Adolfo Bioy Casares : Nouvelles fantastiques

Ce n’est qu’une réédition de l’original paru en 1945, mais les « Nouvelles fantastiques » de Bioy Casares n’ont pas vieilli et restent aussi pertinentes.

Même après sa mort, l’Argentin Adolfo Bioy Casares est resté dans l’ombre de son compatriote et ami de longue date Luis Borges. Pourtant, son œuvre, si elle puise dans la même joie des jeux de pensée et de la construction d’univers a priori absurdes, est sur beaucoup de points plus visionnaire que celle de Borges. Ainsi, Casares a été l’un des premiers à comprendre le potentiel de la forme du roman policier. Une forme qu’il a détournée dans de nombreux écrits, comme son roman-phare « L’invention de Morel », qui reste un des grands classiques non seulement de la littérature sud-américaine, mais – de par son universalité et des thèmes comme l’impossibilité de communiquer et la solitude – aussi de la littérature mondiale. Il a d’ailleurs inspiré « L’année dernière à Marienbad » d’Alain Resnais entre autres.

Les « Nouvelles fantastiques » reprennent souvent les thèmes typiques de Casares : une intrigue policière qui cache une réflexion philosophique sur l’existence dans une société qui tourne trop vite. Ses héros sont souvent des reclus, des poètes maudits ou encore des journalistes en quête de gloire. Ce qui différencie les « Nouvelles fantastiques » d’autres œuvres de Casares, c’est avant tout l’ouverture sur le monde de l’horreur. On découvre des nouvelles proches de celles d’un H.G. Wells ou encore d’un H.P. Lovecraft. Un sentiment d’insécurité qui s’installe entre les lignes, le monstrueux n’avance que par petites touches : un doute semé çà et là ou un détail qui peut même échapper à la première lecture des fois. Le tout pour raconter des histoires aussi tristes que belles sur des femmes et des hommes qui en fin de compte ne voulaient qu’une chose : échapper à leur sort.

Si vous n’avez pas encore pénétré le monde merveilleux d’Adolfo Bioy Casares, ce petit recueil paru chez Robert Laffont est sûrement la meilleure porte d’entrée.


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