ELECTIONS 2009: Visite au mausolée

Pour débuter sa série sur les partis en lice pour les élections de 2009, le woxx commence par le plus petit d’entre eux : le parti communiste.

Excursion dans le passé: le président du PCL, Ali Ruckert.

Dimanche matin : les rues de la métropole du fer sont presque vides. Dans les cafés situés près de la gare, ceux qui n’ont pas encore fini leur soirée s’attardent autour de quelques dernières tournées de moins en moins bruyantes. D’autres se pressent autour d’un café avant d’entamer une journée de travail dominical dans une station-service du coin. Le soleil dissout petit à petit l’épais manteau de brume dont la ville d’Esch s’est couverte cette nuit et sur l’avenue face à la gare apparaissent quelques silhouettes de gens bien actifs. A l’âge de la retraite pour la plupart, ils semblent mus par ce mélange d’excitation et de rigueur que produit la perspective d’un rituel communautaire. Et pourtant, il n’y a pas d’église dans les environs… L’explication est simple : cette petite demi-douzaine de vieux et de moins vieux s’apprête à célébrer le 32e congrès du parti communiste luxembourgeois (PCL).

Dommage que la salle de la Maison du Peuple ait été refaite. Si le décor original était encore en place on pourrait vraiment y croire. Croire à quoi, d’ailleurs ? Que le PCL est un parti important, que le Luxembourg compte plein de communistes ou encore qu’il n’y a rien à regretter du passé. Mais malheureusement, le 21e siècle touche même les plus réticents, donc aussi nos crypto-communistes locaux.

Si l’organisation interne du parti n’a pas vraiment évolué au cours de ces dernières décennies, le programme – vu l’actualité de la crise financière – devrait du moins s’adapter à ce qui se passe dans le monde. Et de prime abord, c’est le cas. « Moïen, ech sin erem do », proclame un Karl Marx barbu et prêt à la reprise de la lutte des classes sur un transparent qui trône au-dessus de la salle entière. Mais, celles et ceux qui s’attendaient à ce que le PCL s’adapte vraiment à la situation et propose des solutions pragmatiques ont vite été déçu-e-s à la lecture des revendications que les communistes désirent mieux faire connaître à la « population travailleuse ». En somme, ils demandent la socialisation des banques, des grandes entreprises et de l’ensemble du secteur de l’eau et de l’énergie. Autres revendications : la limitation de la richesse et des profits des actionnaires, l’abolition du secret bancaire ainsi que de l’armée.

Alors que le monde financier semble enfin se plier à leurs idées – un peu du moins – les communistes ne font rien pour récupérer cette énergie et la transmettre positivement. Au contraire, ils continuent de patauger dans leurs revendications vieilles de plusieurs siècles. Au lieu de chercher des réponses pragmatiques à la crise, ils nous reparlent de vieilles lubies comme la sortie de l’Otan – qui, même si elle était réalisable voire souhaitable, n’aurait aucun effet réel sur les conditions de vie des « masses travailleuses ». Le Luxembourg n’étant pas un de ces pays où les excès d’armement frappent directement la population.

« Moien, ech sin erem do »

C’est dommage, car un parti communiste qui renaîtrait de ses cendres et montrerait une vraie vitalité ainsi qu’une vraie volonté de dialogue n’aurait certainement pas nui à cette campagne électorale qui s’annonce a priori sans grandes surprises. Ce sont surtout ce manque de pragmatisme et le refus intégral de la réalité qui rendent difficile de vraiment s’identifier avec les idées communistes de nos jours. Le PCL, qui a sans conteste joué un rôle politique majeur dans ce pays – un rôle d’ailleurs souvent occulté – ne veut pas savoir que son poids politique est carrément nul et refuse de se comporter comme un parti qui n’a rien à perdre, mais tout à gagner. Au contraire, on a souvent l’impression que les communistes pensent toujours qu’on les écoutera parce qu’ils sont communistes.

