Sur arte.tv : Transferts

Arte rediffuse en ce moment « Transferts », une série d’anticipation initialement programmée en 2017. Malgré un budget serré, elle parvient à faire mouche en évoquant des sujets de société parfaitement actuels. Six épisodes à voir en ligne encore jusqu’en mai.

Florian ou Sylvain ? Pas facile d’insérer un esprit dans le corps d’un autre. (Photo : Laurent Thurin-Nal)

Un avenir proche, tout proche pourrait-on dire. Car on n’y trouve pas d’engins volants qui encombrent l’espace entre des tours transparentes gigantesques ni de robots humanoïdes indécelables. À part quelques gadgets un peu plus perfectionnés que ceux que nous connaissons aujourd’hui, la principale différence est médicale : on a trouvé le moyen de transférer l’esprit d’une personne dans le corps d’une autre. Devant les énormes problèmes éthiques que posait cette innovation, elle a pourtant été interdite après deux ans. Une police spéciale, la Brigade d’action contre le transfert illégal (Bati), a été mise en place pour faire respecter cette loi, bien entendu contournée par des organisations criminelles.

C’est dans ce contexte que Florian, un menuisier décédé cinq ans auparavant par noyade, se réveille dans un corps qui n’est pas le sien. Ironie du sort, c’est celui de Sylvain, un capitaine de la Bati tué dans une intervention. La substitution des esprits s’est effectuée dans un hôpital où le corps de Florian avait été conservé et où sa femme bénéficiait de complicités pour cette opération parfaitement illégale. Évidemment, entre l’impossibilité de révéler sa véritable identité à des collègues qui l’accueillent en héros ou à ses enfants qui ne voient en lui qu’un nouvel amant de leur mère, Florian n’aura pas une existence de tout repos, malgré cette vie supplémentaire et inattendue. D’autant qu’un phénomène mal connu, le « contre-transfert », se manifeste sporadiquement chez les personnes transférées, faisant ressortir des traits de caractère liés au corps qui sert d’hôte.

Si le point de départ de « Transferts » n’est pas en soi une nouveauté, la série montre beaucoup d’ambition dans les thèmes qu’elle aborde. L’angoisse devant l’altérité ou l’importance des questions éthiques s’y taillent la part du lion, bien entendu. « Ceci est mon corps », clame le slogan du prêtre-gourou qui pratique les confessions de masse virtuelles : le renouveau de l’Église catholique, ou du moins d’une certaine Église qui surfe sur les peurs liées aux transferts, est aussi habilement décrit et fait écho à la résurgence des fondamentalismes actuels. Comment pourrait-il en être autrement, puisque le transfert d’un esprit dans un corps différent semble confirmer le concept d’âme ?

Mine de rien, sous couvert d’une intrigue finalement policière dans un avenir technologiquement avancé, « Transferts » ouvre la porte à des interprétations et exégèses multiples. Et surtout rejoint un débat terriblement actuel : que valent les lois éthiques face à la toute-puissance de l’argent ? Car ce sont bien les ultrariches, après l’interdiction des transferts, qui peuvent encore se payer la vie éternelle de leur esprit. Quoique cela soit plus compliqué que prévu… La série ménage donc beaucoup d’interrogations, et c’est tout à son honneur.

Il est vrai que cette profondeur des thèmes abordés masque une production au budget restreint. Le scénario est bien ficelé, mais doit par moments utiliser des raccourcis simplistes ; un ou deux épisodes de plus, par exemple, auraient pu permettre un déploiement plus homogène. Les décors sont tellement épurés qu’on y sent le manque de moyens. Les images parfois peu soignées (pas forcément pour faire naturel) et la distribution inégale peuvent donner le sentiment d’une série au rabais. On voit clairement à l’écran les difficultés qui sont survenues lors du tournage en Belgique, malheureusement juste après les attentats de Bruxelles. Et puis, vraiment, une série de science-fiction française à l’intrigue résolument policière, peut-on y croire ?

Toujours sur un fil, « Transferts » alterne le bon et le moins bon, mais finit par installer une atmosphère malgré ses défauts. Peut-être, justement, parce que la série ne cherche pas à forcer l’anticipation. Elle regroupe habilement les peurs de notre époque, les défis de la science et de la politique, puis en présente une synthèse qui fait réfléchir, à laquelle on peut se raccrocher sans effort d’imagination. Si la séduction n’est pas immédiate, elle opère sur la durée. Durée relativement courte, d’ailleurs, puisque malgré le souhait des concepteurs de proposer une deuxième saison, rien de concret ne semble encore avoir abouti en ce sens. Autre question existentielle, tiens : faut-il toujours une deuxième saison ?

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L’évaluation du woxx : XX


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