FESTIVALS: Réseaux sans limites

von | 01.09.2006

Hugo de Greef est le sĂ©cretaire gĂ©nĂ©ral de la „European Festivals Association“ (EFA). Une organisation discrète, mais puissante dans le monde culturel europĂ©en et au-delĂ .

Supervise un réseau important:
Hugo de Greef,
le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la „European Festival Association“.

woxx: Comment le monde de la culture europĂ©enne peut-il s’organiser aujourd‘ hui?

Hugo de Greef: Ce qui est important, est ce qu’on appelle le networking, ou le travail en et sur des rĂ©seaux. Lorsque vous ĂŞtes responsable d’une activitĂ© culturelle en Europe, il faut travailler les contacts avec les collègues, les artistes et d’autres organisations qui ne sont pas nĂ©cessairement implantĂ©es dans le domaine culturel. C’est très important, car en Europe aujourd’hui, la rĂ©alitĂ© locale est dĂ©passĂ©e. Je ne veux pas dire que celle-ci soit sans importance dĂ©sormais. Les artistes et le public existent toujours majoritairement Ă  ce niveau, mais pour les soutenir de façon efficace, pour leur ouvrir de nouveaux horizons, le networking est primordial.

Mais n’est-ce pas encourir le risque de finir avec une culture europĂ©enne homogène?

Non. Je pense que notre grand atout en Europe est notre diversitĂ©. MĂŞme si elle sĂ©pare les diffĂ©rents acteurs de temps en temps, elle peut aussi nourrir ceux qui en prennent conscience d’une manière constructive. Je pense par exemple au théâtre. Parce que ces gens-lĂ  bougent Ă©normĂ©ment en Europe. Ainsi les Belges sont influencĂ©s par les Espagnols ou vice-versa. Dans cet intĂ©rĂŞt prĂ©cis, notre but ne peut pas ĂŞtre une culture uniforme.

Dans quelle mesure l’EFA aide-t-elle Ă  promouvoir cette diversitĂ©?

Elles sont très diverses. D’abord, il y le service aux membres: il faut que ceux-ci soient toujours informĂ©s de ce qui se passe dans le monde de la culture. Et puis nous travaillons aussi Ă  Ă©tablir des connexions entre-eux. Former des groupes de discussion ou organiser des formations, sont des choses qui sont aussi de notre ressort. Nous organisons par exemple des ateliers pour jeunes managers artistiques de festivals. La dernière a eu lieu au mois de mai en Allemagne, avec une participation de plus de 40 personnes de partout dans le monde. Sinon, notre mission est aussi de promouvoir le phĂ©nomène mĂŞme du festival en Europe et au-delĂ  des frontières. Pour cela, nous sommes en train de dĂ©velopper un programme de recherche depuis deux ans. Nous construisons lentement un centre de connaissance sur les festivals.

L’EFA existe depuis 1952. Qu’a-t-elle pu atteindre en ces cinq dĂ©cennies?

La fondation de l’EFA se situe dans le cadre de l’après-guerre. Il s’agissait de rĂ©tablir et de fortifier la paix en Europe en passant aussi par la culture. Et ce n’est pas par hasard qu’elle fĂ»t fondĂ©e en Suisse. Car Ă  cette Ă©poque beaucoup d’organisations internationales rĂ©sidaient dans cette zone neutre. Un des premiers buts Ă©tait de faire connaĂ®tre Ă  l’un la culture de l’autre, d’Ă©tablir les premiers liens après une pĂ©riode de barbarie oĂą plus personne ne pensait Ă  une culture europĂ©enne. Et puis, pendant la guerre froide, notre mission s’est Ă©largie. Parce que nous avons toujours eu des membres en provenance de Russie, de Yougoslavie, de Bulgarie ou encore de Roumanie. Des pays situĂ©s derrière le rideau de fer, qui grâce Ă  notre organisation pouvaient encore rester en contact et Ă©changer leur culture avec ceux de l’autre cĂ´tĂ©. Et mĂŞme après la chute du mur, nous n’avons pas changĂ© notre politique. Pendant la guerre des Balkans, l’EFA a continuĂ© Ă  supporter ses membres lĂ - bas. Mais le dernier pas a Ă©tĂ© fait en 2002, par notre dĂ©mĂ©nagement en Belgique. Ce qui nous rapproche davantage de la culture politique europĂ©enne.

Aujourd’hui encore l’EFA compte des membres qui ne viennent pas de la zone europĂ©enne. MĂŞme IsraĂ«l se trouve dans vos listes.

Si un festival veut devenir membre de notre rĂ©seau, nous l’accueillons. Nous avons mĂŞme actuellement une proposition d’un festival Ă  Abou Dhabi. Ce sera le premier membre arabe. Cependant, nous avons aussi deux membres au Liban, un Ă  Beyrouth et un Ă  Balbeek. Et pendant la guerre, le mois dernier, nous sommes restĂ©s en contact avec nos collègues lĂ -bas, pour leur faire parvenir notre support.

Quel profit concret un petit festival peut-il tirer de son affiliation Ă  l’EFA?

Il entre dans un rĂ©seau bien rĂ´dĂ©, oĂą les contacts se font plus facilement. Ainsi peut-il, lors de nos assemblĂ©es gĂ©nĂ©rales, avoir accès Ă  une vue d’ensemble privilĂ©giĂ©e de la scène des festivals. Beaucoup de collaborations fructueuses commencent ainsi. Puis il a aussi la possibilitĂ© d’y faire entendre sa voix, et de participer ainsi plus activement au dĂ©bat culturel en Europe, et peut-ĂŞtre faire bouger certaines choses. Chaque membre a l’occasion de donner des impulsions au dĂ©bat, ce qui est important, car nous sommes en contact permanent avec la commission europĂ©enne. Finalement, nous offrons beaucoup de formations utiles pour le travail local.

Mais n’octroyez-vous aucune aide financière aux festivals?

Non, nous ne leur donnons pas d’argent directement. Par contre, nous conseillons les organisateurs pour obtenir des subventions internationales.

L’EFA n’est donc pas non plus subventionnĂ©e par l’Union europĂ©enne?

Cette année est la première où nous avons reçu des subventions européennes. Auparavant nous nous sommes financés exclusivement par les cotisations des membres.

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European Festival Association

FondĂ©e en 1952, l’EFA a pour but de mettre en rĂ©seau les festivals d’arts de la scène europĂ©enne, mais aussi au-delĂ  de notre continent. Elle regroupe plus de 100 festivals dans 38 pays aussi diffĂ©rents que la France, la Russie ou encore IsraĂ«l. Au Luxembourg c’est le Festival europĂ©en de théâtre et de musique en plein air Ă  Wiltz et le Festival International d’Echternach qui font partie du rĂ©seau EFA. Les adhĂ©rents paient une cotisation annuelle de 4.200 €. En contrepartie, ils ont un accès privilĂ©giĂ© aux contacts et collaborations internationales ainsi qu’Ă  des formations spĂ©cifiques. Plus d’infos sous: www.efa-aef.eu

(photo: EFA)

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