Sur arte.tv : La maison de la rue en pente

Arte a déniché au Japon une série à l’atmosphère étrange et prenante, malgré un point de départ particulièrement tragique.

Photo : Wowow/Telepack/Yoshikazu Kato)L’expérience de jurée va bouleverser la vie de Risako.

Tout d’abord, il faut reconnaître à la chaîne de télévision franco-allemande le talent de promouvoir la diversité culturelle : malgré (ou grâce à) la concurrence des vidéodiffuseurs en ligne, elle creuse sa niche en proposant des séries de qualité venues du monde entier, et cela gratuitement. C’est en particulier le cas de « La maison de la rue en pente » (« Saka no tochuu no ie » en japonais), dont un fait divers effroyable constitue l’amorce. En effet, le procès d’une jeune mère pour infanticide est sur le point de commencer. Risako, une femme au foyer qui s’occupe de sa petite fille de trois ans, est convoquée au tribunal pour faire partie du jury. Même si, finalement, elle n’est désignée que comme jurée suppléante, elle se prête au jeu, entreprend de suivre les débats, se hasarde à donner son opinion lorsque les juges la sollicitent… le tout sous la pression de son mari Yoichiro, qui voit d’un mauvais œil cette émancipation, certes toute relative, de son épouse jusque-là effacée. Sans compter les pressions de la belle-famille.

À première vue, la série, adaptée d’un livre homonyme et réalisée par Yukihiro Morigaki, relève du genre judiciaire. Elle revêt cependant aussi une importante dimension sociale, car, après tout, qu’est-ce qui peut bien pousser une jeune mère à laisser tomber son nourrisson dans le bain jusqu’à la noyade ? Toute une société de pression évidemment, avant tout sur les femmes, que le réalisateur dévoile par petites touches et que le monde judiciaire semble bien connaître tout en la protégeant. Si parfois on a l’impression que la barque est particulièrement chargée, à la réflexion, ce Japon contemporain où l’épouse se doit d’être douce et aimante pour son mari et ses enfants n’est peut-être pas si éloigné, avec un vernis de politesse en plus, de notre société occidentale. Qui n’a jamais eu les sens irrités jusqu’à la colère par les pleurs de son propre bébé ? Mais en public, bien sûr, il faut sauver les apparences.

À l’image, « La maison de la rue en pente » bénéficie d’une réalisation fluide, dans des couleurs très naturelles, qui rendent les scènes de procès particulièrement crédibles. Mais la trouvaille consiste en la diffusion stratégique de séquences oniriques ou d’interviews télévisées, qui, obscurément d’abord et de manière de plus en plus explicite, dressent des parallèles entre l’histoire de Risako et celle de l’accusée. La lumière et le cadre deviennent par conséquent des éléments narratifs, dans une grande leçon d’efficacité sérielle. C’est ainsi que spectatrices et spectateurs peuvent peu à peu pénétrer dans l’esprit de cette femme au foyer dont la nomination au poste de jurée suppléante marque une prise de conscience. On vit au rythme de ses découvertes sur elle-même autant qu’au rythme du procès. Série judiciaire, série sociale, série psychologique : les points d’entrée sont multiples, les interprétations foisonnent.

De prédatrice à victime

La prestation de Kô Shibasaki, dans le rôle de Risako, est aussi pour beaucoup dans la réussite de la série. Les cinéphiles se souviendront peut-être d’elle dans le film culte « Battle Royale », il y a une vingtaine d’années, où elle jouait Mitsuko, l’une des élèves les plus retorses et les plus machiavéliques de cette classe envoyée sur une île pour s’entretuer. De prédatrice assumée, l’actrice devient ici mère au foyer d’abord effacée, qui va devoir affronter des démons réveillés par sa participation à un procès contre la volonté de son mari. Une victime, en somme. Pour celles et ceux qui ont vu le long métrage, il y a une certaine jubilation à regarder Kô Shibasaki, au visage toujours aussi angélique, incarner dans cette série l’exact contraire de son rôle emblématique. Au départ en tout cas… car c’est avec une maîtrise totale de ses gestes et de ses intonations qu’elle prête vie à son personnage, basculant dans la confusion au fil des épisodes, jusqu’à parvenir au bord de la folie.

D’une richesse et d’une profondeur imposantes, « La maison de la rue en pente » est une de ces séries qui, outre le dépaysement qu’elles procurent (ici, Japon oblige), restent bien longtemps en tête.

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