Martin Scorsese: Gangs of New York

La dernière image de „Gangs of New York“ montre la skyline de Manhattan et ses
„Twin Towers“ intactes. C’est que ce film examine une violence propre à l’Amérique …

SCORSESE HISTORIQUE

Naissance d’une nation

(gk) – Il voulait un long métrage de 220 minutes. Son producteur, Harry Weinstein, l’a forcé à le réduire à 170. Ce qui ne donne finalement pas un film sans longueurs.

La trajectoire de Martin Scorsese – ô combien vénérée et ce à juste titre – est faite de films tiraillés intérieurement entre deux désirs d’auteur cinéphile: l’un est de rendre hommage aux classiques américains; l’autre, c’est d’être un cinéaste dont l’audace formelle peut tenir tête à ce que fut la modernité européenne.

Maintenant, avec „Gangs of New York“, Martin Scorsese met en jeu sa crédibilité hollywoodienne. Curieusement, son aura de plus grand cinéaste américain vivant ne suffirait donc pas à l’industrie cinématographique américaine pour laisser travailler en paix l’auteur italo-américain, dont le dernier succès commercial remonte à 1991 („Cape Fear“).

Scorcese a choisi de faire un grand film classique avec „Gangs of New York“. La base de son intrigue: une quête de vengeance sur laquelle est greffé un triangle amoureux. Deux hommes s’affrontent, tandis que la femme – qui sait les aimer tous deux plus qu’ils ne l’ont mérité – ramasse les miettes.

Les deux hommes sont les chefs de deux tribus barbares. L’une se nomme „The Natives“, omettant que les véritables „natives“ américains ont été décimés par l’intrus „civilisé“, ce qui n’est qu’une caractéristique de leur racisme virulent. L’autre gang se fait appeler les „Dead Rabbits“ et est formé par des Irlandais immigrés plus récemment. Ils se battent pour le pouvoir dans les rues de New York et négligent le fait que le véritable combat à faire serait une lutte des classes, les riches bourgeois étant toujours prêts à diriger une moitié des pauvres contre l’autre pour assurer leur bien-être.

L’affrontement entre Daniel Day-Lewis, en Bill le Boucher à l’oeil de verre, et Leonardo DiCaprio, en Amsterdam Vallon venu venger son père à l’aide de sa seule jeunesse intrépide, prend des allures shakespeariennes dans ce film. Et le téméraire DiCaprio ne pâlit pas devant la verve de grand acteur de composition dont fait constamment preuve Day-Lewis. Ils jouent tous deux des personnages tellement aveuglés par leur fierté, qu’ils en perdent de vue le monde autour d’eux. D’ailleurs, ils sont incapables de comprendre que les changements qu’encour-ce dernier depuis peu puissent se faire sans eux, et même malgré eux.

Car contrairement à l’habitude scorsésienne de montrer des personnages restreints à leurs environnements personnels, c’est ici l’histoire (celle avec le grand H), qui viendra détruire les espoirs de rédemption quelconques que peuvent nourrir ces héros. Peu importent leurs prières finales, qui les montrent tous assurés du soutien de leur dieu respectif, leur petit rendez-vous sera manqué. Face aux canons, leur rivalité n’aura plus de sens. Devant l’histoire en marche, Bill le Boucher et Amsterdam Vallon sont tous deux pareils: de petites frappes sans grande importance.

Sans gloire

Pour Scorsese, c’est de la division idéologique qui provoqua la guerre de Sécession que naîtra la véritable Amérique. Et personne dans ces „Gangs of New York“ n’aura une part de la gloire historique qui survivra à la boucherie guerrière.

Montrer comment la grande histoire détruit l’histoire personnelle – contrairement à la traditionnelle méthode de montrer les deux en phase -, est la grande force de ce film épique.

La petite histoire en prend forcément un coup. C’en est malheureusement de même pour l’intérêt que lui porte le public.

Amsterdam s’infiltre d’abord dans le gang de Bill pour l’assassiner, au lieu de l’affronter directement. C’est là qu’il rencontre la voleuse Jenny (Cameron Diaz), qui porte également des cicatrices du passé … Dans cet épisode, Bill prend toute son envergure de figure paternelle pour Amsterdam.

Les conflits intérieurs de ces personnages sont donc des plus intéressants mais, même s’ils sont clairement dessinés par Scorcese, ils semblent souvent freiner le film par une certaine fadeur, face aux actions de la foule en ébullition. Les 50 minutes qui manquent finalement à ce film y sont sans doute pour quelque chose.

A l’Utopolis et au Ciné Cité.


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