HERALDO SALAS ASTUDILLO: „Patte de chien“

von | 29.08.2003

Le Chilien Heraldo Salas Astudillo est nĂ© entourĂ© du rythme du tango et a fait partie de l’opposition Ă  Pinochet. Il s’est fait une rĂ©putation au Luxembourg en tant que musicien, mais aussi comme cuisinier hors pair.

NĂ© Ă  ValparaĂ­so (Chili) en 1953, Heraldo Salas Astudillo est arrivĂ© en Europe en 1996. Il a d’abord atterri Ă  Louvain-la-Neuve et, depuis cinq ans, il rĂ©side au Luxembourg oĂą il s’est fait une rĂ©putation Ă  cause de son activitĂ© de professeur de musique, mais aussi comme bon cuisinier. „C’est normal“, dit-il, „chez-moi, l’hospitalitĂ© est une façon de vivre. On aime recevoir des gens Ă  la maison et leur offrir Ă  manger et Ă  boire.“

woxx: Que faisiez-vous au Chili avant votre dĂ©part pour l’Europe?

Heraldo Salas: J’ai Ă©tudiĂ© Ă  l’universitĂ© catholique de ValparaĂ­so et je me suis spĂ©cialisĂ© en pĂ©dagogie musicale. J’ai travaillĂ© comme professeur de musique Ă  Valpara’so, Ă  Viña del Mar et Ă  Santiago, dans des lycĂ©es et dans des garderies. Je dirigeais aussi des ateliers de musique et des chorales.

Quelques mots sur votre ville natale …

ValparaĂ­so est une ville très spĂ©ciale. En tant que ville universitaire, elle a une tradition intellectuelle remarquable. Elle est bohĂ©mienne et sa vie nocturne – surtout en hiver – est cĂ©lèbre. Jusqu’en 1940 – annĂ©e de l’ouverture du canal de Panama – son port a Ă©tĂ© le plus important de l’AmĂ©rique du Sud. Elle a accueilli une forte immigration anglaise, allemande, italienne et espagnole. C’est une ville folle, qui a Ă©tĂ© très importante pour Pablo Neruda, dont la maison, „la Sebastiana“, se trouve Ă  50 mètres de la mienne. ValparaĂ­so vit au rythme du tango. On y trouve des „tanguer’as“ comme „Imperio“ et le „Club de tango ValparaĂ­so“, oĂą l’on joue souvent du tango „live“, interprĂ©tĂ© pas des artistes de la qualitĂ© de Carmen Lorena. Un cĂ´tĂ© bien moins gai de l’histoire de cette ville est que le 10 septembre 1973 s’y est produit le soulèvement militaire, qui a prĂ©cĂ©dĂ© le putsch du 11 septembre.

Vous y ĂŞtes restĂ© quand-mĂŞme. Vous avez fait partie de l’opposition au rĂ©gime de Pinochet, mais en 1996 vous ĂŞtes parti Ă™ Pourquoi?

Depuis tout petit, je rĂŞvais de parcourir le monde. Nous, Chiliens, nous sommes des voyageurs. On nous appelle „patte de chien“, qui va partout. En 1996, des raisons sentimentales m’ont amenĂ© en Europe. A Louvain, j’ai Ă©tudiĂ© Ă  la facultĂ© de musicologie des mĂ©thodes de travail orientĂ©es vers les enfants et les jeunes. J’y ai rencontrĂ© Lucien DacrĂ©mont, mon maĂ® tre. C’est une des meilleures pĂ©riodes de ma vie.

Ensuite vous arrivez au Luxembourg …

Un ami chilien m’a suggĂ©rĂ© de venir travailler pour une association culturelle chilienne. J’ai Ă©tĂ© attirĂ© par l’idĂ©e de connaĂ® tre un nouveau pays et de continuer Ă  dĂ©velopper ma tâche de formateur. Malheureusement, je n’ai pas reçu le soutien de mes compatriotes, comme je l’espĂ©rais, Ă  cause de leur mĂ©fiance. Ceci m’a montrĂ© que la nationalitĂ© n’est pas synonyme de communication.

Si vous y êtes resté, cela signifie que vous y avez réussi quand même?

