ÉCONOMIE SOLIDAIRE: Ministère minuscule

von | 19.04.2013

Où en est l’économie solidaire un an avant la fin du mandat de l’actuel gouvernement ?

Par Marianne Louis et Richard Graf

Le ministre de l’Economie solidaire, Romain Schneider, a présenté lundi dernier une étude de l’OCDE sur l’évolution de l’entrepreneuriat social en matière de création d’emplois. Au Luxembourg, 22 des 40 organisations participant à cette enquête ont augmenté le nombre de leurs employés – jusqu’en 2011.

Quatre ans après s’être doté d’un département de l’Economie solidaire, en l’absence de statistiques de base, le gouvernement peine toujours à connaître l’envergure exacte du secteur. Face à une nébuleuse hétérogène d’organisations, Romain Schneider donne la définition suivante : « L’économie solidaire regroupe des activités économiques qui ont pour objectif d’augmenter le bien-être des citoyens et de créer de l’impact sociétal. »

Et concrètement ? Une plateforme promise en 2011 regroupant les différents acteurs devrait enfin voir le jour cette année. D’autre part, le ministre, lors d’une visite chez son homologue français Benoît Hamon, a constaté de nombreux parallèles entre les deux pays. Tous deux cherchent à définir un cadre légal qui favoriserait l’émergence d’entreprises à finalité sociale : des acteurs à but non-lucratif, mais qui pourront, comme les entreprises « classiques », être actifs sur les marchés. Les éventuels bénéfices engendrés seront réinvestis, mais ne serviront pas à rémunérer les détenteurs du capital. Le gouvernement veut ainsi favoriser une plus grande mixité des ressources des organisations qui, aujourd’hui, fonctionnent en moyenne avec seulement 16,9 pour cent de fonds propres.

Si ce secteur semble moins touché par la crise, car il est moins dépendant du marché, il le reste largement de financements publics variables. Les organisations « solidaires » sont donc encouragées à être économiquement plus autonomes : ce n’est pas un hasard si, comme en France, le gouvernement a choisi de rattacher l’économie solidaire directement au ministère de l’Economie.

La crainte d’une concurrence déloyale envers l’économie classique, dont les salaires sont plus élevés et les frais d’encadrement ne sont pas subsidiés par le secteur public, existe depuis un certain temps. C’est pourquoi un service de médiation a été mis en place il y deux ans pour résoudre d’éventuels conflits. Selon le ministre, seul trois litiges ont dû être traités depuis et se sont résolus à l’amiable.

OPE en panne

En marge de sa présentation, le ministre s’est aussi prononcé sur le sort des initiatives pour l’emploi comme OPE (Objectif plein emploi), qui font selon lui partie intégrante de l’économie solidaire. D’ailleurs, les chiffres optimistes de l’OCDE datent de 2011. Avec plus de 50 licenciements au niveau de la centrale d`OPE en 2013, l’étude n’arriverait peut-être plus aux mêmes conclusions.

Un jour après le ministre de l’Economie solidaire, le conseil d’administration d’OPE a même dû avouer que l’avenir de la structure centrale, même allégée, semble loin d’être assuré. Il faudra maintenant convaincre les membres locaux du réseau OPE de souscrire des conventions individuelles avec la centrale, afin de pouvoir financer les services que celle-ci pourra prester aux structures locales et régionales.

L’audit externe d’OPE publié en 2012 avait montré que la centrale ponctionnait un bon tiers des sommes allouées par l’Adem et les communes pour le travail avec les chômeurs. Les nouvelles modalités mises en place depuis par le ministre du Travail ont amené les communes à souscrire directement des conventions avec l’Adem. Ainsi, cette source de financement disparaît pour la centrale, qui ne joue plus automatiquement le rôle d’intermédiaire. Mais OPE pourrait jouer la carte de l’expertise, car il s’agit d’encadrer et de former les chômeurs pour lesquels les communes reçoivent des fonds, mais ne disposent pas toujours du personnel nécessaire. Malheureusement, en réduisant de moitié son staff, OPE se voit amputé d’un personnel à la fois qualifié et motivé qui ne peut alors plus contribuer pleinement à ce qui est si cher au ministre : un entrepreneuriat social et innovant.

Les problèmes liés à un staff trop réduit ne devraient pas être inconnus de Romain Schneider, sachant que son département ne comporte que trois personnes, ministre compris.

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