EXPOSITION: Regards du pouvoir

von | 27.03.2014

« Power ! Photos ! Freedom ! » – la nouvelle exposition du CNA explore en deux parties les interconnexions entre dictature et rĂ©volution en passant par le mĂ©dium de l’image.

Hommage à un anonyme : Florian Göttke questionne le regard médiatique sur les printemps arabes. (PHOTO: ©Florian Göttke)

Il Ă©tait une fois un gentil colonel, qui brĂ»lait d’amour pour son peuple et pour sa libertĂ©. Malheureusement, celle-ci Ă©tait prise en otage par un mĂ©chant roi, lui-mĂŞme manipulĂ© par des puissances Ă©trangères plus mĂ©chantes encore. Ces dernières cherchaient surtout Ă  voler le pĂ©trole, dont le pays abondait. Alors le gentil colonel et ses amis officiers, qui ne voulaient en aucun cas d’une guerre longue et sanglante, se dĂ©cidèrent Ă  prendre le pouvoir par un coup d’Etat. Profitant d’une absence du mĂ©chant roi, ils prirent les rĂŞnes du pouvoir et dĂ©clarèrent la Libye libre et heureuse. Et s’ils ne sont pas morts?

C’est ce « storytelling Â» avant l’heure que le rĂ©gime du colonel Kadhafi a instaurĂ© comme religion d’Etat en Libye et avec lequel deux gĂ©nĂ©rations de Libyens ont Ă©tĂ© endoctrinĂ©es. La première partie de l’exposition « Power ! Photos ! Freedom ! Â» dissèque l’utilisation de l’image par le rĂ©gime kadhafiste dès les premières heures, jusqu’aux dĂ©lires finaux du leader. Les photos – qui ne sont pas des originaux, mais des clichĂ©s rĂ©alisĂ©s souvent Ă  la hâte par l’Ă©quipe de Peter Boukaert, de Human Rights Watch – montrent aussi l’apprentissage du pouvoir de l’image par Kadhafi lui-mĂŞme. ClichĂ© par clichĂ©, on le voit perfectionner sa mise en scène.

Une première sĂ©quence montre par exemple la première visite de la grande idole de Kadhafi et champion du panarabisme, Nasser, juste après le coup d’Etat contre le roi Idris. A l’Ă©poque, Kadhafi n’est qu’un conspirateur parmi d’autres, mais cela va vite changer et les images l’annoncent : sur celles-ci, il est le seul Ă  ne pas porter de lunettes de soleil – un attribut qu’il va quand mĂŞme utiliser plus tard de façon rĂ©currente. Après ces premiers pas timides, Kadhafi va voir plus grand, comme le montrent des photos d’immenses proclamations dans le stade de Benghazi par exemple. Mais le leader libyen sait aussi se mettre en scène de façon plus intime. Une sĂ©rie de clichĂ©s le montre dans le dĂ©sert, entourĂ© seulement de ses plus proches collaborateurs. La dernière image de cette sĂ©rie fait apparaĂ®tre son habiletĂ© lorsqu’il s’agit de s’approprier l’imaginaire de son peuple – sur celle-ci, il prie seul dans le dĂ©sert. Quoi de mieux pour amadouer les croyants musulmans qui peuplent son pays ?

Le parcours du dictateur caméléon en images.

Au fil des ans, on s’aperçoit tout de mĂŞme que, chez Kadhafi, il n’y avait qu’une seule constante : lui-mĂŞme. Vrai dictateur camĂ©lĂ©on, il a su s’adapter Ă  toutes les occasions. Ainsi se prĂ©sentait-il affublĂ© de vĂŞtements traditionnels lorsqu’il se mettait en avant comme leader autoproclamĂ© du Tiers Monde et proclamateur de la « Jamahiriya Â» – sa fameuse « troisième voie Â» entre le capitalisme et le communisme, qu’il dĂ©crivait dans son petit livre vert, sa version du petit livre rouge de Mao, un instrument d’endoctrinement au culte de sa personnalitĂ© avant tout. Mais lorsqu’il avait rendez-vous avec de grands leaders, comme LĂ©onid Brejnev ou Erich Honecker, il se montrait en uniforme de parade, mĂ©dailles incluses. Alors que, en Libye, le système qu’il avait instaurĂ© ne le mettait nullement en avant comme commandant en chef. Officiellement, Kadhafi est restĂ© jusqu’Ă  sa mort un simple colonel. C’est une des subtilitĂ©s du système imaginĂ© par lui : en tant que colonel, il ne pourra jamais ĂŞtre directement mis en cause pour les exactions de son rĂ©gime, mĂŞme si Ă  la fin il contrĂ´le tout, mĂŞme les cerveaux de sa population. Ainsi, en Libye, chaque famille devait, outre le portrait de Kadhafi obligatoire, peindre la porte principale de son habitation en vert – en cas de manquement des sanctions draconiennes Ă©taient prĂ©vues, c’est pourquoi les gens qui n’avaient pas les moyens de s’acheter de la peinture prĂ©fĂ©raient enlever leurs portes.

D’ailleurs, cette première partie de l’exposition comporte une dĂ©monstration très physique du quotidien sous Kadhafi : au centre du Pomhouse est installĂ©e la reconstitution d’un salon typique de la famille lambda, avec portrait du dictateur, tĂ©lĂ©viseur et canapĂ©s. Sur l’Ă©cran dĂ©file l’enregistrement d’un procès oĂą un accusĂ© admet, apparemment sans y ĂŞtre contraint, avoir voulu conspirer contre le rĂ©gime. Celui-ci est exĂ©cutĂ© peu après en live devant les camĂ©ras. C’Ă©tait une des façons prĂ©fĂ©rĂ©es du rĂ©gime pour dĂ©montrer son intransigeance : interrompre le programme de tĂ©lĂ©vision normal sur toutes les chaĂ®nes pour montrer des exĂ©cutions, une bonne piqĂ»re de rappel.

