Art grand-ducal : Voilés, drapés, guerriers

La Villa Vauban consacre une large rétrospective à Charles Kohl, deux fois lauréat du prix Grand-Duc Adolphe. Un artiste peu connu du public d’aujourd’hui, mais dont la manière et les idées méritaient cet hommage.

« Guerrier blessé », plâtre, 1956. (Photos : woxx)

C’est la « Vache s’enfonçant » qui accueille visiteurs et visiteuses dès la première salle, où se trouve également une frise chronologique retraçant la vie de Charles Kohl (1929-2016). Cette sculpture en plâtre, qui a reçu le prix Grand-Duc Adolphe en 1962, est en quelque sorte l’œuvre qui a lancé l’artiste, même si celui-ci participait au salon du Cercle artistique de Luxembourg depuis 1951, alors qu’il était encore étudiant à l’École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris – formation qu’il complétera par l’École nationale supérieure des beaux-arts, également dans la capitale de l’Hexagone. S’ensuivra donc une carrière qui le mènera des galeries à l’espace public : ses travaux sont visibles tant sur le campus Geesseknäppchen qu’à Diekirch ou Ettelbruck, en passant par les églises de Cessange et Bonnevoie… et le cimetière de Słonsk, en Pologne.

Sans titre, terre cuite.

Ce qui frappe lors de la visite de l’exposition, c’est d’abord la large palette technique de Charles Kohl. Si ses deux sculptures primées sont en plâtre – le « Guerrier blessé », prix Grand-Duc Adolphe en 1956, figure dans la deuxième salle –, les tailles directes dans le marbre montrent une maîtrise remarquable dans les drapés, tandis que les bronzes patinés bénéficient de belles finitions. L’artiste est également à l’aise avec les huiles sur toile ou les pastels pour les peintures ou les dessins. Plutôt que de se spécialiser dans une technique particulière, il a préféré l’éclectisme. Ce sont les thèmes qui unifient son œuvre plutôt que les matériaux.

Au fil des salles, on pourra voir ses guerriers, souvent plus victimes que bourreaux, aux visages indéfinis, voire absents. Comme si la violence fascinait l’artiste, mais qu’il ne pouvait se résoudre à l’exercer lui-même à travers ses pièces. Autre thème de prédilection : les voilés et les drapés. Ici aussi, c’est une violence larvée qui prévaut, avec des personnages prisonniers de liens beaux mais tenaces ; chaque nœud semble vouloir se serrer alors que la forme humaine cherche à s’en libérer. À partir des années 1980, des figures de cirque se sont invitées dans les travaux de Kohl. Une évolution naturelle, puisque ses acrobates et ses funambules ressemblent fort aux guerriers de ses débuts, entourés de liens et de drapés. Une continuité de thème qui, on l’a vu, se matérialise dans des techniques multiples, donnant à la visite une note bienvenue de diversité.

La Villa Vauban propose également le « Portrait d’artiste » que Samsa Films a consacré à Charles Kohl. On y découvre en 13 minutes un peintre et sculpteur attachant, qui savait parfaitement ce qu’il voulait, sans pourtant imposer un regard à qui contemple ses œuvres. « Un autre métier ? J’aurais peut-être aimé faire de la musique, mais la question ne s’est jamais posée : j’ai toujours voulu faire ça », confie-t-il face à la caméra. On n’a pas de mal à le croire en parcourant l’exposition, tant la façon dont il sait rendre l’intérieur de l’âme humaine est en phase avec la diversité des techniques qu’il emploie.

À la Villa Vauban, jusqu’au 17 janvier 2021.
Visite virtuelle : my.matterport.com/show/?m=LHuwdapvPpq

Un site a aussi été mis en place par la famille de l’artiste : charleskohl.com

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