Dans les salles : 1917

Énorme fresque sur la Première Guerre mondiale, « 1917 » de Sam Mendes se colle sur le dos de deux soldats pour expliquer la grande histoire par la petite.

L’horreur des tranchées comme si vous y étiez. (Photos : © Universal Pictures International)

1917 est l’année du tournant d’une guerre à la fin de laquelle la plupart des soldats n’y croient plus vraiment. Les violentes batailles de la Marne et de la Somme ont poussé la désillusion dans les rangs à des dimensions lourdes à soutenir. Les troupes anglaises qui se trouvent dans le Pas-de-Calais combattent toujours pour chaque mètre contre les hommes du kaiser, qui manifestement ne veulent rien lâcher non plus. C’est dans ce contexte que deux soldats des troupes du roi britannique sont envoyés en mission spéciale : Will Schofield et Tom Blake devront traverser les lignes abandonnées par les Allemands, qui se sont retirés, avec un message important. Celui d’arrêter l’attaque prévue par une compagnie – les Devons – plus avancée, car les généraux anglais savent que c’est un piège tendu par l’armée allemande : les 1.600 hommes risquent d’être envoyés au casse-pipe pour rien.

Vu que le frère de Tom Blake se trouve dans le régiment qui s’apprête à tomber dans le guet-apens, la motivation de ce dernier s’en trouve dédoublée. S’ensuit une longue errance à travers les champs de bataille abandonnés où foisonnent cadavres, rats, corbeaux et pièges laissés par l’ennemi. Les deux soldats doivent braver des combats aériens, se retrouvent piégés dans la ville d’Écoust-Saint-Mein en proie aux flammes, avant de finalement approcher de leur cible.

Sam Mendes, qui s’était fait connaître du monde des cinéphiles avec son magistral « American Beauty » en 1999, avait depuis fait quelques détours par le cinéma plutôt commercial, notamment en réalisant les deux derniers James Bond, « Skyfall » et « Spectre ». Pour lui, « 1917 » est une affaire plus personnelle, notamment parce qu’il a basé le scénario sur les anecdotes de son grand-père paternel, l’écrivain Alfred Mendes – qui, en tant qu’originaire de la colonie de Trinidad et Tobago, s’est retrouvé dans les troubles de la guerre en combattant en Flandres, avant d’être rapatrié après un gazage par les troupes allemandes. Cette caution ne rend pas le film moins fictionnel, les deux soldats étant une pure invention de la part de Mendes et Kristy Wilson-Cairns, qui a cosigné le scénario.

Ce qui fait la force de « 1917 », c’est avant tout le travail de Roger Deakins, le directeur de la photographie. Pour lui et Mendes, ce film marque la troisième collaboration, après « Jarhead » en 2005 et « Skyfall » en 2012. L’idée de l’artiste derrière la caméra était de faire paraître les deux heures du film comme un long plan-séquence, en réduisant les raccords à l’extrême. S’y ajoute sa prédilection pour les perspectives non orthodoxes : souvent, la caméra tourne autour des protagonistes et laisse de la place au hors-champ – mais surtout, elle donne l’impression d’être une troisième personne qui suit les événements. Cette activité du regard, qui parfois se détourne des vues pas très appétissantes, donne une perspective très spéciale et très empathique au film.

Et bien sûr, la production n’a pas lésiné sur les moyens : des figurant-e-s par centaines dans certaines scènes, des tranchées reconstruites avec un grand amour du détail et des morts déchiquetés en état de pourriture avancée plus réalistes qu’on le voudrait parfois. Seul bémol, les maquettistes et les maquilleurs et maquilleuses auraient pu suivre cet effort de réalisme : dans les dernières scènes, le soldat Schofield, après avoir traversé l’enfer, s’être pris plusieurs balles et avoir plongé dans une rivière torrentielle apparaît comme sorti d’un salon de beauté.

Si « 1917 » sait convaincre, c’est par le volet technique plutôt que par son scénario qui rappelle un peu « Saving Private Ryan » sur le débarquement de Normandie. Mais les deux heures valent absolument le coup, pour les amoureux et amoureuses de sensations fortes.

Aux Kinepolis Belval et Kirchberg. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XX


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