Bande dessinée
 : Au fil des tranchées

Petite expo d’été, « Putain de guerre » permet d’explorer des originaux tirés de trois albums que Tardi a consacrés à la Première Guerre mondiale entre 1993 et 2016.

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(Image : © Tardi / Casterman)

La Grande Guerre, dessinée par Jacques Tardi, voilà un sujet d’exposition qui ne devrait pas surprendre. Pour en savoir plus sur l’un des monstres sacrés de la bédé française, on pourra se reporter au woxx 1381. Nous y avons notamment rendu compte du spectacle « Putain de guerre ! » qu’il avait donné, avec la chanteuse Dominique Grange, à Neimënster, où se tient également l’expo. On vous la recommande, pas parce qu’elle est particulièrement grande et ambitieuse. Non, il s’agit d’une sympathique petite expo d’été, à visiter après une petite promenade dans le Grund pour se rendre sur les lieux. Vous apprécierez la fraîcheur de l’ancienne abbaye et prison, vous vous délecterez de la qualité artistique des œuvres exposées et vous rentrerez… ébranlés et obsédés par cette guerre lointaine.

Désolé, mais Tardi, ce n’est pas décontractant, ce n’est pas douillet, ça serait plutôt déflagration et douille d’obus. L’intérêt de l’expo « Putain de guerre », pour ceux qui ne connaissent pas encore, c’est de découvrir l’horreur de la Première Guerre mondiale à travers le regard d’un dessinateur anti-guerre. Quant aux familiers des albums de Tardi, ils en profiteront pour voir les planches originales et faire des comparaisons entre les trois groupes de dessins exposés dans trois salles distinctes.

En entrant, on se trouve plongé dans un album bien antérieur à « Putain de guerre ». « C’était la guerre des tranchées » est paru en 1993 et raconte la guerre à travers des épisodes de la vie des combattants. Des épisodes qui vous prennent aux tripes, pas seulement par l’horreur de ce que Tardi donne à voir, mais aussi par les situations absurdes et les monologues intérieurs pleins de cynisme et de 
désespoir. Hélas, dans la salle 1 ne sont montrés que des échantillons – les planches isolées ne permettent pas de saisir chaque épisode et sa signification. L’intérêt est plutôt du côté de la forme : en examinant de près les originaux exposés, on découvrira qu’à l’époque, Tardi avait une manière de travailler particulière. Chaque vignette a été élaborée sur base d’une trame uniforme et grossière de gris, par-dessus laquelle le dessinateur a peint en blanc et en noir.

Le contraste avec la salle 2 est notable : là, on nage dans la couleur de l’album « Putain de guerre », publié en 2008-2009. Observez les jolis effets d’aquarelle, les originaux sont tellement plus beaux que ce qui en reste dans les albums imprimés. Les planches sont regroupées par quatre, plus un calicot, et sont associées aux six années de 1914 à 1919. Au fil des ans, comme au fil des pages de l’album, la couleur s’estompe et il ne reste que grisaille et pierraille des beaux uniformes et des belles campagnes d’août 1914. C’est très pédagogique, mais parfois l’abstraction est privilégiée par rapport au point de vue du simple soldat, si caractéristique de la démarche de Tardi. Après avoir ingurgité les formes et les significations des dessins envoûtants, nous suggérons de comparer la vignette rassemblant un soldat français et un allemand en 1914 et celle qui fait de même en 1918 – découvertes assurées ! Signalons enfin que si Tardi a changé de technique de dessin, il a conservé le découpage en trois vignettes panoramiques par planche – afin de rendre ce qui était la perspective du soldat des tranchées, a-t-il expliqué.

Les planches de l’album « Le dernier assaut », à paraître en octobre, montrées en exclusivité dans la salle 3, surprendront le visiteur. Tout d’abord, leur découpage alterne à nouveau les vignettes verticales et horizontales. Surtout, Tardi revient à une présentation centrée sur le récit individuel, celui du brancardier Mathurin, et nous bénéficions d’une vingtaine de planches en séquence. Alors que les dessins exposés sont en noir et blanc, l’album bénéficiera du même type de coloriage que « Putain de guerre ». Quant à l’histoire, il nous a semblé que le ton avait changé quelque peu, passant du cynisme à la rage – sans pouvoir dire si c’est Tardi qui parle lui-même ou s’il se met dans la peau du poilu qu’il dessine. C’est peut-être moins beau que les planches en couleur, mais au moins aussi intéressant.

« Tardi – Putain de guerre ! », 
à Neimënster jusqu’au 7 septembre.

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