Peintures/aquarelles : Invisibles mais lumineuses

Les « Cidades invisíveis » de Guilherme Parente à l’Institut Camões offrent couleurs et lumière à foison, comme un remède artistique à la grisaille de l’hiver.

Photo : woxx

Le centre culturel portugais propose avec « Cidades invisíveis » (« Villes invisibles ») son exposition de plus longue durée depuis l’entrée dans ses nouveaux locaux de Merl. Une bonne idée, car la séduction des œuvres de Guilherme Parente est immédiate : teintes claires, lumière abondante, menus détails à découvrir après une vision d’ensemble, la peinture du natif de Lisbonne est un appel à l’imaginaire où les sens dominent dès le premier coup d’œil. La directrice de l’Institut Camões à Luxembourg, Adília Martins de Carvalho, en témoigne dans la plaquette de présentation de l’exposition lorsqu’elle évoque « la poésie réconfortante des formes et des couleurs » de Parente. Si le mot poésie est souvent utilisé à toutes les sauces pour qualifier des œuvres artistiques, il est ici parfaitement approprié, puisque ces toiles ont un rythme, des images, une harmonie qui pourraient effectivement transcrire avec des traits de pinceau des vers savamment composés.

Que sont d’ailleurs ces villes invisibles ? Majoritairement sans titres, les tableaux demandent à être contemplés pour eux-mêmes avant de livrer une réponse. Celle-ci sera fonction de l’imagination des visiteurs et visiteuses, bien sûr, mais on peut remarquer que le titre de l’exposition est la traduction portugaise des « Città invisibili » d’Italo Calvino, roman dans lequel l’écrivain italien décrit des villes rêvées et utopiques. Les compositions de Guilherme Parente se présentent également comme un foisonnement de détails en feu d’artifice de couleurs, qui plante un décor complètement impossible, mais dans lequel on reconnaît de minuscules personnages, des bateaux, des montgolfières, des maisons… Paysagiste dans l’âme, l’artiste abandonne le réalisme pour des envolées lyriques, renforcées par des teintes claires et la lumière d’un Sud aussi idéal qu’onirique. Et lorsqu’il évoque le mythe de Jonas et la baleine, cette dernière, avec son jaune ostentatoire, ressemble à un Pac-Man incongru. Télescopage de l’espace et du temps : une autre caractéristique de la poésie, après tout.

Emblématique de la manière de Guilherme Parente, le triptyque « Aqueduto » trône au milieu de l’espace d’exposition et attire l’attention immédiatement. On ne se lasse pas d’en découvrir les détails une fois la vue d’ensemble bien ancrée dans la tête. Ce qui frappe également, alors qu’on s’approche, c’est l’économie de moyens : peu de traits, beaucoup d’informations. Les petits formats sont tout aussi convaincants. L’aquarelle, d’ailleurs, se révèle un support idéal pour le style lumineux et coloré du Portugais, et apporte un contraste bienvenu avec les toiles plus monumentales.

Comme d’habitude au centre culturel portugais, le nombre d’œuvres exposées est limité par l’espace disponible. C’est pourquoi l’équipe de l’Institut Camões a pensé à compléter l’accrochage par plusieurs catalogues d’expositions précédentes, qui permettent de découvrir d’autres facettes du talent de l’artiste, actif depuis les années 1960. Un catalogue en portugais richement illustré est également proposé. Ces villes invisibles sont donc à voir, car au cœur de l’hiver grand-ducal, leur foisonnement de vie et de couleurs plein de poésie est presque gage d’une cure de luminothérapie.

À l’Institut Camões, jusqu’au 9 mars.

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