Sculpture : Construire le goût

Sous le titre « Des mondes construits », le Centre Pompidou de Metz propose une exposition thématique consacrée aux divers courants de l’abstraction en sculpture. Cet intéressant aperçu historique est illustré par des pièces majeures de l’institution.

Max Bill, « Unendliche Schleife », version IV, 1960-1961 (Photo : © ADAGP, Paris 2019)

La rupture avec la tradition, c’est un peu une constante de la recherche artistique. Qui s’intensifie au début du 20e siècle, lorsqu’une grande partie de la sculpture moderne cherche à sublimer le réel en le décomposant plutôt qu’en le reproduisant fidèlement. C’est l’époque des avant-gardes : cubisme, constructivisme ou art concret (même si celui-ci entend s’opposer à l’art abstrait tout autant qu’à l’art figuratif) s’épanouissent, le Bauhaus ou De Stijl cogitent. Les quatorze salles situées au deuxième étage du Centre Pompidou retracent cette époque de bouillonnement créatif, en apportant si nécessaire des clés de lecture pour les néophytes.

La première salle, étonnamment sans aucune des pièces majeures annoncées, illustre d’ailleurs bien la vocation didactique de l’exposition. Réalisé pour la circonstance, « Unboxing », de Falke Pisano, est un ensemble de boîtes et d’affiches qui constituent autant d’outils pour expliquer la sculpture moderniste. On y trouve des conversations imaginaires entre artistes pour clarifier leurs intentions sous forme de bandes dessinées, mais aussi des diagrammes qui représentent le chemin d’une œuvre depuis l’idée de l’artiste jusqu’à la visualisation par le public dans un espace donné. Pour celles et ceux qui apprécient l’art sans forcément en avoir appris les codes, cette introduction est idéale : elle permet de mettre l’esprit en condition pour l’exposition proprement dite.

Avec ces quelques clés, la salle suivante revêt déjà un aspect plus compréhensible. Consacrée aux « formes archaïques », elle rappelle l’influence des masques, totems et autres fétiches sur les avant-gardes primitivistes. Les petites sculptures d’inspiration soufie de Saloua Raouda Choucair lancent la visite, qui se poursuit avec une pièce de Mathias Goeritz sur les pyramides mexicaines. Le principe de l’exposition est simple : chaque espace est consacré à un courant, illustré par des œuvres du Centre Pompidou. La muséographie, constituée de courts textes explicatifs, est efficace.

On retrouve dans l’espace « vertical/horizontal » une des célèbres « Colonnes sans fin » de Constantin Brâncusi – petite fierté nationale grand-ducale, une photographie d’Edward Steichen montre le sculpteur au travail sur l’une de ses homologues. Un mobile d’Alexander Calder se glisse dans la pièce « mouvement, équilibre », tandis que la maquette pour « Circuit » d’Alberto Giacometti vient s’insérer dans celle consacrée à l’« instabilité ». Comme promis, les grands noms sont bien là. Mais les moins connus sont tout aussi intéressants. Impossible de mentionner les œuvres de la cinquantaine d’artistes de l’exposition, mais citons par exemple l’étonnant cocon de chrysocale (cuivre, étain et zinc) de Guillaume Leblon qui renferme des objets du quotidien qu’on ne peut voir, générant la curiosité. Ou « Untitled (Room 101) », de Rachel Whiteread, un moulage intérieur de la fameuse salle 101 du siège de la BBC, qui a donné son nom à la salle de torture du « 1984 » de George Orwell. Clin d’œil à cette technique bien particulière qui fait ressortir les détails d’une pièce en creux, inversant la perception et le regard, l’espace s’appelle ici « l’empreinte du lieu ».

« Des mondes construits » est une belle initiation à la sculpture moderniste, avec des exemples pertinents et variés. Qui s’inscrit également dans la durée, puisqu’elle restera ouverte jusqu’à l’été 2021. Un complément idéal de culture générale aux autres expositions temporaires qui débutent ces jours-ci.

Au Centre Pompidou de Metz, 
jusqu’au 23 août 2021.

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