Peinture et sculpture : L’art à contre-courant

Jusqu’au 22 décembre prochain, le Musée national d’histoire et d’art accueille l’exposition temporaire des Sécessionnistes luxembourgeois. Ce groupe d’artistes des années 1930, peu connu, avait brillamment déjoué les codes dominants de l’art académique. Retour sur une autre manière de créer et de penser.

Photos : Tom Lucas/MNHA

Ils se nomment Auguste Trémont, Harry Rabinger, Claus Cito, Nico Klopp et Joseph Kutter. Ils étaient peintres, plasticiens, sculpteurs, mais surtout amis, liés par la commune envie de briser quelques règles. Désabusés par l’académisme tout-puissant, les Sécessionnistes prennent leur distance avec le Cercle artistique de Luxembourg en 1926, avant de créer leur propre 
salon en 1927. Cette bande à part entend bien faire les choses à sa manière, et mettre en avant toute une palette rafraîchissante de créations fauvistes et impressionnistes.

Pour autant, comment devient-on sécessionniste ? Les deux salles réservées à l’exposition semblent apporter un début de réponse. Avec ses bronzes animés, Auguste Trémont porte l’exotisme au cœur de sa création. Ses tableaux de félins donnent un écho plastique à l’aspect noble de ses sculptures animales. On comprend bien que l’on se trouve à des années-lumière des scènes de la vie bohème façon 19e siècle à Vienne ou à Berlin. Pour Joe Sunnen, la lumière grandiose de son œuvre « Le cheval noir » conserve quelque chose de l’or et du feu d’Orient. Et même lorsque Harry Rabinger s’attelle à une peinture plus urbaine, où le visiteur reconnaîtra les rues du Pfaffenthal ou de Schifflange, les couleurs détonnent. La nuit n’est plus noire, le ciel n’est plus du bleu monochrome habituel. Les contours s’effacent au profit d’une définition volontiers mouvante des objets capturés par le pinceau. On reconnaît, puis on ne reconnaît plus.

Chaque créateur semble prendre un malin plaisir à briser les habitudes et les convenances artistiques. C’est une modernité, mais faite de concessions, d’arrangements avec la réalité et de traités avec l’art académique. La rupture n’est ni véritable ni profonde. On préférera parler de renégociation. Parce qu’être sécessionniste, ce n’est pas tout renier en bloc. C’est bien plutôt se ménager une marge de liberté conséquente tout en valorisant les techniques formidables et les coups de génie des années 1930. Prenez la série des portraits, par exemple : qu’il s’agisse d’autoportraits ou de fascinations récurrentes pour la gent féminine, le visage ne cesse de battre le corps. En effet, les traits sont parfois si nets qu’ils rendent le buste flottant. Par moment, c’est l’exact inverse. Une telle diversité chez un groupe restreint d’artistes luxembourgeois donne le sourire et force l’admiration.

Une œuvre retient l’attention, peut-être plus que les autres. Elle est discrète, et ne prend que peu de place. Pudiquement posée contre la blancheur du mur, voyez la « Fille aux fleurs ou Leda » de Claus Cito. Coup de foudre instantané. Une sculpture d’une finesse et d’une vivacité remarquables. De longs cheveux sensuellement retenus par une main paresseuse, un buste musclé contrastant génialement avec la délicatesse d’un visage tourné vers le ciel et avec la rondeur de deux seins bien moulés. Entre androgynie et mythologie, c’est une vraie invitation à l’amour platonique.

Alors, voilà peut-être la clé de la mouvance sécessionniste : inviter sans brusquer, rompre sans haïr, inventer sans rien oublier. Une exposition originale, sobre et parfaitement mise en scène par le MNHA qui rend justice à un groupe d’irréductibles qu’il convient réellement de (re)découvrir.

Au MNHA, jusqu’au 22 décembre.

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