AGRICULTURE BIO: On retrousse les manches !

von | 04.07.2014

Dans le cadre de la finalisation du plan de dĂ©veloppement rural 2014-2020 et peu avant la foire agricole d’Ettelbruck ce week-end, trois organisations oeuvrant en faveur de l’agriculture biologique ont appelĂ© lundi dernier les producteurs luxembourgeois Ă  relever le dĂ©fi du bio. Leur mot d’ordre : « Mir wĂ«lle biologesch viru kommen ».

Un « optimisme réservé » : les associations bio espèrent un sursaut de la filière après quelques avancées réglementaires.

Avec environ 160 euros par consommateur et par an, le Luxembourg se situe dans le peloton de tĂŞte des achats de produits bio au niveau mondial. Pourtant, avec 121 exploitations seulement, reprĂ©sentant moins de quatre pour cent de la surface agricole utile, le grand-duchĂ© est Ă  la traĂ®ne en ce qui concerne la production. C’est l’Autriche qui caracole en tĂŞte du classement mondial avec 20 pour cent de surface agricole en bio, si l’on exclut les Ă®les Malouines (dont la surface bio est constituĂ©e d’immenses prairies pour la production ovine) et le Liechtenstein (160 kilomètres carrĂ©s de superficie totale).

Ce dĂ©ficit de production locale par rapport Ă  une demande Ă©levĂ©e devrait motiver près d’une centaine d’exploitations Ă  entamer leur conversion, selon les principales organisations de soutien Ă  l’agriculture biologique. D’autant que les circonstances actuelles s’y prĂŞtent particulièrement : en fer de lance, le nouveau plan de dĂ©veloppement rural (PDR) qui introduit, de 2014 Ă  2020, une hausse des subventions directes au bio variant de 33 pour cent (maraĂ®chage et viticulture) Ă  133 pour cent (pommes de terre). Le ciblage des aides Ă  l’investissement est Ă©galement amĂ©liorĂ©. Celles-ci doivent aller en prioritĂ© « aux machines ayant un impact positif sur la protection de l’eau, sur l’utilisation rationnelle de l’Ă©nergie et sur la protection de l’environnement Â», au bĂ©nĂ©fice Ă©vident de l’agriculture biologique.

Trois pour cent du budget du PDR

Le PDR, sur lequel chacun peut encore s’exprimer jusqu’au 21 juillet, utilise par consĂ©quent, dans une certaine mesure, la marge de manoeuvre que la politique agricole commune de l’Union europĂ©enne autorise aux Etats membres. Il reprĂ©sente Ă  ce titre une avancĂ©e positive, selon Daniela Noesen, de Bio-LĂ«tzebuerg, qui regrette cependant qu’il n’aille pas assez loin dans un verdissement de la politique agricole nationale. A titre d’exemple nĂ©gatif, elle cite l’autorisation de traitement chimique des cultures de lĂ©gumineuses dans les surfaces Ă  prioritĂ© Ă©cologique. De son cĂ´tĂ©, Raymond Aendekerk, directeur de l’Institut fir biologesch Landwirtschaft an Agrarkultur (IBLA), regrette que les sommes allouĂ©es au bio ne reprĂ©sentent que trois pour cent du budget total du PDR ; il aurait souhaitĂ© voir l’objectif de certifier dix pour cent de la surface agricole du pays d’ici 2020 reflĂ©tĂ© par un budget Ă©quivalent en pourcentage.

