Peinture : Du rap aux toiles

La Galerie Zidoun & Bossuyt propose une nouvelle exposition originale et hors des sentiers battus. Pour la première fois, l’ancien rappeur new-yorkais Jayson Musson présente ses œuvres colorées et définitivement hip-hop.

Le street art a fait les beaux jours d’une génération d’artistes qui n’avaient pas accès aux belles galeries, bien blanches souvent. Il est apparu aux côtés du rap, de ses salles de concert surchauffées et de ses revendications sociales. Jayson Musson appartient à une nouvelle génération, d’abord en scène au sein du groupe de Philadelphie Plastic Little, et aujourd’hui dans les galeries avec ses créations directement inspirées de la culture urbaine américaine.

Le natif du quartier du Bronx, à New York, a grandi au milieu de la mode rap des années 1990, des sweatshirts Coogi et des couleurs criardes qui les accompagnaient. Notorious B.I.G. ou encore Drake ont tant fait pour cette marque qu’elle appartient désormais à l’imaginaire collectif américain. Jayson Musson s’est inspiré de ces couleurs pour créer des tableaux, construits à partir de morceaux de sweatshirts Coogi. Des textures et tissus naissent des créations qui interrogent l’identité, le multiculturalisme et la sexualité dans un style marqué.

L’artiste travaille à la recherche de ces objets du passé qui racontent l’époque à leur manière. Et, à l’heure du selfie roi, il n’hésite pas à mettre en scène ses propres goûts pour la littérature, les voyages ou même sa famille afin d’alimenter sa création. Si la peinture reste la base de son travail, il l’enrichit d’une matière qui transforme les toiles en créations hybrides, marquées par l’identité même de ces ajouts. L’envie de toucher la toile titille et est difficile à contenir, tant la matière est proche et chaleureuse. Une version abstraite de son art, qui détonne face aux 16 gouaches exposées au sous-sol de la galerie.

Dans un style beaucoup plus frontal, Jayson Musson aime aussi manier le pinceau pour créer des œuvres lointainement inspirées de Jean-Michel Basquiat dans leur fausse naïveté. Car il aborde des sujets miroirs de l‘Amérique de Trump, entre immigration et brutalités policières. Loin de se contenter de parler du présent, il se penche également sur son passé dans les tableaux « Ancestor I, II, III », hommages à ses ancêtres, grands-parents, oncles et tantes.

Ce va-et-vient permanent oscille entre la tendresse portée au courage des migrant-e-s et la violence d’État. Des thèmes plus actuels comme le terrorisme, la Corée du Nord ou les tueries de masses se retrouvent dans le tableau « Dialectic ». Au cœur de sa réflexion artistique : la lutte entre les opprimé-e-s et les oppresseurs-euses – le mètre-étalon de Jaysson Musson. Rien d’étonnant dès lors que l’artiste ne quitte presque jamais sa casquette aux traits de Spiderman, superhéros en lutte contre les injustices.

Valeur montante de l’art contemporain, Jaysson Musson fait déjà partie des collections du MoMa de New York, du Musée d’art moderne de Philadelphie et du Mudam. Cette exposition arrive à point pour rappeler qu’au cœur de l’Amérique de Trump, les artistes continuent de porter les valeurs progressistes.

À la galerie Zidoun & Bossuyt, 
jusqu’au 4 mai.

Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged , , , , , , , . Bookmark the permalink.

Comments are closed.