MARTIN MCDONAGH: Bruges-les-Morts

Avec « In Bruges » c’est la Belgique qui se trouve à l’écran, dans une comédie dramatique un peu convenue.

N’ont pas forcément envie de vacances familiales: les deux tueurs Ray et Ken.

On le sait, les tueurs à gages n’ont pas trop la morale. Pourtant, il y a des choses à ne pas faire. Comme tuer un enfant, même pas lorsqu’il s’agit en fait d’un accident et que le meurtrier en question le regrette amèrement. Rien à faire, Ray (Colin Farell) – tueur anglosaxon, beau gosse et un tantinet blanc-bec – est envoyé par son boss faire un tour à Bruges, histoire de se calmer les nerfs, d’attendre que les vogues se calment en Grande-Bretagne et de se faire oublier. En compagnie de son mentor Ken, Ray accepte cette mise au placard temporaire et s’installe dans la très belle ville médiévale au coeur de la Belgique. Alors que le vieux Ken s’accoutume très vite aux couleurs et m?urs locales – les bières belges aidantes – Ray ne supporte que très mal son séjour à Bruges. Mais tout va mal tourner – bien-sûr, il s’agit de « bad guys » tout de même – et le boss va ordonner à Ken de se débarasser de celui dont il a fait un tueur à gages. Commence alors une sanglante chasse à l’homme.

Ce ne sont pas tant les acteurs qui rendent ce film intéressant et surtout très beau, mais Bruges, cité médiévale flamande, touristique certes, mais surtout comme endormie dans une boucle temporelle. Et ce n’est même pas la première fois que cette ville joue un premier rôle dans une grande oeuvre d’art. Déjà dans le roman de Georges Rodenbach intitulé « Bruges-la-Morte », considéré comme un des premiers et principaux chefs d’oeuvres du symbolisme francophone, un homme erre à travers les rues, arcades et canaux poursuivie par une morte – sa femme en occurrence, qu’il cherche à remplacer en épousant une autre qui lui ressemble étrangement. D’ailleurs, le roman de Rodenbach est aussi exceptionnel à un autre titre : pour mieux plonger le lecteur dans l’atmosphère glauque, triste et hors-du-monde de la ville, le romancier l’a fait illustrer par des cartes postales, ce qui fait de « Bruges-la-Morte » le premier roman-photo de l’histoire. Mais, les parallèles s’arrêtent là, car « In Bruges » n’atteint jamais les sommets de mélancolie que survole Rodenbach et reste avant tout une comédie.

Mais il y a une chose pourtant, que le roman pourrait envier au film : les habitant-e-s de la ville. Ou plutôt, ces curieux belges. En effet, le cinéma semble se rendre compte enfin qu’il existe un pays entre la France et l’Allemagne et qu’il est bien plus intéressant que les deux car difficile à cerner et surtout farouchement indépendant. La population de Bruges agit sur les deux tueurs comme un agent révélateur. Ken semble enfin satisfait de sa vie et retrouve le calme qui lui manquait pendant tant et tant de décennies – il accepte même la mort à Bruges, parce que selon lui elle serait plus douce – et Ray se confronte à tout ce qui sommeillait en lui, y compris l’amour qu’il rencontre sous la forme de la belle et mystérieuse Chloë.

« In Bruges » est mi-figue, mi-raisin : on succombe avec les personnages aux charmes de la ville, mais à la fin il ne reste qu’un film d’action saupoudré d’humour noir de plus.

« In Bruges », à l’Utopolis.


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