NATHALIE ZLATNIK: „Si je faisais de l’art contemporain, je photographierais ma vulve …“

von | 14.06.2002

Une femme blonde, grande, nĂ©e en mai 58, qui, au dĂ©but, peut faire songer Ă  Marlène Dietrich, mais qui ne tarde pas Ă  montrer son style et son caractère tout Ă  fait personnels, s’exhibe dans la vitrine de „Louis Vuitton“, au centre ville, dans le cadre de la manifestation „Or-ne-ment“.

Nous connaissions surtout Nathalie Zlatnik comme peintre avec des dons certains pour le dessin et le portrait. Un trait dĂ©terminĂ© et net. La simplicitĂ© et la force de ses regards. Autour d’une tasse de cafĂ© et entourĂ©es par de nombreux objets variĂ©s, dont une magnifique collection de chaussures, nous avons parlĂ© de son travail, de son Ă©volution, de la/sa vie, en somme.

Nathalie Zlatnik: Il y a vingt ans, avec trois copines j’ai exposĂ© au Cercle Municipal, juste avant la sortie des „Nouveaux sauvages“ en Allemagne. Au Luxembourg, si tu montres quelque chose de nouveau, dans n’importe quel domaine, tout le monde est contre. Mais quelque temps après on te copie. On y retrouve souvent la mentalitĂ© de ceux qui disent: „Je n’aime pas ce que je ne connais pas.“ Comme les huĂ®tres, beaucoup de personnes se renferment Ă  chaque nouvelle stimulation.

woxx: Depuis quand es-tu artiste peintre?

Pratiquement, depuis l’âge de 18 ans. Officiellement, depuis mon retour au Luxembourg, après l’universitĂ©. J’ai Ă©tudiĂ© Ă  Vienne, Ă  l’École SupĂ©rieure des Arts appliquĂ©s. Le directeur Ă©tait très progressiste, il mĂ©langeait le film, la vidĂ©o, la mode, la peinture, la sculpture, dans la direction de l’oeuvre complète. Il partageait l’avis d’un professeur de Beaux-Arts de Paris, très âgĂ© et très vital, qui croyait avec enthousiasme qu’un jour plusieurs sortes d’art se mĂ©langeraient.

woxx: Une chose peut enrichir une autre, peut la compléter

Oui, il y a des artistes qui s’inspirent des films hollywoodiens, d’autres de la nature, de la mode, et l’inverse aussi … A moi, on m’a dĂ©jĂ  reprochĂ© que mes peintures ressemblent trop Ă  des dessins de mode, ou qu’elles seraient trop classiques, mais j’ai appris Ă  ne pas avoir peur de la critique, parce que les gens peuvent dire n’importe quoi. Moi aussi, je dis n’importe quoi sur ce que je ne connais pas!

woxx: Pendant quelques annĂ©es tu t’es retirĂ©e. Maintenant, comment vois-tu ton Ă©volution?

La principale Ă©volution c’est que j’ai appris Ă  mieux voir la rĂ©alitĂ©. Avant, j’Ă©tais accablĂ©e par mes problèmes personnels; je pensais toujours que les autres allaient mieux que moi. Actuellement, j’accepte ce que je suis et ce que je fais. Auparavant, rien de ce que je faisais n’Ă©tait assez bon. Si ce n’Ă©tait pas parfait, c’Ă©tait nul. J’ai beaucoup travaillĂ© lĂ -dessus et maintenant je peux voir la rĂ©alitĂ©. Je ne cache plus la tĂŞte comme l’autruche.

Les vingt dernières annĂ©es ont Ă©tĂ© très dures. Surtout parce que je le voulais comme ça. Je voulais devenir la Van Gogh fĂ©minine. Tout me semblait si terrible dans la vie que j’ai eu ce rĂŞve romantique. Maintenant, ça suffit! Ce qui m’intĂ©resse, c’est d’ĂŞtre bien dans la rĂ©alitĂ©, de savoir apprĂ©cier le cĂ´tĂ© agrĂ©able de la vie, je veux ĂŞtre du cĂ´tĂ© du soleil. Pas dans un coin contre tout, mais bouger dans les endroits agrĂ©ables. Les choses macabres m’intĂ©ressent de moins en moins, car j’ai dĂ©jĂ  assez baignĂ© dedans.

woxx: De quelles choses macabres parles-tu?

