Entre Orient et Occident : Des samouraïs en Lorraine

Intéressante idée que de rassembler dans une exposition quelque 300 pièces évoquant en parallèle les chevaliers européens et les samouraïs japonais. À Manderen, une riche collection privée vient compléter les collections de Lorraine et d’ailleurs.

Affiche.inddLe château de Malbrouck nous a déjà habitués à des expositions d’exception : que l’on songe seulement à la superbe rétrospective Ben en 2012, ou à celle consacrée à Georges Brassens un an après. Cette année, le conseil départemental de la Moselle s’est lancé dans un projet ambitieux, celui de présenter côte à côte les chevaleries européenne et japonaise, mettant ainsi en lumière leurs étonnantes similarités. Pour ce faire, il a fallu piocher dans de nombreuses collections publiques lorraines, mais également aller jusqu’à Paris, Rennes ou Luxembourg. Les objets les plus marquants, cependant, proviennent de la collection privée de Greg Riffi, grand amateur de l’art de la guerre dans l’empire du Soleil levant.

La première pièce de l’exposition temporaire – quelques salles permanentes à Malbrouck restent consacrées à l’histoire du château et à sa restauration de 1988 à 1998 – donne le ton : côte à côte, une armure de chevalier et une armure de samouraï. Si la lourdeur de l’Européen s’oppose à la flexibilité de l’Asiatique au premier regard, les panneaux explicatifs s’évertuent à les rapprocher. Ainsi, le visiteur se voit rappeler que les vertus cardinales des deux ordres, courage, loyauté et fidélité jusqu’à la mort, étaient parfaitement similaires. De plus, chevaliers et samouraïs avaient un code d’honneur – le « bushido » au Japon. Autre caractéristique commune : le cheval comme monture.

Au fil des salles se voient donc décliner les points communs entre les deux cultures ; au nombre de ceux-ci, citons encore la protection des arts, voire leur pratique. Adeptes du théâtre nô, les samouraïs ont, lors des périodes pacifiques comme l’époque Edo, abondamment pratiqué des loisirs tels que la calligraphie ou la cérémonie du thé. Quant aux chevaliers, qui ne connaît pas leur penchant pour l’amour courtois célébré en rimes et en notes par les troubadours ? Au chapitre des différences, les armes bien sûr, d’où quelques spécimens de circonstance. Et puis on naît samouraï, alors qu’on devient chevalier.

Avec une muséographie moderne, qui se passe aisément des trop envahissants audioguides, l’exposition alterne objets d’époque et moyens actuels. En témoignent ces extraits de films d’Akira Kurosawa ou de « Perceval le Gallois » d’Éric Rohmer, ou bien ces émissions de radio ou de télévision consacrées aux chevaliers ou samouraïs, en libre écoute. On n’échappe pas à la parodie « Kaamelott », un brin lourdingue, ou aux mangas d’inspiration chevaleresque. Mais ces derniers nous rappellent opportunément que les chevaliers, orientaux comme occidentaux, restent une source d’inspiration étonnamment vivace.

Il faut bien dire cependant que l’exotisme l’emporte : le clou de l’exposition reste la « galerie des samouraïs » qui, dans le corps de logis du château, propose un impressionnant inventaire d’armures en tous genres. Les casques, notamment, avec leurs masques moustachus grotesques et des ornements en forme d’oreilles de lapin, de bouddha, de cornes ou de flammes sont un régal pour les yeux et l’imaginaire. On pourra y voir encore une source d’inspiration pour les sagas chevaleresques modernes (tiens, les chevaliers jedi feront leur retour en fin d’année…) et laisser vagabonder son imagination à travers des siècles d’art de la guerre. C’est d’ailleurs là que se situe la limite de l’exposition : la richesse de la collection privée de Greg Riffi – 120 pièces sont ici présentées au public sur un total de 250 environ – aurait très certainement pu remplir les deux espaces d’exposition temporaire qui demeurent vides. Il subsiste donc comme un petit goût de pas assez pour le visiteur, puisque l’espace limité du château de Malbrouck n’est même pas exploité en totalité.

Un thème intelligent et bien traité donc, mais qui en reste à l’effleurement d’un sujet particulièrement ambitieux. Étant donné la rareté sous nos latitudes de certaines des pièces exposées, il serait cependant dommage de ne pas en profiter.

Au château de Malbrouck, à Manderen (F), jusqu’au 1er novembre.

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