Gillen Lex: „Je ne connais pas l’Australie „

von | 22.03.2002

Il est parti en Australie pour en savoir plus sur le didjeridoo et a Ă©tĂ© adoptĂ© par un clan aborigène. Pourtant, au Luxembourg, Lex Gillen ne prĂ©tend pas ĂŞtre autre chose qu’un musicien parmi tant d’autres.

Faites place Ă  Lex Gillen et son didjeridoo.
Photo: Christian Mosar

DIDJ-FANTASY

Lex Gillen – 32 ans, chargĂ© de cours, formĂ© en biologie de mer – compte certainement parmi les types les plus „relax“ qui soient. Après l’interview officielle et avant les pizzas du soir commandĂ©es ensemble, on se retrouve, tous les deux, devant l’ordinateur grâce auquel il a rĂ©alisĂ© la plupart des bases musicales de son dernier disque: „Arnhemland Stories“. Il y exprime – avec une qualitĂ© sonore impeccable pour un disque „fait maison“ – sa passion pour le didjeridoo et la culture des aborigènes australiens.

L’essentiel du titre „Bill and Paddy“ a Ă©tĂ© mixĂ© Ă  l’aide du programme informatique, dont il est en train nous faire la dĂ©monstration. „C’est le morceau que les gens semblent le plus apprĂ©cier sur mon disque. Pourtant c’est celui dont je suis le moins fier, parce que c’est avant tout un collage d’ordinateur.“ Ce qui donne lieu, nĂ©anmoins, Ă  un arrangement et Ă  des breaks originaux, difficilement imaginables avec un groupe fixe de musiciens.

Le titre en question se base sur des enregistrements de Paddy Fordham Wainburranga (didjeridoo et chant) et de Yidumduma Bill Harney (chant), que Lex Gillen s’est donnĂ© la peine de graver sur mini-disque lors de ses voyages, en 1999 et en 2000, dans le nord de l’Australie, plus particulièrement Ă  Darwin et en Arnhemland.

Aborigène touristique

„Je crois bien que la ‚vague sonore‘ du didj ait une influence sur l’ĂŞtre. Par contre, je ne pense pas que l’interprĂ©tation Ă©sotĂ©rique qui en est faite trop souvent soit exacte.“

C’est, toutefois, son intĂ©rĂŞt personnel pour le didjeridoo, qui est Ă  l’origine de ses voyages en Australie. „A Darwin, la culture aborigène est avant tout touristique. On y vend ainsi des didjeridoo fabriquĂ©s, en rĂ©alitĂ©, en IndonĂ©sie.“

Des aborigènes, il garde, par exemple, leur relation curieuse avec l’argent. „Chez nous, il est normal de partager la nourriture ou les boissons, alors qu’on ne se partagerait jamais l’argent restĂ©e sur une table. Les aborigènes partagent mĂŞme l’argent de cette manière, ce qui fait qu’ils n’en ont jamais, bien qu’ils semblent en trouver toujours. Ainsi, quand ils s’achètent une voiture, ils la conduisent jusqu’Ă  ce qu’elle ne marche plus. Ils ne comprennent pas qu’il faut s’en occuper, faire des rĂ©visions, changer l’huile, etc.. Une fois qu’elle ne marche plus, ils laissent la voiture sur le bord de la route, en Ă©pave, mĂŞme si elle est, en fait, encore neuve. Au prochain demi-million qu’ils arrivent Ă  amasser, ils s’en achètent simplement une autre.“

C’est par hasard, grâce Ă  la rencontre avec un rĂ©fugiĂ© du Vietnam, qui a une femme d’origine aborigène, qu’il a eu les contacts qu’il recherchait. Une fois intĂ©grĂ© de cette manière, Lex Gillen a Ă©tĂ© rapidement adoptĂ© par le clan d’aborigènes rencontrĂ© ainsi. „En fait, je ne connais pas l’Australie, puisque je suis restĂ© essentiellement au nord, Ă  Darwin et en Arnhemland. D’ailleurs, j’y retournerai cet Ă©tĂ©, bien plus pour les gens que j’y ai appris Ă  connaĂ®tre, que pour le didjeridoo.“

Peu de personnes sont acceptĂ©es de cette façon parmi les aborigènes d’Arnhemland. (Lex Gillen estime nĂ©anmoins que, une fois le contact Ă©tabli, cette adoption devient presque normale.) Ce n’est pas pour autant que l’apprentissage du didjeridoo devienne plus facile.

„Il y a deux styles de didjeridoo: le style traditionnel et le style des ‚blancs‘. Pour les aborigènes, le didj accompagne simplement leurs cĂ©rĂ©monies, alors que les ‚blancs‘ ont un style qui met bien plus en avant les qualitĂ©s rythmiques et ’solo‘ de l’instrument.“

Le didjeridoo produit aussi des sons quand on parle dedans. (Ce qui n’est vraiment pas facile. Les essais passĂ©s du malheureux journaliste, auteur de ce papier, n’ont eu pour effet que des ‚prout‘ misĂ©rables.) Le langage aborigène, basĂ© sur des sons produits en majoritĂ© grâce Ă  la langue touchant le palais, semble faire l’originalitĂ© traditionnelle de l’instrument. „Je ne sais toujours pas comment ils font, et ils n’ont pas su me l’expliquer eux-mĂŞmes.“

Sur „Arnhemland Stories“, Lex Gillen utilise le didjeridoo avant tout comme instrument de fond. Il a créé un „groove“ sonore, sur lequel ont improvisĂ© alors des musicien-ne-s luxembourgeois-es comme Jitz Jeitz (saxophone, clarinette), Claude Pauly (guitare), Liz Berg (cello), Thierry Kinsch (guitare, drumbeats), ou encore Berny Zeches (piano, E-bow guitare). RĂ©sultat: un album instrumental avec des qualitĂ©s Ă©tonnantes de „soundtrack“ pour un film inexistant.

Appétits rock

Lex Gillen reste pourtant un musicien, avant tout, luxembourgeois. MĂŞme si son groupe „Mi Air Mi Eau“ semble appartenir rĂ©solument au passĂ©.

„Je n’ai plus l’Ă©nergie nĂ©cessaire pour prendre sur moi toute l’organisation que cela demande. De plus, il est très difficile de trouver des gens qui ont les mĂŞmes ambitions musicales.“ Ainsi, s’il aimerait beaucoup poursuivre Ă©galement ses appĂ©tits „rock“ Ă  l’aide d’un groupe, il exprime aussi des rĂ©ticences. „Au Luxembourg, on a vite fait le tour des concerts possibles, pour se faire connaĂ®tre, en tant que musicien. C’est pourquoi, on se demande très rapidement pourquoi on fait de la musique, et pourquoi on enregistre des CDs.“ En effet, cela ne rapporte pas beaucoup (ni en argent, ni en estime). Par exemple, des tournĂ©es deviennent vite impossibles Ă  mettre sur pied, vu les engagements divers des musiciens luxembourgeois disponibles – qui le sont peu, en pratique, parce qu’il faut bien gagner sa vie d’une manière non-musicale en gĂ©nĂ©ral. Pourtant, Lex Gillen a des visions bien prĂ©cises de ce que sa musique pourrait donner en concert. Didjeridoo, percussion, guitare, violon, cello et quelques rares samples; et la soirĂ©e serait certainement des plus rĂ©ussies.

Germain Kerschen

Lex Gillen: Arnhemland Stories. Contact, workshop et informations: 1, rue Jean Majerus, L-7555 Mersch. Tél.: 26 32 16 16. e-mail: lex.gillen@gmx.net et, évidemment, chez tous les bons disquaires.

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