grâce au Spot Festival – encore un duo sous le nom de Reptile&Retard – et qui Ă©lectrise la foule lors de chaque concert. Ce qu’ils dĂ©crivent comme musique post-pop est en somme un savant mĂ©lange entre mĂ©lodies et rythmes dansables qui ne sont jamais superficiels. C’est assez difficile d’expliquer leur musique sans les entendre et surtout de les voir en live, oĂą le public attend presque religieusement que le chanteur Mads Daamsgaard saute dans la foule tout en continuant de chanter. C’Ă©tait certainement la performance la plus dĂ©chaĂ®nĂ©e du festival et vu le nombre de mĂ©dias qui leur couraient après et les interviews que les musiciens ne cessaient d’enchaĂ®ner, on peut parier que leur participation au Spot Festival 2012 leur a ramenĂ© plus d’un crĂ©dit international.
CĂ´tĂ© luxembourgeois, nous ne sommes pas plus en reste. Certes, on ne s’attendait pas Ă ce que Claudine Muno fasse du stagediving, mais son concert a Ă©tĂ© bien reçu par le public local et international. Surtout parce qu’il s’agissait d’un Ă©vĂ©nement unique et particulier dans le sens oĂą les Luna Boots se partageaient la scène avec Esther Maria, une chanteuse de folk danoise, originaire d’Aarhus. Sur scène, les deux chanteuses reprenaient des chansons de l’une et de l’autre et vu le fait que les deux groupes n’avaient eu qu’une seule rĂ©pĂ©tition commune avant de monter sur les planches, le concert Ă©tait excellent.
Le week-end du Spot Festival aura donc Ă©tĂ© une expĂ©rience enrichissante pour tous les participants, que ce soit les journalistes culturels qui ont pu se renseigner sur les dernières tendances ou encore les gens du business qui ont certainement pu distribuer plus d’une carte de visite. Et surtout, c’est la preuve que si l’on fait son mĂ©tier avec passion et amour, peu importent les chiffres, tant qu’on peut vivre dĂ©cemment tout en explorant les mĂ©andres crĂ©atifs musicaux ou autres.
Plus d’infos: www.spotfestival.dk

