Logement : La jeunesse élargit le mouvement

von | 29.10.2026

Loyers trop élevés, spéculation immobilière, accès à la propriété hors de portée : la crise du logement rend l’accès à un toit toujours plus difficile au Luxembourg. Treize organisations de jeunesse appellent à une mobilisation qui dépasse leur génération.

Plusieurs personnes, dont on ne voit que les jambes, tenant une pancarte en forme de maison colorée.

Dans une ambiance joyeuse, malgré un dispositif de sécurité renforcé, pancartes, maisons en carton et tentes mettant en scène des annonces immobilières absurdes donnent corps à la colère. (Photo : Yolène Le Bras)

« What do we want ? Housing justice ! When do we want it ? Now ! » Le slogan, scandé par Alice Hoffmann, membre de la Jeune Gauche, est repris par les quelque 200 personnes rassemblées ce mardi 27 octobre devant la Chambre des députés. Dans une ambiance joyeuse, pancartes, maisons en carton et tentes mettant en scène des annonces immobilières absurdes donnent corps à la colère. À l’appel de treize organisations de jeunesse, les manifestant·es réclament que le logement soit enfin considéré comme une priorité politique. Un mois après la présentation de douze revendications communes par plusieurs partis de jeunesse (« Logement : Les jeunes partis déclarent l’urgence », woxx 1905), la mobilisation entend maintenir la pression sur le gouvernement. « Il faut désormais aller plus loin », estime Tom Rees, co-porte-parole de Déi Lénk.

Parmi ses revendications principales, dont l’instauration d’un plafonnement des loyers et la création de davantage de logements abordables, le collectif réclame la création d’une commission nationale consacrée au logement. Celle-ci réunirait chaque mois les acteurs concernés sous l’autorité du premier ministre et coordonnerait les mesures à mettre en œuvre. L’objectif est de dépasser les compétences du seul ministère du Logement pour faire de la crise une priorité transversale. Une pétition publique, ouverte aux signatures depuis le 23 octobre, porte notamment cette demande. Si les jeunes organisateur·rices rappellent que le logement est un « problème massif » pour les jeunes, iels souhaitent élargir le mouvement, au-delà de la jeunesse politique, à l’ensemble de la société.

Une crise qui touche tout le monde

Lara, 37 ans, en sait quelque chose. Aujourd’hui attachée parlementaire après avoir exercé comme infirmière, elle explique avoir rencontré de nombreuses difficultés pour se loger, malgré un salaire qu’elle jugeait correct. Ses horaires de nuit compliquaient encore la recherche d’un logement : il lui fallait un endroit suffisamment calme pour pouvoir dormir pendant la journée. « J’ai habité en colocation pendant un certain temps, mais ce n’était pas possible non plus », raconte-t-elle. Aujourd’hui encore, elle vit chez sa mère pour pouvoir mettre de l’argent de côté et, peut-être, pouvoir un jour accéder à son propre logement. Son témoignage rappelle que la crise ne concerne pas uniquement les personnes aux revenus les plus faibles.

Mara Stieber, de Déi Lénk, met quant à elle l’accent sur la protection des personnes menacées d’expulsion. Elle défend l’instauration d’une trêve hivernale et s’oppose aux mesures de déguerpissement. « Jeter des gens dehors, dans le froid, c’est contraire aux droits humains », dénonce-t-elle. Au-delà des mesures visant à améliorer l’accès au logement, elle place ainsi la protection immédiate des personnes en difficulté au cœur du débat.

« Des actions, pas des promesses »

La manifestation intervient au lendemain de la première réunion du Comité de suivi tripartite sur le logement, issu de l’accord du 8 juin. Dans son communiqué, le gouvernement met en avant les investissements publics : 386,4 millions d’euros ont été engagés dans le logement entre le 1er janvier et le 22 octobre 2026. Fin 2025, le pays comptait 5.348 logements conventionnés, dont 1.293 supplémentaires enregistrés au cours de l’année. La feuille de route gouvernementale s’articule autour de cinq axes : utiliser les logements et terrains vacants, construire davantage, investir, faciliter l’accès au logement et équilibrer les relations locatives.

Mais les organisations de jeunesse se montrent sceptiques quant à la portée de la réunion du comité de suivi. Elles estiment que les échanges ont surtout consisté à présenter les mesures prévues, sans véritable concertation. Les jeunes espèrent que la rencontre avec le ministre du Logement, Claude Meisch, prévue le 10 novembre, ne sera pas seulement une réunion d’information mais permettra un échange constructif. Et, toujours dans cette volonté d’élargir la mobilisation, iels annoncent une marche nationale le 13 novembre. Après vingt ans de promesses, estime le collectif, l’heure est désormais aux mesures structurelles.

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