WOODY ALLEN: Elle l’avait pourtant bien prédit

Dans « Cassandra’s Dream », Woody Allen reprend là où il avait laissé son public après « Match Point » : dans le dilemme entre réalité et vie fictive qui débouche sur le drame.

Deux frères et
un mauvais rêve :
Colin Farell et Ewan McGregor dans «Cassandra’s Dream»

Pour le dire d’emblée, les rares spectateurs qui ont laissé échapper un rire ou deux en regardant « Cassandra’s Dream » étaient plutôt suspects de rire jaune que de rendre hommage au maestro des pointes et des quiproquos tragicomiques qu’est Allen. Le film n’est définitivement pas drôle.

Mais ce n’est pas un défaut, car sur ses vieux jours, Allen surprend par une mise en scène rigoureuse, juste et sobre, rendant ainsi au cinéma américain ce qu’il avait perdu depuis longtemps : l’art de se passer d’effets spectaculaires.
Et ce n’est peut-être pas un hasard que le film joue, tout comme « Match Point », en Grande-Bretagne et non pas à Manhattan. Deux frères, Ian et Terry – le cerveau et la brute, bien campés par le duo Ewan McGregor et Colin Farell – se débrouillent tant bien que mal dans leur vie londonienne médiocre. Le premier aide leur père à sortir son petit restaurant de l’impasse financière, tandis que le deuxième est mécanicien dans un garage. Leur problème est qu’ils attendaient plus que cela de la vie et que, la trentaine approchant à grands pas, ils commencent à prendre peur de passer toute leur vie dans la médiocrité qui les entoure.

Surtout que leur vie n’a pas toujours été ainsi : enfants, ils étaient dorlotés par leur riche oncle Howard, qui possède une grosse chaîne d’hôpitaux spécialisés en chirurgie esthétique. Et c’est dans cet esprit, dans cette nostalgie de leur enfance heureuse qu’ils décident d’acheter un voilier. Même si aucun des deux n’est en état de pouvoir se payer un tel luxe, leur envie d’une vie meilleure est plus forte que la raison. Et de toute façon, l’oncle Howard est toujours en vie et n’a jamais renoncé à sortir sa famille du pétrin. Le comportement des deux est ainsi axé sur un double mensonge : par rapport à eux-mêmes et par rapport à autrui. Cette disposition au mensonge social se reflète dans beaucoup de petits détails tout au long du film. Par exemple, quand Ian emprunte des Jaguars dans le garage de son frère pour séduire une belle actrice, ou quand Terry offre un nouveau sac Gucci à sa petite amie, sans lui dire qu’il l’a payé avec de l’argent gagné au poker. Ce château de cartes, dans lequel les deux frères se sont si confortablement installés, risque de s’effondrer à chaque moment, surtout après que Terry a perdu une nette somme au poker : 90.000 livres sterling. Pas besoin de convertir en euros pour savoir qu’ils sont dans la merde.

Mais la cavalerie – sous forme du riche oncle – n’est pas loin. Et c’est ainsi que, lors de l’un de ses rares passages dans son pays natal, les deux frères demandent son support. L’oncle est prêt à les aider, mais à une condition : tuer un de ses ex-associés qui menace de le balancer à la justice pour quelques sombres affaires du passé. Mis devant cette alternative, le drame s’enclenche irrémédiablement pour les deux frères.

Ce qui étonne dans « Cassandra’s Dream » c’est qu’il se dispense de tout effet pathétique, tout en délaissant la critique sociale. Ce n’est pas la faute à la société que les deux frères se retrouvent dans le pétrin, mais bien la leur. Allen filme leur descente aux enfers avec beaucoup d’humanité et d’amour – sans pourtant en faire des martyrs.

« Cassandra’s Dream », à l’Utopia


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