Notre conseil de série : Le Serpent

La série Netflix « Le Serpent », retraçant le parcours sanglant de Charles Sobrahj en Asie, emmène le public dans un monde et une époque bien révolus – et pourtant si proches.

Attention, ne vous fiez pas aux apparences disco-cool : Charles Sobrahj est ce qu’on qualifierait aujourd’hui de personnage toxique. (© Netflix)

Que ce soit à Bangkok, Hong Kong ou ailleurs sur les routes de l’Asie, le procédé du Serpent est toujours le même. Il commence par séduire ses victimes, de jeunes hippies occidentaux-ales attiré-e-s par l’exotisme et l’envie de s’ouvrir tous les chakras qui leur restent, il devient leur confident dans un monde qui leur est inconnu, les amène aux meilleures fêtes et leur fait prendre les meilleures drogues. Sauf que les lendemains sont souvent durs : les touristes se retrouvent soit sans le sou, soit sans vie.

Et pourtant, droguer, voler ou tuer des touristes naïfs-ives n’est pas le seul talent de Charles Sobrahj : c’est aussi un habile voleur de bijoux et un menteur hors pair. Pour mettre fin à ses méfaits, il faut un adversaire aussi extraordinaire que le criminel lui-même. Dans la série, comme dans la réalité, c’est le diplomate néerlandais Herman Knippenberg qui s’en charge. Knippenberg, simple secrétaire à l’ambassade des Pays-Bas à Bangkok, va aller contre sa hiérarchie pour tenter de résoudre les meurtres de Heinricus Bintanja et Cornelia Hemker, un jeune couple néerlandais.

C’est d’ailleurs avec la rencontre entre ces deux jeunes à la recherche de bijoux exotiques et Sobrahj que la série commence, alors que le Serpent n’en est pas encore à son premier meurtre. La disparition inquiétante et la découverte de leurs cadavres brûlés mettent en marche la machine Knippenberg, qui parvient à retracer le parcours du couple jusqu’au Kanith House, le nid du Serpent. Après quelques déboires avec la police thaïlandaise, le diplomate réussit à prouver que sa piste était la bonne avec la découverte de passeports volés et cartes de crédit ayant appartenu à des victimes de Sobrahj. La traque va durer plusieurs années et ne finira qu’en 2003, quand le criminel se rend au Népal – pays où il a sévi aussi – et qu’il est reconnu dans la rue. Inculpé pour plusieurs meurtres, Sobrahj y est condamné à une peine de prison à perpétuité.

Ce n’est pas seulement depuis que la pandémie a commencé que Netflix mise sur des formats « true crime », mais il n’est pas faux non plus d’affirmer que le confinement a d’une façon ou d’une autre fait exploser le nombre d’aficionados de ce genre de « divertissement ». C’est pourquoi « Le Serpent » tombe à pic dans la déferlante de séries, films, documentaires sur le phénomène du tueur en série – un des antihéros les plus marquants du siècle passé. La force de cette minisérie créée par les Britanniques Richard Warlow et Toby Finlay, qui ont signé, voire cosigné dans le passé d’autres monuments du genre comme « Peaky Blinders » ou encore « Ripper Street », réside dans l’exotisme des destinations et dans le décrochage temporel.

Pendant les années 1970, se lancer sur les routes de l’Asie pouvait encore offrir de vraies aventures, loin de tout voyage encadré par un tour-opérateur où rien n’est laissé au hasard. Les personnages croisés dans la série sont tous un peu sortis d’un autre monde. D’abord Sobrahj lui-même, pur produit du colonialisme français, élevé à la dure par une mère vietnamienne dans les rues de Marseille où il commence son parcours de délinquant. Interprété magnifiquement par Tahar Rahim (que l’on connaît au moins depuis son rôle principal dans « Un prophète » de Jacques Audiard en 2009), cet homme est un miroir brisé de la société qui l’entoure. C’est donc presque naturellement qu’il développe le talent inouï de savoir intuitivement ce que la personne en face de lui veut entendre. Ce don de manipulateur se double du vice et de son goût insatiable pour le luxe – caractéristiques qu’il recherche et trouve aussi chez ses partenaires, comme la Canadienne Marie-Andrée Leclerc (jouée par la Britannique Jenna Coleman), qui le suivra en prison au Népal.

S’y ajoute le grain chaud de la pellicule, qui fait très rétro, et le montage habile et bien dosé en flash-back donne un rythme à cette histoire – dont, malgré tout le suspense, on connaît déjà la fin. Bref, pour les fans de crime et de bonnes interprétations, laissez « Le Serpent » s’enrouler autour de vous !

Sur Netflix.

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