TOM TYKWER: Forever in debt to their priceless advice

« The International » de Tom Tykwer est certes un film ambitieux, mais ne réussit pourtant pas à atteindre ses objectifs.

Veulent casser la banque: les agents Salinger et Whitman.

De deux choses l’une : ou on fait un film engagé qui explicite en détail les mécanismes du pouvoir et de la mauvaise gouvernance et on risque d’ennuyer profondément Hollywood. Ou on produit encore un de ces thrillers à la chaîne, beaux agents ténébreux et belle et blonde enquêtrice à l’appui. On pourrait aussi combiner les deux, mais pour cela il est évident que Tom Tykwer n’est pas à la hauteur.

Pourtant, le synopsis de « The International » est plutôt alléchant : une task force internationale, composée d’une jolie procureur new-yorkaise, Eleanor Whitman (Naomi Watts), et le bureau d’Interpol à Lyon – représenté par l’agent Salinger (Clive Owen) – essaient de faire tomber une grosse banque, la IBBC, dont le siège se trouve à ? Luxembourg-Ville. Cette banque s’est spécialisée dans le blanchiment et dans le trafic d’armes. Leur idée est simple, efficace et malheureusement très réaliste : rendre dépendants des meneurs politiques du Tiers Monde par le biais des dettes encourues. La banque aide ses clients à se procurer des armes – souvent des missiles sol-aires d’origine chinoise – par lesquelles ces derniers se hissent au pouvoir. Une fois arrivés là-haut, ils resteront endettés et à la merci de la IBBC – qui, au cas où ils ne réussiraient pas leur coup d’Etat, n’aurait aucun scrupule à financer son adversaire.

Voilà un pan de l’histoire : le système complexe par lequel les capitalistes occidentaux réussissent toujours à contrôler les pays du Tiers Monde, quelque soit la politique officielle. « You control the debt, You control the conflict », comme le dit un des interlocuteurs interrogés par Whitman et Salinger – typiquement européen d’ailleurs de donner des noms littéraires à ses protagonistes.

Mais ce n’est malheureusement pas le seul élément typiquement européen. Il y a encore la morale et la situation complexe allemande, dont la présence dans le plot est plutôt artificielle, incarnés ici par Wexler (Armin Müller-Stahl) un ancien de la Stasi est-allemande, qui est passé de l’autre côté en tant que consultant de l’IBBC, qui profite bien de son carnet d’adresses. Une fois que l’étau se resserre autour de son cou, le vieil homme est prêt à changer encore une fois de camp pour aider Salinger à détruire l’IBBC. Pour le point culminant d’un thriller, c’est plutôt faible et pas tellement crédible, tant le revirement de Wexler est rapide.

Et c’est cela le problème de « The International » : il perd les rênes, là où il aurait pu être une oeuvre engagée qui démontre en détail ce qui se passe derrière les coulisses. Mais Tykwer préfère simplifier son histoire, chose impossible si l’on ne veut pas perdre l’essentiel. De l’autre, son plot reste trop complexe pour être un thriller à l’américaine. Ainsi, pas d’histoire d’amour entre Salinger et Whitman, pas de finale furioso où la morale triomphe sur le mal absolu incarné par des bankers diaboliques qui en secret s’adonnent à des cultes sataniques et pervers. Cela laisse le spectateur sur sa faim, et à la fin on se demande vraiment quel était le message que Tykwer voulait faire passer, ou même s’il y en a un.

En bref, « The International » est un film mi-figue, mi-raisin. Le seul extra pour le spectateur luxembourgeois : les frissons qu’il éprouve en rentrant du Kirchberg à la vue de toutes les banques qui l’entourent. Mais bon, on ne vient pas d’alléger notre secret bancaire pour rien?

« The International », à l’Utopolis.


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