Expo collective : Permis de créer

Pour sa nouvelle expo « Freigeister », le Mudam a fait appel à quatorze électrons libres de la scène artistique luxembourgeoise.

Une vue de l’exposition. (Photo : Nuno Lucas da Costa)

Dans un habitat plus que compatible avec la volonté de briser la linéarité de l’existence et surtout de la questionner, l’esprit de quatorze esprits libres plane désormais sur le Mudam. Si les uns sont nés au Luxembourg, les autres y travaillent et y vivent, et tous appartiennent à la génération née dans les années 1970-1980. Tous ont ainsi accepté l’invitation du Mudam à l’occasion de son 15e anniversaire et s’y présentent en tant que « Freigeister », expression que les curateurs ont empruntée au philosophe allemand Friedrich Nietzsche. L’expo s’étale sur deux ailes au rez-de-chaussée, jouxtant le grand hall du Mudam dans lequel croupit la carcasse d’un vieux MiG-21 soviétique de l’autre expo du musée, « Post-Capital ».

Dans une des salles, la visite démarre d’une manière quelque peu décalée. L’artiste bruxelloise vivant au Luxembourg Aline Bouvy nous présente ce qui semble être à première vue un banal distributeur d’argent. Néanmoins, pendant deux minutes, le visiteur et la visiteuse assisteront à une vidéo quasi pasolinienne sur l’écran de l’appareil. L’artiste se sert de toute une symbolique scatologique et de sexe explicite en version animée pour dénoncer le côté éphémère de tout objet technologique, faisant ainsi de nous de gentils consommateurs. Le ton est donné. Dans le même espace, impossible de passer à côté d’un mastodonte de plus créé par Marco Godinho. Si à la dernière Biennale de Venise, en abordant la thématique de la migration et du déplacement, il avait impressionné avec son énorme installation « Between Two Waves », au Mudam, l’artiste luso-luxembourgeois ne lésine de nouveau pas sur les dimensions. Ce qui pourrait ressembler, par moments, à une reproduction réduite d’un court de tennis en terre battue n’est autre qu’une énorme surface couverte de tuiles en terre cuite réduites en poussière, provenant du toit de la maison de l’artiste avec l’inscription pour le moins poétique « There Is/No longer Warm/Waiting for Your Return ». Godinho a voulu ainsi s’intéresser à la relation entre l’espace domestique, l’espace d’exposition et le monde. S’invitent encore à cette galerie Nina Tomàs, qui propose entre autres un polyptyque d’envergure composé de neuf panneaux, Sophie Jung et sa série de dessins surréalistes, Yann Annicchiarico et sa sculpture géométrique, qui n’est autre qu’une réplique du mur d’une des façades du Mudam, Daniel Reuter avec ses photos et surtout sa fameuse pierre déplacée depuis l’Islande ainsi que Jeff Weber filmant Suzanne Lafont lors de l’installation de son exposition « How Things Think » à la galerie Erna Hecey.

Ode à l’hétérogénéité

Si cette première salle a une approche plutôt sobre et conceptuelle, la deuxième apparaît plus vivace, sans pour autant être légère. En ces journées à la luminosité écourtée, les rétines apprécieront l’atmosphère aux contours pop des dessins, peintures, vidéos, enseignes lumineuses ou encore sculptures du multidisciplinaire Filip Markiewicz. On ne peut être indifférent à l’authentique guitare Gibson Explorer clouée sur un dessin, qui semble vouloir établir une sorte de généalogie mythologique sur les origines du doom metal, courant musical pratiqué par l’artiste Catherine Lorent. Le prolifique couple Karolina Markiewicz et Pascal Piron est également de la partie, avec son habituelle déclinaison des arts visuels. Claudia Passeri et sa clé de tirant centrée au milieu de la salle, l’ensemble photographique de Laurianne Bixhain et « l’incubateur » de Daniel Wagener, à partir duquel celui-ci fabriquera du pain à l’extérieur tous les week-ends jusqu’au 27 février, se regroupent au sein de cette même spiritualité artistique.

Donnant intégralement raison à l’intitulé de l’expo, et sans injustement nier la valeur individuelle de chaque artiste, nous aurions voulu un fil plus conducteur entre toutes les œuvres des deux espaces : un peu plus d’homogénéité, non quant à la forme mais quant au contenu, sans pincer l’individualité de chaque artiste. D’ailleurs, la plupart des œuvres présentées constituent à elles seules de véritables expositions dans l’exposition. Toutefois, en plein plateau du Kirchberg, cette même hétérogénéité ne nous empêche pas de conclure que la singularité du Luxembourg ne réside pas dans sa place financière, mais dans sa diversité. L’expo a cette particularité de mettre à l’honneur la scène artistique luxembourgeoise dans toute cette diversité, mettant sur un piédestal quatorze de ses plus influents artistes contemporains tout en glorifiant la liberté de pensée. On ne peut que hocher la tête à l’affirmation de Gustav Klimt : « À chaque siècle son art, à l’art sa liberté. »

Au Mudam jusqu’au 27 février 2022.

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