Vidéo : Lueurs d’espoir

Petite vidéo, grande impression. Les portraits de « Femmes » accompagnées par le Samusocial bruxellois sont glaçants dans leur sobriété, mais aussi porteurs de nouveaux départs positifs.

Photo : Neimënster

Deux fauteuils, un écran et une vidéo d’une dizaine de minutes, c’est tout ce dont « Femmes » a besoin pour d’abord faire pester contre le genre humain puis amorcer déjà une réconciliation. Pas de mouvement non plus : aux quatre témoignages successifs qu’on peut découvrir correspondent quatre clichés de Gaël Turine, sur fond neutre, avec un éclairage presque clinique qui ne cherche pas à dissimuler les imperfections. En voix off, les textes d’Anne-Cécile Huwart privilégient les phrases simples et les descriptions factuelles pour évoquer les quatre histoires, distillant cependant au passage des citations chocs.

« Heureusement que j’ai croisé le Samu, sinon j’aurais mis fin à mes jours », confie une des femmes qui ont accepté de voir leur témoignage rendu public. Enceinte à 18 ans, séparée d’un premier compagnon après 13 ans de vie commune, elle rencontre un autre homme qui se révèle violent. Alors qu’il a brisé une vitre, il lui lance : « Soit tu recules et tu marches dans les morceaux de verre, soit tu avances et tu te prends un coup de boule. » Et pourtant, rien ne la préparait à sombrer dans la spirale qui l’a menée à la rue, elle qui affirme avoir eu une enfance heureuse et une scolarité normale.

Une enfance heureuse et une scolarité normale, d’autres femmes qui témoignent en auraient cependant rêvé. Pour l’une, arrivée en Belgique depuis le Maroc à 18 ans, le dépaysement provoque une dépression et le début d’une descente vers la précarité. « On n’échappe pas à son enfance », dit-elle, avant d’évoquer les maltraitances de sa mère, qui allait jusqu’à lui mettre un couteau sous la gorge. Pour l’autre, c’est le viol par son père adoptif – elle accouche d’un premier enfant à l’âge de 15 ans – qui déclenche tout. Et une constante se dessine dans ces destins de femmes cabossées par la vie : la violence masculine.

Tendance confirmée pour une dernière victime soutenue par l’asbl bruxelloise de lutte contre l’exclusion. Père proxénète, mère prostituée : le milieu la marque dès son enfance, elle se drogue, elle boit. La rencontre avec un compagnon brutal la mène à la rue, où elle restera dix ans. « Vous savez, j’ai été mannequin », parvient-elle tout de même à dire en posant, un peu bravache. Car ce que ces femmes ont en commun aussi, c’est la volonté de s’en sortir bien sûr, épaulées qu’elles sont par le Samusocial. Une belle façon de mettre en valeur le travail de celles et ceux qui les accompagnent au quotidien sur le terrain, après le scandale de la rémunération des membres du conseil d’administration en 2017, qui a conduit notamment à la démission du bourgmestre de Bruxelles.

La vidéo est donc forte et marquante. Cependant, puisque le texte de présentation nous apprend que « ces quatre témoignages ne constituent qu’un extrait d’une série de quinze portraits », on se prend à se demander pourquoi on ne peut voir plus de résumés de ces vies qui se réparent à l’écran. Volonté de limiter la durée de visionnage en ces jours pandémiques… ou plus sérieusement peur de lasser, certains parcours présentant, on l’a vu, un certain nombre de similitudes ? Peut-être, mais l’expérience est bien courte, trop même, pour ce qu’elle aurait pu contenir de plus en émotions si elle avait duré plus longtemps.

À Neimënster, jusqu’au 31 mars.

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