Exposition collective : Soma pour le peuple

Conçue par l’artiste Thomas Zitzwitz, l’exposition « Zone dangereuse » propose une balade dans le surréalisme pour démasquer notre réalité quotidienne.

Quand le texte de l’exposition commence avec Boris Vian et se termine par une évocation d’Aldous Huxley, on peut être sûr d’être loin de ce 21e siècle bruyant où l’on n’arrive plus à comprendre grand-chose tellement le monde va vite et dans tous les sens. En cela, « Zone dangereuse » se veut aussi une aire de repos, de distance par rapport à la complexité d’une planète surconnectée et en surchauffe.

Et qu’est-ce qu’on se sentirait mieux enveloppé d’un nuage rose, à l’instar du couple amoureux dans « L’Écume des jours » ! Voire soulagé, quand celui-ci reparaît après avoir traversé justement une zone dangereuse, où des millions d’oiseaux battent des ailes, créant un courant d’air effroyable. Le désir de retrouver l’être aimé tout en étant protégé du monde extérieur, enfermé dans une bulle hors du temps dans un éternel présent qui ne pèse pas sur nous, c’est cet aspect de l’œuvre surréaliste de Vian qui a inspiré Zitzwitz et l’a poussé à rassembler six autres artistes (Claudia Comte, FORT, Katharina Grosse, Gregor Hildebrandt, Leiko Ikemura et Anselm Reyle) en plus de lui-même dans une exposition qui ne se serait pas faite sans son trait d’union.

On aurait envie d’écrire que l’effet « Zone dangereuse » est celui d’être « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie », selon le bon mot d’un précurseur du surréalisme, Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont. À l’instar des sculptures du collectif FORT, composé d’Alberta Niemann et de Jenny Kropp et fondé en 2008. Leur sculpture « Sunny », qui ouvre l’exposition, fait en sorte que le bon ton soit trouvé. Un radiateur avec une balle jaune coincée entre ses tubes, et rien de plus. Ça suffit tout de même pour enlever toute notion de réalité et mettre en marche la machine à rêver.

Un autre moyen de traduire la réalité est mis en œuvre par l’artiste berlinois Gregor Hildebrandt. Dans son installation spécialement conçue pour « Zone dangereuse », il a pris des cassettes avec la musique d’une chanson utilisée dans l’adaptation cinématographique du roman de Vian réalisée par Michel Gondry en 2013 (qui fut pourtant un flop total, tant aux yeux de la critique qu’au box-office). Ce faisant, Hildebrandt crée un trilogue entre diverses expressions artistiques tout en dédiant son œuvre à celle de Vian – une belle correspondance.

L’autre partie de l’exposition est plus inspirée du roman d’anticipation d’Aldous Huxley, « Brave New World », de 1932. Et plus particulièrement du « soma », la drogue inventée par l’auteur, qui remplace toute aspiration artistique, voire esthétique. Les tableaux d’Anselm Reyle y participent à leur façon en appâtant le regard vers des faux-semblants. Les œuvres du commissaire de l’exposition Thomas Zitzwitz sont au contraire, dans toute leur splendeur pastel, plus accessibles. Mais là aussi, gare au trompe-l’œil ! En changeant de perspective, les tableaux donnent de nouvelles combinaisons et sont plus complexes qu’à première vue.

En somme, une bonne occasion pour s’évader un tant soit peu de la morosité de novembre et du chaos des chantiers titanesques qui nous gâchent le quotidien.

À la galerie Zidoun & Bossuyt, 
jusqu’au 4 janvier 2020.

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