Mullan Peter: The Magdalene Sisters

Peter Mullan aurait-il fait un tour en enfer? La manière dont il aborde le sujet épineux des blanchisseries irlandaises le laisse supposer fortement …

COMBAT DE FEMMES

Dans son dernier long métrage „The Magdalene Sisters“, le réalisateur Peter Mullan semble avoir conclu un pacte avec le désespoir, tellement sa représentation en est troublante de vérité. Ce drame britannique montrant l’enfermement féminin dans les couvents irlandais s’est vu remettre le Lion d’or à la 59e Mostra de Venise. Il s’agit là du second film de Peter Mullan. On avait déjà pu le découvrir en tant qu’acteur dans divers longs métrages, entre autres „Petits meurtres entre amis“(1994) et „Trainspotting“ (1996), tous deux réalisés par Danny Boyle en 1994, ou encore „Braveheart“ (1995) de Mel Gibson. Peter Mullan n’en est d’ailleurs pas à sa première récompense; en 1998, il décrocha le prix d’interprétation masculine à Cannes pour „My Name is Joe“ de Ken Loach.

Le film, justement applaudi au terme de sa projection publique, dévoile les abus perpétrés par certains établissements religieux. Bien accueilli par la critique, il a inévitablement engendré une certaine controverse auprès des catholiques, qui estiment avoir été représentés de manière „infâme et calomnieuse“.

Le film retrace l’histoire parallèle de trois jeunes femmes irlandaises dans le comté de Dublin, en 1964. Margaret, interprétée par Anne-Marie Duff, est violée lors d’un mariage par son cousin. Bernadette (Nora Jane Noone), jeune orpheline, a comme unique défaut d’être trop jolie et de susciter, par conséquent, la convoitise des jeunes hommes. Enfin, Dorothy Duffy, Rose à l’écran, vient de mettre au monde un petit garçon alors qu’elle n’est pas encore mariée. Dans les trois cas, la honte s’abat sur leurs familles respectives qui les envoient, orgueil et honneur exigent, au couvent des s´urs Marie-Madelaine. Cet établissement, une blanchisserie tenue par des nonnes, est censé, par le travail et la prière, sauver leur âme et ainsi leur ouvrir les portes du paradis. Mais, à peine entrées, les trois protagonistes découvrent un endroit impitoyable dirigé par S´ur Bridget. Dès lors, leurs journées sont rythmées par le travail et le silence obligatoire n’est brisé que par les prières quotidiennes.

Refuge pour tenancières

Dans cette ambiance pesante et suffocante, les s´urs dictent une loi sans demi-mesure, qui a pour seul but de faire travailler des femmes asociales, ou plutôt considérées comme telles, afin de rentabiliser un commerce supposé être secondaire. Cette institution, censée guider les âmes perdues vers le droit chemin, se dévoile donc bien vite n’être un refuge que pour les seules tenancières, aveuglées par le profit et leur propre cupidité. L’absolution de l’âme n’est plus qu’un prétexte et les paroles religieuses sont employées de façon purement démagogique. Tout contact vers le monde extérieur est formellement interdit. Le moindre écart est violemment puni, afin de posséder et de manipuler les jeunes femmes par le biais de la terreur. Toute cette torture psychique, Peter Mullan nous l’expose à travers le personnage de Crispina (Eileen Walsh), jeune fille naïve complètement envoûtée et abrutie par le pouvoir des nonnes. Elle représente à elle seule toute la résiliation d’une vie meilleure.

Le réalisateur articule d’ailleurs majestueusement sa dénonciation à la fois virulente et crédible de l’église, en conférant à tous ses personnages une puissance symbolique tout à fait particulière, les transcendant ainsi de simples êtres vivants en subtiles allégories. Citons comme exemple le cas de S´ur Bridget, incarnant à la perfection l’avarice, ou celui du prêtre, expression en personne de la luxure. Là où l’´uvre de Peter Mullan prend vraiment toute sa puissance, c’est lorsque la fiction rejoint la réalité. Ce type de blanchisseries ne fut, en effet, pas une rareté en Irlande; plus de 30.000 femmes ont été maltraitées et violentées dans ces pseudo-centres de redressement, et ce jusqu’en 1996!


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