Des choses malsaines, comme, par exemple, me promener dans les cimetières, de penser Ă  la mort, dans un esprit de romantisme noir, de frĂ©quenter des gens malsains, de la folie, de la toxicomanie … Maintenant je me tiens Ă  l’Ă©cart de ces choses et de ces gens, parce que cela m’ennuie moi-mĂŞme. Bref, je parlais de la fascination pour les choses sombres: je n’en veux plus!

woxx: Et cela se remarque dans ta peinture?

Bien sĂ»r! Les dix dernières annĂ©es, dans ma peinture il y avait beaucoup de noir et blanc. Il y avait des personnages esthĂ©tiques, mais très figĂ©s. Ce qui m’intĂ©resse en ce moment c’est de peindre, par exemple, des fleurs. Pourquoi pas? Quand c’est bien peint, c’est plus que dĂ©coratif.

woxx: On te dit que tu es trop moderne, trop classique …

… trop tout! Pas assez sociocritique, trop agressive, mes peintures sont trop grandes, trop petites, trop sombres, tout, en somme.

woxx: … mais tu parles souvent de l’art contemporain. Est-ce que tu fais de l’art contemporain?

Je fais de l’art contemporain et aussi de l’art classique. Si je faisais de l’art contemporain, je ferais par exemple, une sĂ©rie de photos de ma propre vulve ou d’autres choses sur le corps ou sur le sexe. Mais ici les gens sont tellement complexĂ©s et ont tellement peur de cela, qu’ils ne l’accepteraient que dans dix ans et si cela venait de l’extĂ©rieur. Quand tu vois ce que les artistes femmes font dans l’art contemporain – oh, lĂ  lĂ  -, surtout le travail sur le propre corps …

woxx: En fait, quelle est ta notion de l’art contemporain? Que faut-il Ă  une oeuvre pour ĂŞtre contemporaine?

Elle doit ĂŞtre troublante. Elle doit dĂ©ranger. En pratique, je me vois comme une artiste un peu dĂ©modĂ©e. Si on fait des choses vraiment rĂ©volutionnaires, il faut supporter qu’on te jette des oeufs pourris dessus. Pour un vernissage, j’envisage du sexe, choquant mais esthĂ©tique, ou un accouchement, ou une performance ou je montre mes règles … Mais on dirait tout de suite que je suis folle ou que c’est une cochonnerie …

woxx: Mais quel est le but d’actions pareilles? OĂą mène tout ça, choquer les gens?

En rĂ©alitĂ© je ne voudrais pas choquer les gens, mais mon but serait de montrer comment c’est, une menstruation, en vĂ©ritĂ©. Un accouchement, pour moi, c’est une des choses les plus choquantes qui puissent exister. Mais ici, cela mène nulle part, car les gens ont peur de leur propre corps. MĂŞme peur de la beautĂ©, de la sensualitĂ©. Ce qui semble choquant ici, Ă  Paris c’est mignon et Ă  New York „very nice“. Et le plus choquant qui existe c’est l’amour, le vrai, aussi bien spirituel que physique.

Pour les artistes, le corps est une source d’inspiration presque inĂ©puisable. Or, chez les femmes, cette reprĂ©sentation est bien plus intime que chez les hommes.

Les hommes reprĂ©sentent les femmes comme un objet qu’ils utilisent. Quand les femmes montrent quelque chose de physique, c’est pour reprĂ©senter ce qu’il y a vraiment dans leur vie. Et cela peut ĂŞtre très choquant.

woxx: Il y a beaucoup d’autoportraits dans ton travail …

La plupart des oeuvres des artistes est une rĂ©flexion sur eux-mĂŞmes. Si les oeuvres d’art sont ennuyeuses, c’est parce que les artistes le sont aussi.

woxx: Comment est-tu arrivée à Vuitton?

Patricia Lippert a lancĂ© le projet artistique „Or-ne-ment“. J’ai dĂ©cidĂ© d’y participer. Avant NoĂ«l, je suis allĂ©e me promener en ville et j’ai Ă©tĂ© attirĂ©e par un magasin. Tout s’est passĂ© tout seul. J’aimais ce magasin. Je ne voulais pas une vitrine trop grande, parce que je voulais m’exposer moi-mĂŞme comme oeuvre d’art. A chaque sĂ©ance, je porte un costume diffĂ©rent. Ce qui attire le plus, c’est le costume star. C’est plus qu’une dĂ©coration. En fait c’est une subversion. Pas mal, pour une ex-anarchiste!

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