Culture : Steve Kaspar disparaît

Figure inclassable du monde culturel luxembourgeois et bien au-delà, Steve Kaspar, qui vient de nous quitter hier, était la résolution vivante d’un paradoxe : celui mariant un artiste explorant des terres inconnues à un humain chaleureux et ouvert à toutes et tous.

(CC BY-SA 3.0 – François Besch)

À la morosité des pluies automnales, à l’amertume d’une société en grippe avec une pandémie qui ronge nos liens sociaux, affectifs et culturels et qui ne nous permet que d’aller bosser s’ajoute une autre triste nouvelle. Même quand la vie « normale » reprendra peut-être un jour et que les musées, salles de concerts, terrasses et galeries pourront être fréquentés sans paranoïa, il manquera pour toujours un élément essentiel à ces lieux. Une figure vagabonde, aux longs cheveux gris, au regard perçant et aux gestes généreux – Steve Kaspar était de (presque) toutes les fêtes. Soit dans un de ses repères préférés, comme le café Vis-à-Vis (un des derniers îlots d’authenticité dans une ville de plus en plus hipsterisée), soit lors de concerts, de vernissages ou d’autres événements culturels – sa silhouette longiligne finissait toujours par apparaître quelque part dans la mêlée. Et une des choses qui le distinguaient, lui, l’artiste qui vivait de son art et qui faisait partie de la scène culturelle depuis des décennies, c’était son absence totale d’arrogance : pas même une velléité de domination ne se trahissait sur son visage. Dans une scène souvent rongée par les batailles intestines et vivant du commérage, il était un phare humain luisant de bonté et d’humilité.   

Né en 1952, Steve Kaspar a pris son envol dans les années 1970 et 1980, vivant entre Bruxelles, Cologne et Luxembourg. D’abord attiré par la peinture, il devient très vite un artiste protéiforme : performances, poésies sonores, vidéos, musique – il a exploré chaque média. Souvent, il n’avançait pas seul dans ses expérimentations, mais s’associait à d’autres artistes comme la danseuse Yuko Kominami, l’ensemble United Instruments of Lucilin, le violoncelliste André Mergenthaler ou très souvent l’accordéoniste Nataša Grujovic, pour n’en nommer que quelques-un-e-s. Vu qu’il ne possédait pas de site internet dédié à son oeuvre, difficile d’énumérer ici tous ses faits d’armes – ce sera le travail de ses biographes. 

Ses œuvres picturales des années 1990 ont d’ailleurs fait l’objet d’une rétrospective – partiellement annulée pour cause de Covid – sous le titre « Génération » à la galerie Nosbaum Reding. Dans le texte d’accompagnement, Andreas Wagner, l’ancien directeur de la capitale culturelle eschoise, le comparait d’ailleurs assez finement avec un flâneur dans l’esprit de Walter Benjamin. Espérons que sa mémoire flânera encore avec nous pendant longtemps.


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