Oui, et ça marche très bien. Je travaille avec des Ă©lèves de l’Ecole europĂ©enne, j’organise des ateliers dans lesquels j’ai des Ă©lèves de plusieurs nationalitĂ©s et oĂą nous travaillons sur le folklore latino-amĂ©ricain. A travers les chansons et la musique, les Ă©lèves s’initient aussi Ă  la langue. J’ai Ă©galement organisĂ© un atelier de guitare pour dĂ©butants et une chorale. Tout d’abord je m’intĂ©resse Ă  dĂ©velopper la sensibilitĂ© et le plaisir de la musique. La technique vient ensuite. J’ai aussi travaillĂ© comme bĂ©nĂ©vole dans un centre de logopĂ©die. Pendant trois ans, j’ai conduit une Ă©mission Ă  „Radio Latina“. Dernièrement, j’ai participĂ© Ă  la crĂ©ation de la section culturelle latino-amĂ©ricaine des communautĂ©s europĂ©ennes, qui organise des concerts et des expositions avec des artistes provenant de l’Ă©tranger ou rĂ©sidant au Grand-DuchĂ©. Cette association a donnĂ© Ă©galement son appui solidaire aux victimes de la dernière catastrophe naturelle au Chili. Et puis j’ai comme projet de crĂ©er une Ă©cole de musique latino-amĂ©ricaine avec mon fils.

Jusqu’Ă  prĂ©sent, quel est votre bilan de l’expĂ©rience luxembourgeoise?

Il est très positif. Luxembourg m’a permis de devenir plus mĂ»r, de rĂ©aliser mon rĂŞve: faire de la musique mon moyen de vie.

Pourquoi n’ĂŞtes-vous retournĂ© au Chili qu’en 2001?

Parce que je n’avais pas mes papiers en règle. Je n’ai pas pu y aller, mĂŞme lorsque ma mère est tombĂ©e gravement malade. En 2001, je me suis recueilli devant sa tombe. Cette visite m’a permis Ă©galement de rĂ©tablir les rapports avec mon fils et les vieux amis.

Des projets au Chili?

CrĂ©er, Ă  ValparaĂ­so, un centre culturel pour des artistes de cette ville et de l’AmĂ©rique latine en gĂ©nĂ©ral, avec Telmo Aguilar, qui a fait des Ă©missions musicales pendant la pĂ©riode de la dictature et qui est restĂ© un de mes meilleurs amis.

Cela entraînera-t-il votre retour au pays natal?

Non. Il s’agit plutĂ´t de donner, aux gens qui habitent lĂ -bas, des moyens que je n’ai pas eus quand j’y Ă©tais et de rendre Ă  mon pays un peu de tout ce qu’il m’a donnĂ©.

Comment voyez-vous la situation actuelle du Chili?

Mon impression est assez positive. Mais je regrette que la population, en gĂ©nĂ©ral, et les jeunes, en particulier, montrent si peu d’intĂ©rĂŞt pour la participation politique. A la base de cette dĂ©motivation, je vois l’influence de la droite, et cela depuis les annĂ©es prĂ©cĂ©dant 1973. Sans oublier la corruption dont mĂŞme certains membres des organisations de gauche ont fait preuve et qui n’a guère favorisĂ© l’enthousiasme des nouvelles gĂ©nĂ©rations. On remarque encore des sĂ©quelles de la dictature, comme l’interdiction dans certains Ă©tablissements universitaires de crĂ©er des fĂ©dĂ©rations d’Ă©tudiants. Or, les Chiliens n’ont pas oubliĂ© les progrès dus aux politiques progressistes, notamment en ce qui concerne les domaines de la santĂ© et de l’Ă©ducation et les derniers chefs d’Etat font des efforts pour rĂ©cupĂ©rer ces acquis. J’aimerais que, Ă  l’instar de ce qui s’est passĂ© en Argentine, la loi qui octroie l’impunitĂ© aux responsables de la mort et de la disparition de milliers de personnes soit abrogĂ©e.

Quelles sont vos chansons préférées?

Il y en a plusieurs, mais j’en souligne deux: „Pequeña serenata diurna“ de Silvio RodrĂ­guez et „Aquellas pequeñas cosas“ de Joan Manuel Serrat.

Quel plat chilien conseilleriez-vous?

Le „curanto“, que je prĂ©pare avec du porc, du poulet, du chorizo, du lard, des fruits de mer, de l’ail, des carottes, de l’huile d’olive et, très important, du vin blanc.

On vous laisse le mot de la fin?

Je remercie toutes les personnes et les associations qui m’ont soutenu et qui m’ont aidĂ©, Ă  obtenir mes papiers et Ă  m’Ă©tablir au Luxembourg.

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