Collages/dessins : Binômes

Le duo d’artistes portugais Borderlovers est de retour à l’Institut Camões. Il y présente « Collage/décollage », une exposition feel-good et d’union entre le grand-duché et le Portugal.

L’expo se compose d’associations de portraits de plusieurs personnalités luxembourgeoises et portugaises. Lors de leur première venue au Luxembourg l’an dernier pour les commémorations de la fête nationale portugaise, les Borderlovers ont commis l’improbable en réunissant à travers des collages les chanteurs Serge Tonnar et Sérgio Godinho, les écrivaines Anise Koltz et Sophia de Mello Breyner Andresen, les réalisateurs Pol Cruchten et Pedro Costa ou encore les peintres Joseph Kutter et Almada Negreiros.

Si le Luxembourg avait déjà des communes jumelées avec des localités portugaises, il peut désormais se targuer d’avoir également jumelé des personnalités issues du monde politique et artistique. Cette année, c’est au tour de noms emblématiques comme Michel Rodange, Edmond de la Fontaine (Dicks), Claus Cito, Michel Lentz, le grand-duc Jean, la grande-duchesse Charlotte et même la Gëlle Fra du côté luxembourgeois. Du côté portugais apparaissent les écrivains Luís de Camões et Fernando Pessoa, le capitaine Salgueiro Maia et le consul Aristides de Sousa Mendes. Avec la grande-duchesse Charlotte, ce dernier forme le duo d’hôtes de l’expo. Pour le contexte : Aristides de Sousa Mendes est une sorte de Schindler portugais. Pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’il exerçait la fonction de consul à Bordeaux, il a octroyé pas moins de 30.000 visas contre les ordres de Salazar, sauvant ainsi le même nombre de vies humaines (dont 10.000 Juifs) de la persécution nazie. Parmi ces personnes figuraient la grande-duchesse Charlotte et sa famille. Une histoire peu connue de la population luxembourgeoise, et tout aussi ignorée d’une large majorité des résidents lusophones. Pour avoir désobéi à Salazar, Aristides de Sousa Mendes a fini dans la misère.

Mention spéciale pour l’énorme toile aux grandes dimensions intitulée « Roses du Portugal ». Dans ce véritable catalogue du girl power portugais sont représentées huit personnalités féminines : l’écrivaine Sophia de Mello Breyner déjà citée (référence de la littérature et fervente opposante à la dictature de Salazar), l’actrice et réalisatrice Maria de Medeiros (vue dans des films comme « Pulp Fiction » ou « Henry and June »), Élisabeth d’Aragon, reine du Portugal (monarque philanthrope reconnue sainte par l’Église catholique), Adelaide Cabete (une des premières femmes à obtenir le diplôme de médecin en 1900), ­Carolina Beatriz Ângelo (première femme à avoir voté au Portugal en 1911) et trois écrivaines aux ardeurs féministes, Maria Isabel Bareno, Maria Teresa Horta et Maria Velho da Costa, appelées « les trois Maries ».

L’expo réussit l’exploit de faire appel à la culture générale et de vérifier si elle est à jour ou non. C’est en même temps un voyage à travers l’histoire. Alors que deux écrans présentent les deux artistes dans leurs ateliers respectifs, tous les murs et même les piliers sont garnis d’œuvres des deux créateurs et nous sortent de l’habituel minimalisme de l’Institut Camões. On se rend compte du potentiel caché de l’espace.

Cette expo a également le mérite d’insuffler un courant d’air rassembleur et fédérateur à un moment où l’on tend à rétablir des frontières – terrestres et maritimes. L’Europe en a vécu l’expérience dans sa chair tout au long de son histoire, avec un point culminant au siècle dernier. Pacifistes par nature, les Borderlovers aiment citer la fameuse « trêve de Noël » de la Première Guerre mondiale comme point de mire de leur travail. En tout cas, l’ouverture au monde engendre beaucoup plus de bienfaits que son contraire. L’essor du grand-duché en est la preuve.

Au centre culturel portugais Camões, jusqu’au 9 octobre.

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