La deuxième partie de l’exposition est dĂ©cidĂ©ment moins glaçante et dĂ©primante, mĂŞme si les thèmes qu’elle Ă©voque sont très sĂ©rieux. Exposition collective de jeunes artistes qui thĂ©matisent les rĂ©volutions du printemps arabe sous toutes les facettes, elle montre que l’image peut aussi ĂŞtre un outil efficace du contre-pouvoir. Cette image prend d’autant plus de force qu’elle passe souvent par l’internet. Ainsi, le groupe « Uprising of Women in the Arab World Â» donne par l’intermĂ©diaire de Facebook la possibilitĂ© Ă  tout le monde d’expliquer pourquoi il soutient les femmes dans le monde arabe, par le biais d’un autoportrait, ou « selfie Â» comme on l’appelle de nos jours. Un autre collectif, « Mosireen Â», utilise l’internet pour s’activer dans la vie rĂ©elle – basĂ©s au Caire, ils utilisent YouTube pour diffuser leur journalisme engagĂ© dans le monde entier. En mĂŞme temps, ils montrent leurs vidĂ©os chaque soir sur la place Tahrir pour les manifestants, ramenant ainsi les images lĂ  oĂą elles ont Ă©tĂ© tournĂ©es.

Autre point de vue : le photographe suisse Nicholas Righetti, qui a documentĂ© la dernière « campagne Ă©lectorale Â» de Bachar al-Assad en Syrie, en 2007. Il en tire des clichĂ©s presque surrĂ©alistes et les combine avec des citations du dictateur, comme « We never said we were a democratic country Â». Les mĂ©dias occidentaux et leur regard souvent distordu sur la rĂ©alitĂ© des printemps arabes sont dissĂ©quĂ©s par Florian Göttke, qui rend un hommage attendrissant Ă  un manifestant anonyme de Homs en Syrie. Plus directe, la « Guillotine imaginaire Â», de Joachim Ben Yakoub, oĂą le portrait de l’ancien dictateur tunisien Ben Ali est dĂ©capitĂ© et sa tĂŞte remplacĂ©e par celle du jeune manifestant qui a dĂ©clenchĂ© la rĂ©volution en Tunisie en s’immolant en public. D’autres contributions vont encore plus loin dans l’exploration du mĂ©dia de l’image dans un contexte politico-rĂ©volutionnaire. On regrettera juste qu’aucune contribution ne critique explicitement le comportement douteux de la classe politique occidentale avant, pendant et après les conflits – mais cela sera peut-ĂŞtre pour une autre fois.

____

Wierkstadgespréich le 3 avril

Les « WierkstadgesprĂ©ich Â» forment une nouvelle collaboration entre l’hebdomadaire woxx, la radio 100,7 et le Centre national de l’audiovisuel (CNA). Il s’agit d’un cycle de discussions se dĂ©roulant dans le cadre convivial du Pomhouse oĂą professionnels de la photo, journalistes, intellectuels, politiciens et artistes se rencontrent pour discuter des sujets liĂ©s aux expositions et activitĂ©s du CNA. Le panel de discussion de ce « WierkstadgesprĂ©ich Â» accueillera les deux commissaires de l’exposition « Power! Photos ! Freedom ! Â», Joachim Naudts, curateur du FoMu d’Anvers et Susan Glen, curateur hĂ´te des archives libyennes de Human Rights Watch. Ils seront rejoints Maryline Dumas,  journaliste et correspondante du woxx en Libye, ainsi que d’Aziz Albishari, homme politique belge, membre du parti Ecolo et originaire de Benghazi.
La discussion sera animée par Christian Mosar et Luc Caregari. Une visite guidée par les deux curateurs de l’exposition sera proposée au public à 18h30.

Dat kéint Iech och interesséieren

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Assises sectorielles du chant choral: Junge Chorsänger*innen gesucht

Die „Assises sectorielles du chant choral“ vom vergangenen Samstag offenbarten, wo den Chören hierzulande der Schuh drĂĽckt. Es mangelt an Sichtbarkeit, pädagogischem Know-how und vor allem an Nachwuchs.   Wie bei Rundtischgesprächen ĂĽblich, boten die „Assises sectorielles du chant choral“ vergangenen Samstag einen Morgen voller leiser...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch: Luxemburgisch im Fokus

Die Luxemburger Sprache soll ab diesem Jahr jeden 26. September gefeiert und gefördert werden – und zwar mit Kulturevents, Aktivitäten und Diskussionsrunden. Das Programm der Erstauflage des „Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch“ wurde am Montag bei einer Pressekonferenz vorgestellt. „Sprache ist der Schlüssel zur Welt“, sagte bereits Wilhelm von...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Staffelfinale „And Just Like That”: Vergessene Vorläufer

Allzu schwer fällt er nicht, der Abschied von der Serie „And Just Like That“ – sie hat den Charme des Anfangs eingebüßt. Interessanter ist ein Blick auf die Ursprünge: Mit Mary McCarthys Buch „The Group“ fing alles an. Und einfach so ist alles vorbei: Mit dem Staffelfinale des „Sex and the City“-Sequel „And Just Like That“ schließt das...