Au lieu de débattre sérieusement du présent et du futur, lors de son discours, le président du comité central Ali Ruckert préfère évoquer le passé et resasser une enième fois l’histoire des martyrs communistes. En ce qui concerne la situation actuelle, aucun doute : les communistes ont les bonnes solutions et font tout le temps les bons choix. Refus de la tripartite ? Bien sûr, ce n’est qu’un moyen pour mieux embobiner les syndicats. Ces mêmes syndicats qui sont fustigés d’opportunistes quelques phrases plus loin, pour avoir accepté la manipulation de l’index, tandis que Ruckert se targue d’être à la tête du seul parti à avoir clairement mené une campagne contre cette manipulation. Curieusement, le mouvement qui devrait être le proche du PCL, déi Lénk, revendique la même chose.

Puis c’est autour des autres forces politiques du pays à être passés au crible par Ruckert. Bon, le CSV c’est pas la peine, juste une chose : les chrétiens-sociaux restent le meilleur ennemi du PCL. Et pour cause, dans la mythologie loufoque des communistes CSV et PCL sont les seuls vrais adversaires de taille égale, le reste n’est que masse négligeable. Sinon, les socialistes restent des traîtres, ce qui n’étonnera personne, tandis que les Verts sont des traîtres bis, et puis le DP, n’en parlons pas. L’ADR est – aux yeux de Ruckert – un parti populiste qui a malheureusement réussi à drainer un électorat potentiel. Au lieu de se désoler de ce fait, les communistes feraient mieux de se demander pourquoi. Car honnêtement, chaque voix qui ne va pas aux populistes de Gibérien et de Mehlen est une voix de gagnée.

Mais le plus long passage est reservé au pire ennemi du PCL : déi Lénk. La plateforme de gauche a droit à un traitement spécial de la part de Ruckert. En long et en large il explique pourquoi – selon lui – une alliance quelconque entre PCL et déi Lénk serait à exclure. D’abord Ruckert les désigne comme une bande de traîtres qui feraient des compronis en politique juste pour toucher au pot des subventions européennes, par le biais de l’intégration du parti européen de gauche, de tendance réformiste. Sans vouloir prendre parti, il faut relever que cet argument est dépurvu de poids, car pourquoi laisser s’échapper des subventions pour mieux faire passer son message et mieux organiser des actions ? Est-ce mieux de lamenter dans son coin et de ne pas bouger parce que le monde est plein de traîtres ? Et puis la coopération européenne entre partis de gauche demande des compromis et pas des moindres, ce qui – en fin de compte – peut être positif.

Ensuite, les vieilles lubies sur le krach entre communistes de pure souche et réformateurs qui auraient abandonné les idéaux sacro-saints une fois l’Union Soviétique sortie de l’histoire. Nous ne voulons pas retracer ici toutes les différentes versions de ce conflit, mais juste en profiter pour mettre une remarque : ce n’est pas en dénigrant ceux qui sont politiquement proches d’eux que les communistes pourront changer les choses. Au contraire, se réjouir d’une défaite électorale de la gauche parce que ni eux, ni leurs adversaires ont su gagner quoique ce soit relève d’un niveau mental plutôt enfantin et montre l’isolation et la psycho-rigidité de nos communistes. Dire que déi Lénk ne dispose pas d’un programme électoral clair, ce qui était le prochain et dernier argument de Ruckert, ne sauve pas la mise dans ce cas. Certes, c’est une critique que certains trouvent fondée et dont on pourrait discuter. Mais comment discuter avec un parti communiste qui – même après plusieurs offres – refuse tout dialogue ?

Alors que la crise financière offre aux partis de gauche pour une fois une réelle opportunité d’être écoutés par une frange plus importante de la population, les communistes se terrent dans leur mutisme et leurs « self-fulfilling prophecies ». Une attitude qui, surtout dans des temps de crise, est non seulement peu louable, mais presque une trahison de leurs propres idéaux.


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