La gauche et le terrorisme : Tenir tête

Prise en tenaille entre terrorisme islamiste et discours autoritaires et antimusulmans, la gauche progressiste peine à trouver des réponses.

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(© Dean Terasaki/flickr)

Il y a ceux qui crient à l’État fort. « Mais que font nos gouvernements pour nous protéger ? », demandent-ils à chaque meurtre. Il y a ceux qui se plaisent dans une rhétorique guerrière à outrance. « Il faut les éradiquer ! », clament-ils haut et fort à tous les coups. Il y a ceux qui « savaient », mieux que tous les autres. « Fallait bien que ça finisse comme ça », lancent-ils, satisfaits. « Et puis, avec les frontières ouvertes, faut pas s’étonner… » Pour ces trois catégories, le danger vient surtout d’un prétendu « laxisme » des gouvernants européens. Laxisme en matière sécuritaire, laxisme vis-à-vis de la mouvance salafiste, laxisme vis-à-vis des réfugiés.

Mais il y a aussi ceux dont la première réaction consiste à douter de la version officielle des événements. Ils contestent immédiatement ce que les grands médias publient : « Qui nous dit que c’était vraiment un terroriste ? S’il n’avait pas un nom à consonance arabe, on parlerait d’un déséquilibré. » Ou ceux pour qui tout le mal réside dans les guerres que l’Occident mène depuis des années dans des pays arabes. « Faut pas s’étonner », disent-ils, eux aussi.

Ce sont souvent les mêmes qui, lorsqu’un attentat a lieu en Europe, reprochent aux autres de pratiquer une indignation à deux échelles. « Ils étaient où vos ‘Je suis Bagdad’, vos ‘Je suis Alep’ ? », questionnent-ils immanquablement. Enfin, il y a ceux qui, avant même d’exprimer un quelconque deuil ou choc, crient : « Gare aux amalgames ! »

Soyons clairs : tout cela n’est pas faux. Il est vrai que, dans leur course au plus spectaculaire, les grands médias ne prennent souvent pas le temps de vérifier les infos qu’ils répandent. Les événements de Munich l’ont souligné une fois de plus : une tuerie n’est pas forcément un attentat terroriste, un tueur n’est pas forcément un musulman fanatisé – et inversement. Il est vrai aussi que la « war on terror » que mène l’Occident depuis le début des années 2000, déstabilisant de larges parties du Moyen-Orient et semant la terreur à coups d’attaques aériennes et de prisons où sévit la torture, a une large part de responsabilité dans les événements actuels.

Tout comme il n’est pas faux de pointer du doigt l’émoi à deux vitesses et l’hypocrisie qui règnent dans le traitement public des tueries : drapeaux en berne et monuments illuminés lors d’attentats en Europe, tout au plus quelques mots de soutien lors d’attaques en dehors des pays occidentaux. Et, bien sûr, il convient de rappeler aussi souvent que nécessaire que les amalgames sont dangereux et font le jeu des terroristes.

Toujours est-il que, surenchère ou pas, ces attaques sont bien réelles. On peut spéculer aussi longtemps qu’on veut – à raison – sur les raisons psychologiques et autres qui ont amené le tueur de Nice à commettre un massacre : le massacre a eu lieu et il s’inscrit dans une stratégie globale de la terreur.

Tout oppose la gauche progressiste aux fous de Dieu et à leur vision ultraréactionnaire du monde.

Prise au piège entre les fanatiques religieux d’un côté et les tenants d’un discours sécuritaire et souvent antimusulman de l’autre, la gauche progressiste pratique bien trop souvent la politique de l’autruche : fermer les yeux et attendre que ça passe. Espérer que, cette fois-ci, la tuerie n’avait pas de motif « religieux ». Se réjouir quand le tueur n’est pas un islamiste, mais un simple fou ou, mieux encore, un néonazi.

Pourtant, tout oppose cette même gauche progressiste aux fous de Dieu et à leur vision ultraréactionnaire du monde. Elle peut légitimement prétendre avoir averti depuis longtemps des dangers de la ségrégation sociale et ethnique, comme des conséquences des guerres occidentales au Moyen-Orient. Et elle porte en elle une partie des solutions : solidarité plutôt que « guerre des civilisations », justice sociale plutôt qu’exclusion et pauvreté, coopération plutôt que militarisme. Encore faut-il qu’elle ose les défendre dans le débat public et tenir tête – tant aux fanatiques religieux qu’à la droite autoritaire.


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