Dans les starting-blocks

Début de saison un peu chamboulé pour l’Orchestre philharmonique du Luxembourg ce mardi 17 septembre, avec l’annulation pour raison de santé de la soliste Janine Jansen. Mais sa remplaçante au pied levé, Simone Lamsma, a su aller au-delà de son rôle de doublure et imposer sa propre personnalité. La tournée en Amérique du Sud s’annonce passionnante.

Photos : Philharmonie Luxembourg/Sébastien Grébille

On aura beau dire, et même si le woxx s’évertue pendant l’été à trouver des concerts peu médiatisés propres à contenter les enthousiastes de la musique classique, c’est tout de même agréable de se rasseoir enfin dans les fauteuils de la Philharmonie pour une nouvelle saison musicale. La salle pleine à craquer le prouve, qui attend avec impatience le retour de la formation maison avant son départ pour la première fois en Amérique du Sud. Une tournée initialement prévue avec Janine Jansen, et qui sera assurée à cause de la défection de la violoniste virtuose par la soliste du jour, Simone Lamsma, mais aussi – agenda chargé oblige – par Julian Rachlin. À elle donc les salles de concert de São Paulo et Montevideo, tandis que lui accompagnera l’OPL à Buenos Aires, Rosario et Córdoba. C’est peu dire que l’orchestre se réjouit de cette nouvelle aventure, comme on pouvait le sentir à l’intonation de son directeur musical Gustavo Gimeno pendant la conférence de presse qui précédait le concert. Et, chose intéressante, l’OPL se produira non seulement dans de prestigieuses salles, tel le Teatro Colón, mais ira aussi au-devant d’une population moins favorisée dans des quartiers périphériques de la capitale argentine.

Mais revenons à la représentation du jour. Avec l’ouverture « La harpe enchantée » de Franz Schubert, tirée de la musique de scène « Rosamunde », l’orchestre propose un morceau qui met en valeur ses pupitres par une alternance vents-cordes de bon aloi. Le son sur lequel travaille le directeur musical est là dans cette pièce du grand répertoire, et c’est un plaisir de retrouver musiciennes et musiciens sur « leur » scène. Mais bien évidemment, avec une certaine attente déjà pour la suite du programme. Comment la jeune (mais déjà expérimentée) Simone Lamsma va-t-elle se substituer à la star Janine Jansen ?

La violoniste arrive d’un pas assuré, longue silhouette et longs cheveux blonds, puis semble se plonger dans le bain de la musique dès que la baguette du maestro s’affaire pour lancer le concerto de Tchaïkovski. Lorsqu’elle frotte ses premières cordes, on sent cependant une certaine tension, comme si un peu de timidité était encore de mise. La puissance du jeu annoncée par les critiques émerge lentement, devant un orchestre déjà bien implanté. Mais au fil de ce premier mouvement, Lamsma s’affirme, arrondit le son, joue son atout : une énergie rythmique et une précision impressionnantes. La fin est de toute beauté, et la tradition qui veut que l’on n’applaudisse pas entre les mouvements oubliée un instant. Dans le deuxième mouvement, la voilà bien en scène dans un registre plus mélodique, mais c’est l’orchestre qui hésite un peu dans le choral de vents initial. Et puis le troisième mouvement survient, où soliste, orchestre et chef sont finalement en symbiose. Les applaudissements mérités fusent, et la jeune femme, visiblement très émue, profite du bis (l’andante de la « Deuxième Sonate pour violon seul » de Bach) pour souhaiter bon rétablissement à Janine Jansen. Oui, nul doute que cette combinaison OPL/Lamsma/Gimeno, inaugurée à la Philharmonie, sera une combinaison gagnante dans quelques jours au Brésil et en Uruguay, enchantant le public latino-américain.

Après la pause, c’est la « Première Symphonie » de Johannes Brahms qui attend un public déjà conquis. Une œuvre que l’orchestre n’avait apparemment pas jouée depuis bien longtemps, et qui justifie sa programmation par un directeur musical soucieux de ne pas négliger les bases du répertoire symphonique pour la « bonne santé » de l’orchestre, a-t-il confié un peu avant. Gimeno, d’ailleurs, impatient d’en découdre, n’attend même pas la fin des applaudissements initiaux pour lancer la longue chevauchée de trois quarts d’heure où toutes les atmosphères se succéderont, de la plus sombre à la plus lyrique. On retrouve avec plaisir la gestique bien personnelle du maestro. L’OPL n’est peut-être pas encore complètement imprégné de la partition, notamment sur certains départs où le chef doit s’employer, mais le son est déjà très brahmsien. Le solo de violon du deuxième mouvement est admirable, tandis que les cuivres et les timbales, au rôle prépondérant, brillent particulièrement. À la fin, les applaudissements sont très chaleureux, et, surprise ! le public est gratifié d’un bis (une « Danse hongroise » du même Brahms). Eh oui, un orchestre en tournée se doit de proposer une petite friandise pour la fin, et le fidèle public luxembourgeois en bénéficie aussi ce soir. Bon voyage donc à l’OPL !


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