Les États membres de l’Union européenne ont eu les plus grandes difficultés à s’entendre sur l’objectif climatique qu’ils présenteront à la COP30, à Belém. Un accord a été trouvé sur le fil, mais il est loin de satisfaire les défenseur·euses de l’environnement.
L’Union européenne a échappé de peu à l’infamie de se présenter à la COP30 de Belém sans objectif climatique pour les prochaines années. Après de longs mois de marchandages, le Conseil environnement de l’UE a fini par difficilement accoucher d’un accord à l’issue d’une interminable réunion de 17 heures, qui s’est poursuivie du 4 au 5 novembre. Selon le texte adopté par les ministres européens de l’Environnement, l’UE réduira ses émissions de carbone de 90 % en 2040 par rapport à 1990, comme cela avait été proposé par la Commission. La Hongrie, la Slovaquie et la Pologne n’ont pas soutenu cet objectif, tandis que la Belgique et la Bulgarie se sont abstenues au moment du vote à la majorité qualifiée.
L’accord a été validé sur le fil, quelques heures avant que ne débutent des discussions climatiques internationales à Belém, en amont de la COP30 qui ouvre officiellement ce 10 novembre. Pendant près d’un an, les Européens se sont écharpés entre tenants d’un objectif climatique fort et partisans d’un assouplissement des règles, au nom de la sacro-sainte compétitivité des entreprises européennes. Les poids lourds allemands et français ont à ce titre bataillé pour imposer des « flexibilités » dans l’accord.
Quoi qu’il en soit, l’UE ne débarquera pas au Brésil les mains vides, alors qu’elle revendique un rôle de leader mondial dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour les défenseurs du climat, l’accord a cependant tout d’un panier percé, même avec une réduction de 90 % des émissions en 2040.
Le premier point d’achoppement est la possibilité pour les États membres d’acheter des crédits carbone à l’étranger pour couvrir jusqu’à 5 % de l’objectif. Autrement dit, la baisse ne serait en réalité que de 85 % au lieu de 90 %. Une clause de revoyure pourrait même porter ce taux à 10 %. Pour sa part, le grand-duché voulait limiter ces achats à 3 %. Selon la députée européenne écologiste luxembourgeoise, Tilly Metz, le « financement de mesures de compensation en dehors de l’UE pourrait coûter plus de 100 milliards d’euros ». Cette somme considérable fera « défaut pour les investissements nécessaires à la décarbonation de notre industrie et pour réduire les coûts énergétiques des ménages », déplore-t-elle.
Double discours luxembourgeois
L’autre point qui fâche est l’objectif approximatif présenté par l’UE dans sa contribution déterminée au niveau national (CDN) pour 2035. Ces plans nationaux d’action climatique élaborés par chaque pays sont une obligation pour les parties signataires de l’accord de Paris. L’UE établi sa propre CDN, en parallèle à celles des États membres. Présentées tous les cinq ans, les CDN doivent afficher des objectifs plus ambitieux d’une mouture à l’autre. Mais les ministres européens de l’Environnement ont échoué à s’entendre sur un chiffre précis, se contentant d’une fourchette de réduction comprise entre 66,25 % et 72,5 % en 2035. Un flou là encore arraché par les États membres les plus favorables au business. « Même si l’on retient la valeur haute de 72,5 %, ce sera insuffisant pour atteindre les 90 % en 2040 », tranche Altynaï Bidaubayle, chargée de campagne chez Greenpeace Luxembourg. Elle appuie son affirmation sur les propres recommandations du Conseil scientifique sur le changement climatique de l’UE. Cet accord « remet en cause la crédibilité de l’UE dans les discussions internationales », estime-t-elle.
Sur le papier et dans les discours, le Luxembourg s’est montré plutôt bon élève dans ces négociations. « Le show est réussi », grince Tilly Metz, dénonçant le « manque de cohérence entre les déclarations faites à l’extérieur et la politique menée au Luxembourg ». Elle reproche notamment au gouvernement un double discours entre ses supposées ambitions climatiques et son soutien sans faille aux directives européennes Omnibus, qui amenuiseront la responsabilité des entreprises sur le climat et les droits humains.
Pour l’eurodéputée, « les zigzags et les changements permanents de règle créent de l’incertitude. Les grandes entreprises qui avaient commencé à investir sur la base de nouvelles règles ne savent plus où elles vont ». « La compétitivité européenne dépendra de la capacité de l’UE à opérer la transition écologique », veut croire l’élue. Dans son intervention devant le Conseil européen de ce 4 novembre, le ministre luxembourgeois de l’Environnement, Serge Wilmes, a lui aussi insisté sur la compétitivité et la nécessité de créer de la « certitude pour les investisseurs ». Les imprécisions volontaires de l’accord qu’il a adopté avec ses homologues européens ne plaident pas vraiment dans ce sens.


