Conventions collectives : Le fil du dialogue social reste ténu

von | 07.11.2024

Le ministre du Travail, Georges Mischo, a reçu, le 5 novembre, les leaders des organisations de salarié·es pour tenter de renouer le fil du dialogue social sur la question des conventions collectives. LCGB et OGBL parlent d’une rencontre constructive, mais non conclusive, et se montrent « prudents Â» pour la suite.

Le ministre veut permettre aux dĂ©lĂ©gué·es neutres de nĂ©gocier les conventions collectives, une ligne rouge pour les syndicats. (Photo : Indosup/Pixabay)

Ce n’est pas l’enthousiasme des grands jours, mais ça va quand mĂŞme un peu mieux : Patrick Dury, pour le LCGB, et Nora Back, pour l’OGBL, reconnaissent un Ă©change « constructif Â» avec le ministre CSV du Travail, mĂŞme s’il n’a pas Ă©tĂ© concluant. Mais « nous restons prudents pour la suite Â», confient au woxx les deux leaders syndicaux Ă  leur sortie du ministère du Travail, dans la grisaille matinale de ce mardi 5 novembre. Continuant Ă  jouer la carte de l’unitĂ© face Ă  un climat gouvernemental hostile aux syndicats, leur entretien d’une heure Ă©tait destinĂ© Ă  renouer le fil d’un dialogue social passablement mis Ă  mal ces dernières semaines par des annonces de Georges Mischo. Également sollicitĂ© pour une rĂ©action, ce dernier n’a pas souhaitĂ© faire Â« de commentaire Ă  ce stade Â». Reçu dans la foulĂ©e des responsables du LCGB et de l’OGBL, le prĂ©sident du syndicat de la fonction publique CGFP, Romain Wolff, n’a pas non plus commentĂ© sa rencontre avec Georges Mischo.

L’échange, purement informel, avec Nora Back et Patrick Dury a uniquement portĂ© sur la nĂ©gociation des conventions collectives dans les entreprises. Le sujet a provoquĂ© des Ă©tincelles le 8 octobre, quand les organisations syndicales ont claquĂ© la porte d’une rĂ©union du ComitĂ© permanent du travail et de l’emploi (CPTE), consacrĂ©e Ă  la transposition d’une directive europĂ©enne sur le salaire minimum. Le texte europĂ©en recommande notamment aux États membres d’étendre le taux de couverture des conventions collectives en visant l’objectif de 80 % de salarié·es couvert·es. Avec 53 %, le Luxembourg en est loin et figure parmi les plus mauvais Ă©lèves de l’UE.

Pour parvenir Ă  cet objectif non contraignant, le ministre veut que les dĂ©lĂ©gué·es du personnel neutres puissent nĂ©gocier les conventions dans les entreprises, une proposition appuyĂ©e par le patronat, qui siège Ă©galement au sein du CPTE. Georges Mischo avait notamment avancĂ© le fait que 56 % des dĂ©lĂ©gué·es du personnel Ă©lu·es lors du dernier scrutin social n’étaient affilié·es Ă  aucun syndicat.

Frieden en pompier pyromane

Pour les organisations syndicales, la proposition est inacceptable alors que la loi leur accorde l’exclusivitĂ© de ces nĂ©gociations depuis près de 90 ans. Ils estiment que cette mesure aboutira Ă  des conventions dĂ©favorables aux salarié·es, car les dĂ©lĂ©gué·es neutres ne disposent pas de l’arsenal juridique nĂ©cessaire, et, surtout, parce qu’ils et elles dĂ©pendent directement du patron avec lequel les nĂ©gociations devront ĂŞtre menĂ©es, dans un rapport de force qui leur sera forcĂ©ment dĂ©savantageux, avec le risque d’être instrumentalisé·es. En outre, estiment le LCGB et l’OGBL, nĂ©gocier entreprise par entreprise freinera la conclusion de conventions collectives sectorielles, les seules Ă  mĂŞme d’atteindre l’objectif de 80 % de couverture, selon eux. En cela, ils s’alignent sur les recommandations de l’Organisation internationale du travail (OIT).

(Foto: Ri Butov/Pixabay)

L’épisode est venu jeter de l’huile sur le feu alors que les syndicats sont dĂ©jĂ  très remontĂ©s contre le gouvernement et sa volontĂ© de rĂ©former les pensions. Le passage en force de Georges Mischo sur l’extension des horaires du travail dominical de quatre Ă  huit heures a encore envenimĂ© la situation. Alors que le gouvernement met en Ĺ“uvre une Ă©vidente stratĂ©gie de contournement des syndicats dans sa politique sociale, Luc Frieden est venu jouer au pompier Ă  l’issue d’un briefing de Conseil de gouvernement, le 25 octobre. Le premier ministre chrĂ©tien social a insistĂ© sur l’importance qu’il accorde au dialogue social, rĂ©cusant le terme de conflit avec les syndicats et enjoignant Ă  son ministre du Travail de renouer le fil du dialogue avec les syndicats en les recevant ce 5 novembre. Mais sur le fond du dossier, il n’a pas lâchĂ© son ministre, jugeant que les dĂ©lĂ©gué·es neutres « ne sont pas tous des marionnettes de l’employeur Â». Quoi qu’il en soit, selon les informations du woxx, Georges Mischo va renoncer Ă  l’idĂ©e d’ouvrir les nĂ©gociations des conventions collectives aux reprĂ©sentant·es neutres. Pour l’instant, du moins.

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