Beuriot & Richelle: Amours Fragiles: 1. Le Dernier Printemps

von | 10.08.2001

Avec „Amours fragiles“ Beuriot et Richelle nous prĂ©sentent l’avant-guerre du point de vue d’un jeune Allemand.

Beuriot & Richelle: Amours Fragiles: 1. Le Dernier Printemps (Casterman / 86 p. / 559 F

Romeo et Juliette en Allemagne Nazie

Le dessinateur Jean-Michel Beuriot et le scĂ©nariste Philippe Richelle commencent leur cycle „Amours fragiles“ (Casterman) au bord de la MĂ©diterranĂ©e en 1942. Dans une belle villa au bord de la mer, la jeune Catherine semble avoir une liaison secrète avec une connaissance de son mari, Xavier Gance, un homme riche et oisif. Le lecteur dĂ©couvre avec surprise que l’amant est un officier allemand de vingt-huit ans qui essaie de comprendre comment il en est arrivĂ© lĂ  depuis 1932, quand il Ă©tait encore lycĂ©en quelque part en Allemagne. Le premier tome, „Le dernier Printemps“, raconte son histoire.

Martin Mahner et son ami GĂĽnther sont des garçons issus de deux familles bourgeoises, et leurs intĂ©rĂŞts vont des filles Ă  la littĂ©rature. Martin, beaucoup plus timide envers les femmes, souffre des convictions politiques de son père, un anticommuniste fĂ©roce qui applaudit l’ascension progressive des nazis. Le père Mahner et son copain Gustav ne manquent aucun discours d’Adolf Hitler sur leur poste TSF et, après quelques bières, rĂŞvent Ă  un bel avenir pour leur pays. En bon fils, Martin ne rouspète pas, mĂŞme quand son père veut le forcer Ă  Ă©tudier le droit, comme l’a fait son brillant cousin Paul. ExaspĂ©rĂ©, il cache initialement son dĂ©dain pour l’idĂ©ologie de l’extrĂŞme-droite, qui commence Ă  empoisonner son entourage, et il se tourne plutĂ´t vers la nouvelle fille d’Ă  cĂ´tĂ©, Katarina Braun. Fille de mĂ©decin, elle vient d’emmĂ©nager et les deux jeunes gens dĂ©couvrent une passion commune pour les romans de Stefan Zweig.

Un amour impossible?

Malheureusement pour Martin, Andrea, une copine de Katarina, tombe amoureuse de lui tandis que Katarina sort avec le superficiel GĂĽnther, vu que Martin souffre d’une timiditĂ© quasi pathologique. Martin ne se sent pas attirĂ© par l’Ă©nergique Andrea et il renoue avec Katarina quand elle lui confie qu’elle est juive. Elle commence Ă  ĂŞtre exclue du cercle de ses amies Ă  l’Ă©cole; son père a Ă©galement des problèmes, car ses patients sont dĂ©couragĂ©s par des SA devant sa porte. MĂŞme le père de Martin, qui avait quand mĂŞme cru que Hitler saurait choisir entre les bons Juifs intĂ©grĂ©s et les bolchĂ©viques, ne peut plus aller chez son tailleur Rosenthal. Autour de lui, Martin voit des gens disparaĂ®tre, perdre leur emploi – comme son professeur de littĂ©rature – ou ĂŞtre arrĂŞtĂ©s; la police a en effet tous les pouvoirs après l’incendie du Reichstag. GĂĽnther se laisse aussi sĂ©duire par la politique des emplois et minimise la suspension des libertĂ©s civiques si elle permet de combattre les agitateurs qui en veulent Ă  une Allemagne forte.

Martin doit choisir son camp le jour oĂą il se bat avec deux SA qui agressent Katarina. L’un d’entre eux est un ancien camarade de classe qui prend visiblement sa revanche pour avoir Ă©tĂ© taquinĂ© et ridiculisĂ© Ă  l’Ă©cole. Il fait comprendre Ă  Martin que tout le monde porte une part de responsabilitĂ© pour ce qui est en train d’arriver. Le père Mahner envoie son fils en Bavière, chez son oncle, un modeste fabricant de nains de jardin, afin qu’il y rĂ©flĂ©chisse Ă  ses actes. La tante de Martin intercepte le courrier de Katarina, et les jeunes amoureux restent sans nouvelles l’un de l’autre alors que les Ă©vĂ©nements se prĂ©cipitent dans leur ville.

Une BD courageuse

Beuriot et Richelle ont le courage de montrer l’avant-guerre en Allemagne avec beaucoup de sympathie pour leurs caractères et ils font preuve d’une bonne connaissance des faits. Parfois, „Le dernier Printemps“ tombe dans le didactisme, surtout quand les personnages „expliquent“ les faits historiques. Ceci donne Ă  ce rĂ©cit un lĂ©ger caractère de leçon d’histoire pour ceux qui ne connaissent des Allemands que le clichĂ© de nazi abruti des films français. Cette approche n’est donc pas une mauvaise initiative. Les dessins en couleur pastel sont doux comme s’ils essayaient de prouver que le plus grand mal peut se cacher derrière les choses les plus inoffensives. La plus grande rĂ©ussite des deux auteurs rĂ©side dans la description de l’inertie de la plupart de la population, incarnĂ©e par le jeune Martin. Beaucoup de gens ne veulent pas croire au pire et ce n’est que lorsqu’il est trop tard qu’ils se voient face Ă  des choix difficiles. Sans jamais voir un portrait d’Hitler, nous ressentons très bien la peur qui s’intensifie et nous comprenons que la vie des gens simples est bouleversĂ©e Ă  tout jamais. „Le dernier Printemps“ n’arrive pas Ă  contourner quelques stĂ©rĂ©otypes, mais les personnages attachants ainsi qu’un suspense subtile donnent envie de connaĂ®tre la suite racontĂ©e dans „Un EtĂ© Ă  Paris.

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