Au-delĂ  de ces timides mais rĂ©elles avancĂ©es rĂ©glementaires, l’IBLA, financĂ©e en grande partie grâce au plan d’action national pour la promotion de l’agriculture biologique, rappelle Ă©galement l’intĂ©rĂŞt de ses services de recherche, conseil et formation pour les candidats Ă  la conversion. Cette approche intĂ©grĂ©e permet non seulement d’orienter les agriculteurs vers les variĂ©tĂ©s les plus appropriĂ©es, mais aussi de les accompagner tout au long de leur projet. L’activitĂ© de conseil s’est rĂ©cemment trouvĂ©e sous le feu des projecteurs lors de la mĂ©diatique affaire d’un agriculteur de Junglinster ayant quittĂ© le bio. Dans un rĂ©cent communiquĂ©, l’institut rejette les propos du « Letzebuerger Bauer Â», qui cherchait manifestement Ă  exacerber une prĂ©tendue querelle d’experts avec la sociĂ©tĂ© coopĂ©rative Convis – sans pour autant la confirmer par un document Ă©crit (woxx 1271). Mais on ne prĂŞte qu’aux riches, et la mĂ©diatisation de l’affaire pourrait bien constituer la rançon du succès des services proposĂ©s par l’IBLA, dans la bataille d’intĂ©rĂŞts feutrĂ©e entre bio et agriculture conventionnelle. Une question parlementaire du dĂ©putĂ© vert Henri Kox a d’ailleurs amenĂ© la ministre de l’Environnement Ă  rappeler mercredi que la polĂ©mique sur les biotopes protĂ©gĂ©s est improductive, dans la mesure oĂą ceux-ci ne reprĂ©sentent que 3,6 pour cent de la surface agricole.

Troisième composante importante pour inciter les exploitants agricoles Ă  se lancer, l’existence, pour satisfaire la demande Ă©levĂ©e, d’une filière efficace de transformation et de distribution. Ă„nder Schanck, de la coopĂ©rative Biog, parle d’un succès de sa structure qui fĂŞte cette annĂ©e ses 25 ans. Il met ainsi en exergue les partenariats avec le groupe Cactus et la coopĂ©rative Luxlait pour prouver le dynamisme de la filière, avec des rĂ©sultats chiffrĂ©s : alors qu’environ deux pour cent des fruits et lĂ©gumes conventionnels consommĂ©s au grand-duchĂ© sont produits localement, ce chiffre grimpe Ă  20 pour cent Ă  certaines saisons pour les produits biologiques.

L’ensemble de ces facteurs – demande Ă©levĂ©e, subventions en forte hausse, dispositif d’accompagnement technique exhaustif, filière commerciale solidement Ă©tablie – devrait donc motiver les exploitations agricoles conventionnelles Ă  sauter le pas, si elles ne le font pas dĂ©jĂ  par conviction Ă©cologique. C’est en tout cas ce qu’appellent de leurs voeux les associations bio, tout en rappelant que la dĂ©marche doit bien Ă©videmment ĂŞtre volontaire.

Mais qu’en est-il du reproche le plus courant Ă  l’agriculture biologique, Ă  savoir le surcroĂ®t d’administration liĂ© aux contrĂ´les obligatoires ? A l’Ă©tranger, nombre de producteurs renoncent Ă  la certification mĂŞme s’ils se passent de produits phytosanitaires ; ils vendent ensuite en circuit court Ă  des consommateurs qui leur accordent leur confiance et n’ont pas besoin d’ĂŞtre rassurĂ©s par un label. Beaucoup d’Amap (woxx 1270) fonctionnent ainsi par exemple. « On connaĂ®t les exploitations de ce type Â», explique Raymond Aendekerk. « On essaye toujours de les visiter avec nos conseillers. Parfois, il y a des blocages, c’est vrai, car l’exploitant a la confiance de ses clients en direct et ne veut pas entrer dans un système de certification qui implique des contrĂ´les supplĂ©mentaires. Mais je connais aussi beaucoup de cas oĂą les agriculteurs nous disent qu’ils ont dĂ©jĂ  beaucoup de contrĂ´les et que le bio n’est finalement pas plus contraignant. Â»

La modeste volontĂ© politique, dĂ©montrĂ©e dans le nouveau PDR, et les structures existantes suffiront-elles Ă  atteindre l’ambitieux objectif de dix pour cent de la surface agricole en bio d’ici 2020 ? Aendekerk sourit et annonce un « optimisme rĂ©servĂ© Â». La balle est maintenant dans le camp des agriculteurs.

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