Graffiti : L’humanité de Keith Haring

Exposition exceptionnelle à la galerie Zidoun & Bossuyt avec « Keith Haring : A New Humanism ». 35 œuvres de l’artiste américain ont été réunies par Gianni Mercurio pour ce qui s’annonce comme un des rendez-vous majeurs de l’année culturelle au Luxembourg.

Réunir au Luxembourg 35 œuvres moyen et grand format de Keith Haring est une gageure qui n’a pas effrayé Gianni Mercurio, spécialiste des artistes américains, auteur d’ouvrages sur David Lachapelle et Andy Warhol. Il a fait le tour des collections privées de Belgique, de Suisse, du Luxembourg et de France. « A New Humanism » met en scène dans la très belle galerie de la rue Saint-Ulric les couleurs et les formes de ce maître des graffitis, repéré à 24 ans à New York. En à peine six ans, il allait révolutionner le pop art et l’art de rue, aux côtés de Jean-Michel Basquiat – qui avait d’ailleurs aussi fait l’objet d’une rétrospective dans la même galerie en 2016.

Pop star des années Reagan et de l’ultralibéralisme triomphant, Keith Haring n’aura jamais été dupe de cette Amérique des années 1980. L’argent roi ne cache pas dans ses tableaux les victimes du sida, les morts d’overdose, la violence des rues. Quelle meilleure technique, dès lors, que celle née des pinceaux de Keith Haring, entre cartoon et tag ?

Dans l’entrée de la galerie, un grand format de six mètres, sans titre, résume à lui seul l’art de Haring. Deux mains tiennent un cœur au centre duquel la terre brille de mille feux. À la base du tableau, des dizaines de figurines se réjouissent, à moins qu’elles ne se battent. Elles bougent, en tout cas, tels des danseurs hip-hop.

L’ambiguïté de l’artiste est ici évidente. D’apparence joyeuse, les toiles, lorsque l’œil s’y attarde, interrogent. Et si tout n’était que colère rentrée, sourires de façade pour mieux dénoncer la société qui a porté aux nues Keith Haring ? La même société qui l’a aussi condamné avec l’apparition du sida, maladie qui lui sera fatale en 1990.

La rondeur, les couleurs et ces petits personnages si identifiables, tour à tour doigts de la main, poissons ou meurtriers, donnent aux œuvres cette universalité qui a immédiatement frappé les critiques d’art. On pense parfois à Picasso, souvent à Pollock. Gianni Mercurio choisit ainsi de montrer ce nouvel humanisme de Keith Haring, ces dessins d’un monde en souffrance, messages tendres et violents, qui autorisent l’artiste à aborder les sujets les plus graves sans jamais avoir l’air d’y toucher.

Et pourtant, ces petits bonshommes se poignardent, chutent des escaliers, finissent dans des fosses communes. Holocauste, meurtre mais aussi science-fiction et sexualité sont abordés dans les toiles de Keith Haring. Toujours avec cette forme pop qui les rendent accessibles à tous, ouvertes à l’interprétation des petits comme des grands.

Universelle dans son langage, l’œuvre de Keith Haring s’est arrêtée trop tôt, dans la force d’une créativité débridée. Les fragments accessibles au grand public sont trop rares, surtout au Luxembourg, pour se priver d’une visite.

À la galerie Zidoun & Bossuyt, 
jusqu’au 9 mars.

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