Exposition thématique : Mystérieuse donatrice et artistes oubliés

Pour la première fois, la Villa Vauban réunit deux collections jadis séparées et lève le voile sur une mystérieuse donatrice luxembourgeoise.

L’exposition intrigue notamment avec la présence de silhouettes « fantômes » qui accompagnent le public tout le long de sa visite. (Photo : Maria Elorza Saralegui)

Un chapeau est suspendu à l’entrée de la première salle. En dessous, une robe sobre et une valise, le tout en noir : la silhouette d’une jeune femme apparaît. Une présence qui accompagnera le visiteur tout au long de l’exposition collective « Pour Élise ».

Au rythme d’une musique de piano douce et en longeant des fenêtres projetées par lesquelles on entrevoit un Paris passé, le public découvrira sur deux petits étages une collection d’art datant de 1857 à 1921. Tantôt illustrations pour livres scolaires, tantôt peintures impressionnistes encadrées, toutes se voient accorder la même importance. Un hommage inédit aux œuvres de « grands » artistes français : Bergeret, Delance, Zwiller… Désormais tombés dans l’oubli, leurs noms diront peu au grand public de nos jours. Alors même que, considérés comme les meilleurs à leur époque – et contrairement aux artistes d’avant-garde tels que Monet –, ils reflètent l’art officiel dominant de ce temps-là.

Mais l’exposition ne se centre pas sur ces « petits maîtres » méconnus : un autre nom en forme le pivot, un nom qui relie les œuvres variées. En effet, nombre de ces tableaux et dessins avaient été donnés en cadeau, voire dédiés, à une certaine Mlle Hack. Qui était-ce ? Surnommée Élise, Élisabeth Hack est née à Echternach en 1860 au sein d’une famille humble. Comme tant d’autres Luxembourgeoises – nous révèle l’exposition –, elle part vers Paris pour exercer le métier de bonne et trouve un emploi chez le critique d’art Henry Havard.

À partir de ce moment, la vie de Hack se distinguera de celle de tant d’autres concitoyen-ne-s émigré-e-s. À noter son amitié peu conventionnelle avec son maître, Havard, ainsi que l’indépendance qu’elle trouva après la mort de celui-ci. C’est un autre aspect de sa vie cependant qui intrigue encore les visiteurs. En 1880, la capitale française est en pleine ébullition artistique et, à travers sa relation avec Havard, Hack se lie d’amitié avec de nombreux artistes acclamés de l’époque. En témoigne sa vaste collection d’art, fait rare pour une bonne. En 1922, elle écrit une première lettre à la Ville de Luxembourg. Commencent alors les préparations pour léguer sa collection au musée de la Ville. Élisabeth Hack deviendra ainsi une des donateurs-trices de taille pour la Villa Vauban.

Or, ce n’est que presque un siècle plus tard qu’une stagiaire du nom de Camille Baldauf entame l’enquête sur l’origine de cette mystérieuse donation. Document d’archives par document d’archives, lettre par lettre, « Pour Élise » retrace cet effort de recherche et peint le portrait d’une femme émancipée qui vécut seule à Paris jusqu’à sa mort en 1933.

Alors qu’Henry Havard légua sa propre collection d’art à la ville de Mâcon, en France, la Villa Vauban présente à nouveau, pour la première fois depuis leur séparation, des œuvres des deux collections, celle de Hack ainsi que celle de Havard, qui se trouvèrent naguère dans la même maison parisienne. Si on peut déplorer un manque de contextualisation pour les œuvres exposées, celles-ci portent néanmoins le Zeitgeist du tournant du siècle. L’ensemble fait songer aux contextes historiques qui facilitent notre compréhension d’œuvres d’art passées et offre ainsi une belle occasion de découvrir une facette méconnue de l’histoire de l’art.

« Pour Élise » ne porte pas un regard critique sur les artistes présentés. Il s’agit plutôt d’une exploration minutieuse qui invite à compléter les zones d’ombre de la vie de Hack par l’imagination. En combinaison avec une mise en scène soignée, qui par moments évoque une théâtrale atmosphère domestique, la dédicace à Élise Hack est certes simple mais réussie.

Jusqu’au 10 octobre 2021.

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